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Carl Andre, “Copper Blue Vein, New York, 1990” ; Au centre : Dan Flavin, “Untitled”, 1975 ; à droite: Robert Mangold, “Red/green X within X #2”, 1982 ; à gauche : Sol LeWitt, “Wall Drawing # 1176”
© Charles Duprat. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London · Paris · Salzburg © ADAGP, Paris 2019
Une fois passée la porte d’entrée, on ne voit qu’elle : une imposante diagonale de néons verts iridescents de Dan Flavin, dont le halo rayonne comme une auréole. Au sol, Carl Andre et sa Copper Blue Vein (1990) semble inviter, comme l’a écrit Éluard, à aller « sans fin vers la lumière ». Sous les hautes verrières de la galerie Thaddaeus Ropac, à Pantin, est célébrée la grand-messe des papes de l’art minimal et de leurs « structures primaires » hors-norme.
Donald Judd, À gauche : « Untitled » ; à droite : « Untitled (MENZIKEN 88–27) », 1988
Aluminium anodisé et plexiglas • 673,9 × 99,1 × 48,3 cm • Photo Charles Duprat © Judd Foundation. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London · Paris · Salzburg © ADAGP, Paris 2019
Ils s’appellent Carl Andre, Dan Flavin, Donald Judd, Sol LeWitt, Robert Mangold et Robert Morris et, dans l’Amérique des années 1960, ils ont annoncé l’avènement d’une nouvelle ère : celle de la tridimensionnalité. Dans son article intitulé De quelques objets spécifiques (1965), qui fait aujourd’hui figure de manifeste, Judd rompt radicalement avec l’expressionnisme abstrait alors en vogue, prônant de façon quasi prophétique la toute-puissance de l’« espace réel » sur le « pigment ». Ainsi les vingt œuvres présentées à la galerie Thaddaeus Ropac, baignées de la lumière zénithale de cette ancienne usine, défient-elles l’architecture du lieu. Qu’elles soient à même le sol (Carl Andre, BAR, 1981), suspendues au mur (les Stacks de Donald Judd) ou simplement posées en équilibre fragile à l’angle de l’une des salles (Dan Flavin, Untitled, To Sabine and Holger, 1966–1971), toutes dialoguent et questionnent notre rapport à l’œuvre, à l’espace, au monument(al).
Bois, néons, plexiglas, aluminium… L’exposition rend compte de la diversité des matériaux employés et d’une nouvelle façon pour les artistes d’envisager la matière. Cette diversité est à l’image d’un mouvement auquel les principaux acteurs ont refusé d’être assimilés, à l’image de Judd qui, dans ses écrits, n’hésitait pas à remettre en cause une lecture linéaire de l’histoire de l’art. Car, par-delà la sculpture, l’art minimal va d’abord s’imposer sur la scène artistique new-yorkaise grâce à ses théoriciens et critiques (parmi lesquels Barbara Rose, Lucy Lippard ou encore Rosalind Kraus). Ceux-ci vont défendre, dès la toute fin des années 1950, cette nouvelle génération d’artistes qui a puisé son inspiration dans la radicalité des ready-made duchampiens et du constructivisme russe, à l’instar de Dan Flavin. En 1964, il débute sa série emblématique « Monument » for V. Tatlin (dont un exemplaire est présenté à la galerie Ropac) en hommage à cet artiste russe dont le projet de monument à la Troisième-Internationale (ou tour Tatline) n’a jamais vu le jour. Flavin réinterprète alors cette construction monumentale et complexe, remplaçant le fer et le verre employés par Tatlin par de simples tubes de néons blancs.
Sol LeWitt, Wall Drawing # 1176, 2005
Peibture acrylique • 250 x 250 cm chaque • © Charles Duprat. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London · Paris · Salzburg © 2019 Estate of Sol LeWitt / ADAGP, Paris, 2019. Courtesy Paula Cooper Gallery, New York.
La peinture fait corps avec l’édifice, qui devient un support à part entière.
« Monumental / Minimal » retrace ainsi quarante ans de création durant lesquels les artistes minimalistes ont repoussé les limites de la matière et de l’espace. La peinture elle-même, quand elle n’est pas une œuvre en trois dimensions (comme les shaped canevas de Frank Stella ou de Robert Mangold), « se trouve investie par le sculptural », comme le souligne Florence de Mèredieu dans son Histoire matérielle et immatérielle de l’art moderne et contemporain. Au diable, le chevalet ! Avec ses Wall Drawings (1968 –2007), Sol LeWitt refaçonne l’espace et le temps, jouant sans cesse avec la perception du visiteur. Recréé spécialement pour l’exposition, Wall Drawing Seven Basic Colors and All Their Combinations in Square within a Square (2005) rend ainsi hommage à Josef Albers, pionnier du Bauhaus. Tout comme lui, LeWitt explore et interroge les interactions entre le carré et les couleurs, créant, sur les cimaises de la galerie de véritables illusions d’optique. La peinture fait corps avec l’édifice, qui devient un support à part entière. « Le monument a pour but de faire revivre au présent un passé englouti dans le temps », écrivait Françoise Choay dans son essai intitulé L’Allégorie du patrimoine (1992). À la galerie Thaddaeus Ropac, l’art minimal paraît en tout cas insubmersible.
Monumental Minimal
Du 17 octobre 2018 au 13 mars 2019
Galerie Thaddaeus Ropac - Pantin • 69, avenue du Général Leclerc • 93500 Pantin
ropac.net
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