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Miguel Rio Branco, Mona Lisa, Luziânia, 1974
© Miguel Rio Branco / Magnum Photos
Miguel Rio Branco, Mexico, 1985
S’échapper du support
Le rapport de l’artiste à la photographie, qu’il juge insuffisante pour rendre compte de ses émotions, est donc complexe. Pour échapper à la planéité du médium, il porte une attention particulière à sa matérialité. Pour ses clichés en noir et blanc, il choisit par exemple un papier très riche en argent, qui lui permet de créer une illusion de profondeur. Beaucoup des tirages présentés dans l’exposition (plus d’une centaine) sont les rescapés d’un violent incendie qui, dans les années 1980, a ravagé l’atelier de l’artiste.
© Miguel Rio Branco / Magnum Photos
Miguel Rio Branco, Salvador de Bahia, 1979
La vie du Pelourinho
Après quelques années de jeunesse passées à arpenter Manhattan avec son acolyte et compatriote le peintre Hélio Oiticica, Miguel Rio Branco passe quelques mois auprès des chercheurs d’or du Nordeste, avant de finalement s’installer dans le Pelourinho (« petit piloris » en portugais), un quartier pauvre de Salvador de Bahia, à l’Est du Brésil. Très vite, il gagne la confiance des habitants qu’il photographie aussi bien dans la rue que dans leur intimité.
© Miguel Rio Branco / Magnum Photos
Miguel Rio Branco, Salvador de Bahia, 1979
Les stigmates du temps
Dans les rues de cette ancienne capitale esclavagiste, autrefois riche et flamboyante, l’artiste se passionne pour les façades des maisons décaties, sur lesquelles subsistent de timides traces de leur splendeur passée. Au gré de ses pérégrinations, Miguel Rio Branco dresse le portrait d’une ville meurtrie et abandonnée, où la présence humaine est parfois réduite à une simple silhouette qui surgit telle une apparition fantomatique.
© Miguel Rio Branco / Magnum Photos
Miguel Rio Branco, Salvador de Bahia, 1979
« Fragments dissociés »
Il n’est pas rare d’éprouver, face aux clichés de l’artiste, une sensation d’enfermement, voire d’étouffement. Et pour cause, dans les images de Miguel Rio Branco, le ciel et l’horizon sont toujours absents. Loin de toute tentation documentaire ou narrative, il s’attache aux détails, aux fragments qui composent le quotidien des habitants déshérités du Pelourinho : « Je capture par la photographie des fragments dissociés, épars du réel, tentant de répondre viscéralement à une question : pourquoi la vie doit-elle être cela ? » explique le photographe.
© Miguel Rio Branco / Magnum Photos
Miguel Rio Branco, Rio de Janeiro, 1979
Une lueur d’espoir
Il arrive toutefois que l’espoir jaillisse, souvent là où on ne l’attend pas. Une « force vitale », selon les mots de l’artiste, qui se manifeste à travers son usage singulier de la couleur. « Je ne suis pas un coloriste comme Matisse, ma vision est plus sombre, à la manière de Goya », prévient-il. En effet, Miguel Rio Branco, qui plus jeune se destinait à une carrière de peintre, compose ses images autour d’une teinte monochrome, qui irradie de part et d’autre de l’image.
© Miguel Rio Branco / Magnum Photos
Miguel Rio Branco, Salvador de Bahia, 197
Poèmes visuels
Miguel Rio Branco éprouve également une fascination particulière pour la culture populaire. Coupures de journaux, posters de célébrités, objets de consommation… Son travail est traversé par des signes qui évoquent tantôt les collages dada de Kurt Schwitters, tantôt les Combine Paintings de Robert Rauschenberg.
© Miguel Rio Branco / Magnum Photos
Miguel Rio Branco, Œuvres photographiques 1968-1992
Du 16 septembre 2020 au 6 décembre 2020
LE BAL • 6, impasse de la Défense • 75018 Paris
www.le-bal.fr
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Un artiste polymorphe
Fils de diplomate élevé entre le Portugal, la Suisse et les États-Unis, Miguel Rio Branco (né en 1946) est une figure incontournable de l’art contemporain d’Amérique latine. Si on le connaît surtout pour ses imposantes installations mêlant image, son et parfois peinture, cet artiste protéiforme, correspondant de l’agence Magnum, refuse qu’on lui colle l’étiquette de photographe. « La photographie le plus souvent oppresse ou asphyxie la réalité », selon Rio Branco.