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Mille et une nuances de noir et blanc à la BnF

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Publié le , mis à jour le
La Bibliothèque nationale de France retrace 150 ans d’histoire de la photographie en noir et blanc, du XIXe siècle à nos jours, réunissant quelques-uns de ses plus grands noms (Man Ray, Diane Arbus, Willy Ronis, Robert Frank…). Ponctué de nombreux chefs-d’œuvre, le parcours de l’exposition propose une mise au point tout en nuances sur cette esthétique singulière qui a inspiré aux photographes de tous horizons des images intemporelles comme les plus folles audaces visuelles. Morceaux choisis.
Gustave Le Gray, La Grande Vague – Cette [Sète] – n°17
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Gustave Le Gray, La Grande Vague – Cette [Sète] – n°17, 1857

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Une vague historique

Peintre et pionnier de la photographie, Gustave Le Gray est un ardent défenseur de la portée artistique du médium photographique. Alors qu’il séjourne à Sète, il parvient à figer un moment fugace : une Grande Vague, qui s’échoue sur la jetée dans un grand bouillon d’écume. Devenue une icône, cette image fascine par son réalisme pourrait-on dire aujourd’hui, quasi cinématographique. Une prouesse pour l’époque ! Roi de l’expérimentation, Le Gray a réalisé cette exceptionnelle marine en deux temps : d’abord en photographiant le ciel nuageux, puis la mer. Il a ensuite réuni les deux négatifs en une seule et même image, créant ainsi le premier photomontage de l’histoire !

Coll. BnF, Estampes et photographies

Alexandre Rodtchenko, Jeune fille au Leica
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Alexandre Rodtchenko, Jeune fille au Leica, 1934

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Motifs géométriques

C’est une scène a priori banale – une élégante jeune femme assise sur un banc laisse s’échapper son regard hors du cadre – qui à travers l’objectif du Russe Alexandre Rodtchenko se nimbe d’une atmosphère étrange, presque inquiétante. Traversée par une multitude de faisceaux d’ombres et de lumière, qui couvre sa surface d’une trame au motif géométrique, cette image en clair-obscur témoigne de toute l’audace visuelle de l’artiste, figure majeure du constructivisme.

Coll. BnF, Estampes et photographies • © ADAGP, Paris 2023

Mario Giacomelli, Je n’ai pas de main qui me caresse le visage
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Mario Giacomelli, Je n’ai pas de main qui me caresse le visage, 1961-1963

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Giacomelli entre dans la danse

« Le noir, c’est la vie du paysan. Le blanc, c’est le soleil, c’est cet espoir qui ne peut mourir », écrivait Mario Giacomelli, peintre, photographe et poète italien. Il capture ici la danse endiablée de séminaristes sur un sol à la blancheur impeccable. Jouant à l’extrême avec les contrastes, jusqu’à faire disparaître toute nuance de gris, l’artiste crée une image à la frontière du réel. Un rêve dans lequel les silhouettes joyeuses semblent flotter dans une insouciance immaculée…

Coll. BnF, Estampes et photographies • © Archives Mario Giacomelli - Simone Giacomelli

Mary Ellen Mark, Immigrants, Istanbul, Turquie
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Mary Ellen Mark, Immigrants, Istanbul, Turquie, vers 1965

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La vie est ailleurs

Toute sa vie, Mary Ellen Mark a tourné son objectif vers les marges et les exclus de la société. Parmi eux, les migrants, auxquels elle consacre plusieurs reportages entre les années 1960 et 2000. Avec cette image à la portée universelle, prise à Istanbul en 1965, la photographe, alors seulement âgée de 25 ans, s’inscrit dans les pas de l’Américaine Dorothea Lange et de sa Migrant Mother (1936), devenue une figure mythique de la Grande Dépression aux États-Unis. Surgissant de l’obscurité d’un hublot, ces deux visages tournés dans des directions opposées révèlent à la fois l’inquiétude d’un périlleux voyage et l’espoir d’une vie meilleure.

Coll. BnF, Estampes et photographies • © Mary Ellen Mark/ The Mary Ellen Mark Foundation

Willy Ronis, Venise
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Willy Ronis, Venise, 1959

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Instant décisif

Avec la légèreté d’un funambule, une fillette traverse l’étroit pont qui relie le quai des Zattere de Venise à une embarcation. Figée en contre-jour, sa frêle silhouette apparaît telle une ombre chinoise sur les eaux paisibles de la lagune. Cette image pleine de poésie, capturée par Willy Ronis lors d’un séjour en 1959, illustre parfaitement le fameux « instant décisif » théorisé par Henri Cartier-Bresson. Comme ses pairs photographes dits « humanistes », Ronis travaille quasi exclusivement en noir et blanc, qui accentue la dimension intemporelle et le caractère mélancolique de ses clichés.

Coll. BnF, Estampes et photographie • © Ministère de la Culture - Médiathèque du patrimoine et de la photographie. Dist. RMN-Grand Palais / Willy Ronis

Ray K. Metzker, Kayak, Frankfurt
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Ray K. Metzker, Kayak, Frankfurt, 1961

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Monde flottant

Contrairement à la couleur qui distrait l’œil, le noir et blanc recentre le regard. En témoigne cette troublante image de Ray K. Metzker – celle d’un kayak photographié en plongée, flottant dans l’obscurité absolue. En l’absence de tout contexte, la fragile embarcation apparaît alors comme une forme abstraite, surgissant des abysses. Un quasi monochrome qui interpelle par sa puissance graphique.

Coll. BnF, Estampes et photographie • © Estate Ray K. Metzker

Daido Moriyama, Portrait d’acteur, de la série “Théâtre japonais”
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Daido Moriyama, Portrait d’acteur, de la série “Théâtre japonais”, 1968

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Japon en clair-obscur

« Brute, floue et trouble », ainsi l’historien de l’art Yuri Mitsuda qualifiait-il l’esthétique radicale du photographe japonais Daido Moriyama. En 1968, ce dernier publie Le Japon, un théâtre en photographie, une plongée en clair-obscur dans un univers interlope, peuplé de malfrats, de silhouettes de femmes insaisissables ou encore d’acteurs de théâtre mélancoliques. Maîtrisant à la perfection les effets de lumière, Moriyama accentue ici les irrégularités de la peau fardée de son modèle qui, les yeux clos et la tête légèrement penchée, a alors des allures de clown triste.

Coll. BnF, Estampes et photographie • © Daido Moriyama Photo Foundation

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Noir et blanc – Une esthétique de la photographie - BNF

Du 17 octobre 2023 au 21 janvier 2024

www.bnf.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Gustave Le Gray

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