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Pionnier de la photographie, Gustave Le Gray (1820–1884) défend une vision artistique de ce médium tout neuf et alors seulement considéré comme un outil documentaire. Un photographe peut être un artiste, pense Le Gray, contrairement à la plupart de ses contemporains. Il jouit d’une carrière importante et est notamment choisi pour participer à la fameuse mission héliographique de 1851, décidée par Prosper Mérimée, pour inventorier les richesses du patrimoine français. Le photographe travaille aussi pour Napoléon III dans le cadre du somptueux et dispendieux régime du Second Empire.
Gustave Le Gray, Autoportrait de Gustave Le Gray, vers 1856–1859
Photographie • © Wikimedia Commons
« C’est mon souhait le plus profond que la photographie, au lieu de tomber dans le domaine de l’industrie, du commerce, soit incluse parmi les arts. »
Le rêve de devenir peintre
Né en région parisienne, Gustave Le Gray aurait dû devenir notaire, s’il avait suivi le conseil de ses parents. Toutefois, il se rêve peintre et s’inscrit dans l’atelier de Paul Delaroche à l’École des Beaux-Arts. Mais n’arrivant pas à ses fins, il se tourne vers ce nouveau médium que représente la photographie en 1840.
La photographie comme outil scientifique
En 1839, son invention est déclarée à l’Académie des Sciences et non des Beaux-Arts : la plupart de ses contemporains la considère comme un outil scientifique, et d’ailleurs très technique (il faut manipuler quantité de produits et de procédés chimiques), et nullement comme un moyen d’expression personnel, d’invention, de poésie.
Le temps des expérimentations
Comme beaucoup des pionniers de son temps, Le Gray se lance dans des expérimentations techniques visant à améliorer les procédés photographiques, qui sont lourds et complexes. Il met au point le procédé du négatif sur papier ciré, puis le négatif sur verre au collodion humide. Malheureusement, il ne dépose pas de brevet et d’autres procédés apparaissent à cette époque, tels que le négatif sur papier gélatine ou le négatif sur verre albuminé.
Un acteur de la mission héliographique
En 1851, Gustave Le Gray est choisi pour participer à la Mission héliographique. Il choisit son itinéraire, débutant par l’Aquitaine et la Touraine jusqu’aux Pyrénées afin d’y immortaliser les architectures d’exception. Aidé par son élève Mestral, ils rapportent près de 600 négatifs !
Le photographe de l’empereur
Le photographe est également proche de Napoléon III, dont il réalise le portrait officiel. En 1857, il est mandaté par l’Empereur pour saisir sur le mode épique les manœuvres militaires au camp de Châlons.
Des images à la dimension picturale
Mais l’œuvre personnelle de Le Gray montre bien que l’expression poétique est pleinement possible au travers de la photographie et qu’il s’agit bien d’un art, d’un œil qui agit et qui pense au travers d’un médium. Comme Nadar, il défend la nature esthétique de la photographie et livre des paysages, notamment des marines, qui reflètent très bien son positionnement. D’ailleurs, nombre de peintres sont impressionnés par la dimension picturale de ses photographies. Le Gray a par ailleurs une activité de formateur, et initie à l’art photographique quantité de jeunes élèves dont Charles Nègre et Henri Le Secq.
L’Afrique du Nord et l’Italie
Piètre commercial, Gustave Le Gray se fait dépasser par les initiatives nouvelles de concurrents tels que Disdéri. Il quitte la France en 1859 et s’engage dans un périple en Italie et en Afrique du Nord. L’orientalisme lui inspire de nombreux sujets, et il travaille notamment sous la protection d’Ismaïl Pacha au Caire, ville dans laquelle il se fixe pendant vingt ans. Ses photographies de l’Égypte sont exposées en France lors de l’exposition universelle de 1867. Il serait mort d’une chute de cheval dans cette contrée, loin de son pays.
Gustave Le Gray, Tours, cathédrale Saint-Gatien, portail central, vers 1851
Épreuve sur papier salé à partir d’un négatif papier ciré sec • 36 × 26,5 cm • Achat en 1985 par le Musée d’Orsay, Paris • © Musée d’Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Photo Alexis Brandt
Tours, cathédrale Saint-Gatien, portail central, vers 1851
La mission héliographique, lancée par Prosper Mérimée, envoie Le Gray dans le sud-ouest de la France, après avoir débuté par les châteaux et les églises de la Loire. Il photographie nombre d’églises jalonnant la route du pèlerinage vers Compostelle, avant d’arriver à Carcassonne. La demande de la mission est documentaire car il s’agit d’inventorier les richesses patrimoniales de France. Le Gray l’a très bien compris : ici, il saisit tous les détails architecturaux de la Cathédrale Saint-Gatien à Tours, multipliant les vues rapprochées et éloignées.
Gustave Le Gray, Portrait de Louis-Napoléon Bonaparte en Prince-Président, 1852
Épreuve argentique à partir de négatifs papier • 20,2 × 14,7 cm • Coll. Gilman, achat du musée, 2005 • © The MET, Metropolitan Museum of Art, New York
Portrait de Louis-Napoléon Bonaparte en Prince-Président, 1852
Réalisé au début du règne de Napoléon III, après son coup d’État, ce portrait est la première photographie officielle d’un chef d’État. Le modèle pose, comme pour un portrait peint. Le Gray est soutenu par Napoléon III qui lui passe de nombreuses commandes. Il photographie notamment l’impératrice Eugénie, et le prince héritier. Napoléon III fait également appel à des peintres pour réaliser certains portraits officiels, mais la photographie a le bénéfice de la modernité. Beaucoup plus accessible que la peinture, l’image photographique est également plus facile à diffuser.
Gustave Le Gray, Vapeur, 1856
Épreuve sur papier albuminé à partir d’un négatif sur verre au collodion • 33 × 41,3 cm • Achat en 1985 par le Musée d’Orsay, Paris • © Bridgeman Images / Liszt Collection
Vapeur, 1856
Dans sa pratique photographique, Le Gray assouvit des désirs de peintre. Il s’inspire d’ailleurs souvent de tableaux ou traite de thèmes affectionnés par les peintres. Ses marines, réalisées en Bretagne, en Normandie ou au bord de la Méditerranée, montrent ses talents de paysagiste. Le Gray ne cherche pas à rendre de manière naturaliste ce qu’il observe, mais à poétiser, à dramatiser le réel. Il se place à contre-courant de toute pratique documentaire.
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