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Grande halle de la Villette

Napoléon, star de cinéma

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Publié le , mis à jour le
Le sait-on ? Napoléon est le personnage le plus porté à l’écran. Il a inspiré plus de longs métrages que Jésus, Jeanne d’Arc ou Lincoln, pourtant choyés par le septième art. À l’occasion de la commémoration du bicentenaire de la mort de l’Empereur, retour sur ces films où Napoléon tient le haut de l’affiche.
À gauche “Napoléon I<sup>er</sup> dans son cabinet de travail” par Paul Delaroche, à droite Marlon Brando dans “Désirée” de Henry Koster (1954)
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À gauche “Napoléon Ier dans son cabinet de travail” par Paul Delaroche, à droite Marlon Brando dans “Désirée” de Henry Koster (1954)

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huile sur toile • 116 x 88 cm • Coll. particulière • © Agnew’s, Londres / Bridgeman Images et © 20th Century Fox / The Kobal Collection / Aurimages

Tout commence – on n’en sera pas surpris – avec la naissance du cinéma. Lumière, dès 1897, tourne une entrevue de Napoléon et du pape sur fond de toiles peintes représentant Fontainebleau et qui gondolent sous l’effet des courants d’air. Désormais, entre 1900 et 1920, aucun pays ne néglige l’Empereur des Français. Aux États-Unis, Blackton tourne The Man of Destiny ; en Italie, c’est Murat qui chevauche à côté de Napoléon ; au Danemark, Viggo Larsen qui, profitant de sa ressemblance avec son héros, filme (et incarne) Napoléon à l’Île d’Elbe. Inévitablement sort un Napoléon en Russie à Moscou, tandis que les Anglais ne manquent pas d’évoquer Waterloo. Ce sont de courtes bandes, en noir et blanc, sautillantes et un peu floues, mais qui marquent l’emprise du mythe en ce début de XXe siècle.

Pierre Mondy et Jean-Louis Trintignant dans « Austerlitz », d’Abel Gance (1960)
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Pierre Mondy et Jean-Louis Trintignant dans « Austerlitz », d’Abel Gance (1960)

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© Everett Collection / Aurimages

Et voici, en 1927, le film qui porte le personnage au pinacle des écrans : le Napoléon d’Abel Gance sur triple écran. À dire vrai, le film s’arrête où commence l’épopée, à la première campagne d’Italie, mais quel souffle ! Albert Dieudonné, qui joue Bonaparte, ne s’en remettra pas, finissant par se prendre pour Napoléon. Abel Gance non plus, car le film est un échec commercial : impossible d’utiliser le triple écran dans une salle de quartier. Il reprendra son Napoléon en le sonorisant puis, subventionné par Claude Lelouch, en y ajoutant des séquences tournées en couleurs. Rendons lui justice. En 1960, il donnera un Austerlitz – avec Pierre Mondy, impressionnant Napoléon – reconstituant avec exactitude et non sans lyrisme, grâce à d’importants moyens, la fameuse victoire où l’on voit Lannes et Murat montant à l’assaut du plateau de Pratzen.

Les historiens froncèrent le sourcil, mais Guitry les renvoya à leurs études.

Gance aura un rival dans cette fascination pour l’époque impériale : Sacha Guitry, qui tourne Les Perles de la Couronne avec Jean-Louis Barrault en Bonaparte, que l’on retrouve avec le même rôle dans Le Destin fabuleux de Désirée Clary, où le maître s’est réservé le rôle de Napoléon devenu Empereur. On aime surtout Remontons les Champs-Élysées, où Bonaparte croise Napoléon sur la célèbre avenue. Bonaparte reproche à Napoléon de l’avoir trahi politiquement (lui était républicain, l’autre est un monarque) et physiquement (le maigre général a laissé la place à un Empereur ventripotent). On aime la dernière réplique. Napoléon à Bonaparte : « Et tu recommencerais ? » « Oh ! non, répond Bonaparte, pas pour un empire ! »

En 1954, Sacha Guitry s’attaque à un Napoléon, de la naissance à Ajaccio au destin final sur l’île de Sainte-Hélène. C’est un défilé de vedettes. Daniel Gélin est Bonaparte, Raymond Pellegrin Napoléon (le meilleur dans le rôle). Jean Gabin joue le rôle du maréchal Lannes mourant en trois répliques. Les historiens froncèrent le sourcil, mais Guitry les renvoya à leurs études. Auparavant, il s’était justifié face aux attaques concernant son attitude sous l’occupation allemande en invoquant l’exemple de Talleyrand, le diable boiteux, traversant tous les régimes.

Hollywood n’a pas négligé un tel personnage. De la vingtaine de films tournés avant la Seconde Guerre mondiale, retenons Conquest (Marie Walewska en français) où Greta Garbo, « la Divine », est la maîtresse de Napoléon, incarné par Charles Boyer, spécialiste des rôles de « french lovers » aux États-Unis. Talleyrand n’est identifiable que grâce à sa canne et la distribution est à l’avenant.

Tous les pays européens auront leur Napoléon : l’Espagne avec Augustina de Aragón, évocation du terrible siège de Saragosse ; la Pologne avec Cendres, racontant l’épopée des soldats polonais au service de Napoléon. Le metteur en scène Wajda reprendra le thème des guerres napoléoniennes dans un superbe Quand Napoléon traversait le Niémen. L’Italie confie le rôle de Bonaparte au comique Aldo Maccione et c’est la catastrophique Grande débandade, où la blonde Ursula Andress incarne la brune Joséphine.

