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Andy Warhol, Brooklyn Bridge, 1983
Sérigraphie imprimée en couleur sur panneau lenox • 100 x 100 cm • Coll. particulière • © Bridgeman Images / © The Andy Warhol Foundation for the Visual Arts, Inc. / Licensed by ADAGP, Paris 2018
Acajou, argent massif, presse à rouleau. Le 27 avril 1799, James Watt actionne son petit bijou de 9 kilos, le premier copieur du monde. Deux siècles plus tard, le 6 novembre 2018, artistes et curieux refont ce geste dans le cadre féerique du musée des Arts forains, à Paris. Dessiner à l’encre communicative sur un papier très fin, placer ce document sur une feuille humide collée au copieur, faire tourner la presse… Puis, délicatement, détacher l’original de la copie obtenue.
Chester Carlson, Premier photocopieur, 1938
Photographie • © AKG Images / SPL
On joue de la copying press de Watt avec précaution, comme s’il s’agissait du tout premier automate ! Rien à voir, donc, avec la manipulation machinale et répétée tous les jours dans nos bureaux, entre la fontaine à eau et la salle des archives. Avec Watt, l’histoire du bourrage papier n’en est qu’à ses balbutiements. La photocopieuse que nous connaissons est plutôt héritée de l’invention de l’Américain Chester Carlson : l’électrophotographie. Ce procédé de reproduction permettant de former des images positives sur un papier non traité grâce à l’électricité statique fut mis au point dans la cuisine de son appartement new-yorkais le 22 octobre 1938. Il le nomma « 10–22–38 Astoria »…
Quatre-vingts ans plus tard, si l’on se souvient de son nom, c’est parce que Carlson commercialisa son invention. En 1959, en effet, l’électrocopieur Xerox fait son entrée sur le marché nord-américain. La machine se taille rapidement une place de choix dans les gratte-ciel des quartiers d’affaires et, en 1968 déjà, on voit le premier copieur couleur Color-in-Color faire son apparition ! En France, il faudra en revanche attendre encore dix ans pour qu’une unique machine couleur soit présentée à Paris, dans le showroom de Canon, où le public se ruera pour découvrir ce prodige du futur…
Wallace Berman, Untitled, 1978
Collage de Vérifax sur négatif • 31,7 × 34,9 cm • Anc. Coll. Michael Kohn Gallery, Los Angeles • © DALiM
Carl Andre, Robert Barry, Douglas Huebler, Joseph Kosuth, Sol LeWitt, Robert Morris, Lawrence Weiner, Xerox Book, 1968
Œuvres des artistes photocopiées puis imprimées • Environ 21,5 × 20,5 cm • Coll. MoMA, New York • © Scala / © Adagp, Paris 2018
Et si la photocopie pouvait être un médium artistique ? Dès les années 1960, quand les artistes américains voient débarquer Xerox dans le paysage bureautique, ils ont l’idée de détourner son usage pratique. Wallace Berman, proche de la Beat Generation, reproduit des pubs en série en y incrustant des symboles mystiques. Les stars du pop art comme Andy Warhol [ill. plus haut] et Robert Rauschenberg s’intéressent à ce geste banal : presser un simple bouton pour transformer un objet quotidien en œuvre d’art. Sur proposition de l’éditeur Seth Siegelaub, sept artistes, parmi lesquels Carl Andre, Sol LeWitt et Robert Morris, créent chacun une œuvre de vingt-cinq pages au moyen de la photocopie. L’art sort des galeries et s’expose en un livre collector, The Xerox Book (1968), dont un exemplaire est aujourd’hui conservé au MoMA, à New York.
David Hockney, A bounce for Bradford, 24 February 1987, 1987
Impression couleur Xerox • 42 × 60 cm • Coll. David Hockney • © David Hockney
En 1980, l’Europe reconnaît enfin le copy art. L’historien et artiste Christian Rigal (alias Céjar) voit en lui un art original. Il le baptise alors « électrographie », récusant l’appellation « copy art » et l’idée de copie conforme. Cette année-là, à Paris, douze expositions présentent des images brisées à force d’être copiées, déformées, étirées, rétrécies ! L’électrographie est le grain de poussière qui vient dérégler la bonne marche électrophotographique… Mais elle peut aussi superposer, remplacer, souvent ironiser. Certains artistes cherchent ainsi l’esthétique de cette mécanique en glissant sur le copieur un objet, une peinture, une partie de leur corps. Outre-Manche, David Hockney, en pionnier des technologies de l’image (Polaroid, fax, iPad…), réalise dans les années 1980 des œuvres composites à partir de photocopies Xerox.
Céjar, Le Grand Mètre, 1982
Installation dans la Grande Galerie du musée du louvre • © Michel Folco
Puis Céjar réalise un exploit ! En 1982, il agrandit un mètre de couturière sur une machine Xerox 2080 et déroule ce Grand Mètre de 144 mètres de long dans la Grande Galerie du Louvre. « Une œuvre d’art contemporain entr[e] dans le saint des saints de l’art classique », écrit-il… Et quelle œuvre ! Encore moins que du pastiche, une reproduction sans intervention de la main. Après cette percée formidable dans le plus grand musée du monde, en 1990, le copy art obtient son premier musée : l’Espagne inaugure à Cuenca le Museo internacional de electrografía (MIDE). C’est dans un ancien couvent des Carmélites du XVIIIe siècle que sont conservées des centaines d’œuvres électrographiques aux côtés d’œuvres digitales. L’art insolent de notre photocopieur du XXe siècle se voit figé entre des pierres d’âge classique, dépassé par les technologies numériques… Mais heureusement, le MIDE est aussi un centre de recherches actif !
Tout sur le Copy Art et les expositions célébrant le 80e anniversaire du photocopieur
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