L’Allemagne n’est pas en reste. La production nazie s’était arrêtée sur Kolberg, film de Veit Harlan, l’auteur du Juif Suss, qui exaltait la résistance de la ville, en 1807, à l’occupation des troupes napoléoniennes. La reine Louise, qui symbolisa le patriotisme prussien face à Napoléon, prend le relais dans quelques bandes d’un médiocre intérêt. La Russie livre une nouvelle version de Guerre et paix sous la direction de Bondartchouk en 1966, en réplique au Guerre et Paix américain de King Vidor, tourné dix ans auparavant. Napoléon devient ainsi un enjeu de la guerre froide. Bondartchouk ne quitte plus l’épopée : il signe, dans le contexte du « dégel », une production internationale, Waterloo, avec l’Américain Rod Steiger dans le rôle principal. La reconstitution de la bataille est spectaculaire : des hélicoptères filment les charges désespérées de Ney se brisant sur les carrés anglais. L’Égypte n’est pas absente non plus. Adieu Bonaparte, de Youssef Chahine, sur la conquête du pays alors dominé par les mamelouks, fut l’objet en 1985 de vives critiques en France. Patrice Chéreau y campe un Bonaparte aux limites du ridicule et se fait voler la vedette par Michel Piccoli en tonitruant général Caffarelli.

Philippe Torreton dans « Monsieur N. » d’Antoine de Caunes (2003)
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Philippe Torreton dans « Monsieur N. » d’Antoine de Caunes (2003)

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© Christophel

C’est Antoine de Caunes qui rallume le flambeau avec Monsieur N. Superbe évocation – et dans l’ensemble exacte – de la captivité de l’Empereur déchu à Sainte-Hélène. D’autres l’avaient précédé, de la version de l’Allemand Lupu Pick, au temps du muet, à celle de Kawalerowitz en 1989 (L’Otage de l’Europe). Mais Monsieur N. y ajoute un suspense : Napoléon (que joue Philippe Torreton) s’est-il évadé pour rejoindre la petite Bestsy aux États-Unis, sous le nom de M. Abeil (pseudonyme renvoyant aux abeilles impériales) ?

Si l’on songe que Charlie Chaplin et Stanley Kubrick envisagèrent eux aussi de tourner un Napoléon, qu’évoqua John Ford, le maître du western, dans une comédie en 1928 (Napoleon’s Barber), comment expliquer un tel engouement ? C’est que Napoléon a inventé un personnage cinématographique avant l’invention du cinéma : petit chapeau, main dans le gilet, redingote grise. Une silhouette que peut incarner n’importe quel acteur. Sans s’en émouvoir, Christian Clavier, dans une série télévisée, pourra interpréter à la fois Bonaparte et Napoléon, succédant en cela à Marlon Brando, qui dans Désirée, tient lui aussi les deux rôles, peut-être plus flatteur pour la mémoire de l’Empereur. Non seulement Napoléon a su créer un mythe et une légende qui n’ont pas fini de fasciner, mais son histoire est d’une exceptionnelle richesse pour les auteurs de scénarios en mal d’imagination.

Pour les amateurs de romances sentimentales, quatre portraits de femme : Joséphine, l’initiatrice, Pauline, la soeur dévergondée, Marie Walewska, la tendre maîtresse, et Marie-Louise, l’épouse infidèle. Sans oublier Albine de Montholon, la dernière femme que Napoléon a tenu dans ses bras à Sainte- Hélène. Amateurs de romans policiers, vous serez servis avec Fouché, créateur de la police moderne, Schulmeister, l’espion de Napoléon, le James Bond de l’époque, et Vidocq, le bagnard évadé devenu chef de la Sûreté et qui, dans ses Mémoires invente le roman noir. On pleurera sur le triste destin de l’Aiglon. Les morts héroïques ne manquent pas, de Desaix à Duroc, et les trahisons sont au rendez-vous avec Talleyrand, modèle des girouettes politiques.

Rod Steiger dans « Waterloo » de Sergey Bondartchouk (1970)
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Rod Steiger dans « Waterloo » de Sergey Bondartchouk (1970)

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© De Laurentiis / Mosfilm / The Kobal Collection / Aurimages

La gloire militaire ravira stratèges en chambre, patriotes exaltés et collectionneurs de soldats de plomb. Aucune épopée n’est aussi spectaculaire que celle qui nous conduit des déserts brûlants d’Égypte aux steppes enneigées de Russie. Romanciers, peintres, sculpteurs et musiciens n’ont pas attendu le septième art pour célébrer Napoléon. Mais c’est le cinéma qui a contribué à le populariser au XXe siècle. S’il fallait sauver trois films d’une surabondante production, on retiendrait le Napoléon de Gance pour les débuts de l’épopée, le Waterloo de Bondartchouk sur la fin de cette époque et Monsieur N. pour l’essor de la légende à Sainte-Hélène. Mais on n’en a pas fini avec Napoléon ! L’Anglais Ridley Scott, réalisateur de Gladiator, annonce à son tour un nouveau film sur le grand homme.

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Napoléon : Le mythe du sauveur

par Jean Tulard

Éd. Fayard • 524 p. • 25,40 €

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Napoléon, l’exposition

Du 28 mai 2021 au 19 décembre 2021

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