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Grand café – Saint-Nazaire

Noémie Goudal, photographe des strates

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Publié le , mis à jour le
Difficile à imaginer, mais la Terre aurait 4,5 milliards d’années ! Par ses installations, ses vidéos et ses photographies, Noémie Goudal tente d’en restituer l’évolution et le mouvement perpétuel. En partant d’hypothèses scientifiques, et en faisant craquer les coutures du médium photographique. Au Grand Café de Saint-Nazaire, elle orchestre un parcours inédit, en tout point réussi.
Noémie Goudal, Décantation I, série de 8 tirages
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Noémie Goudal, Décantation I, série de 8 tirages, 2021

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45 x 34,2 cm (chaque) • Courtesy Noémie Goudal

Portrait de Noémie Goudal
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Portrait de Noémie Goudal

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© Alexandre Guirkinger

C’est un vendredi d’octobre, en pleine crise sanitaire. Debout face à un groupe de journalistes, Noémie Goudal (née en 1984) se met à lire un passage des Époques de la nature (1778) du célèbre biologiste Buffon. Il y parle de la Terre qui « se plie à nos besoins » ; l’artiste sourit, stimulée, et résume : « C’était il y a 200 ans, et il parlait déjà d’anthropocène ! » Passionnée par les thèses confirmées autant que par les hypothèses douteuses (qui « l’intéressent presque plus que la réalité »), la jeune photographe se tourne avec une joie curieuse vers les scientifiques, anciens et contemporains, et notamment vers les paléoclimatologues. Ces derniers étudient les traces les plus anciennes de la Terre (fossiles, glaciers) pour tenter de deviner la texture de son avenir, l’évolution de son paysage, de sa température. C’est précisément ce qui la fascine – et nous avec elle : cette façon de tenter de lire dans les strates de la Terre son futur, comme s’il y était écrit noir sur blanc.

Le mot fondamental pour comprendre le travail de Noémie Goudal est donc strates. Au pluriel, bien sûr, puisqu’elle joue de couches superposées. En résumant : « Je travaille avec des installations que je fabrique dans la nature et que je re-photographie. » Dans la première salle, plongée dans l’obscurité, le film Inhale Exhale (2021) demande plusieurs secondes de concentration pour saisir le très léger va-et-vient d’une large photographie représentant un paysage verdoyant, imprimée sur une bâche et progressivement plongée dans l’eau d’un marais ; au dos de l’écran, la même vidéo, mais diffusée en différé, lorsque la bâche-photographie ressort de l’eau. L’artiste s’est ici inspirée du détroit de Béring qui était, il y a 20 000 ans, plus bas de 100 mètres par rapport à son niveau actuel, et pose la question de la disparition des paysages.

Noémie Goudal, Inhale Exhale
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Noémie Goudal, Inhale Exhale, 2021

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Courtesy Noémie Goudal

Sur les images, l’œil repère des cordes, les bords découpés de la bâche, qui bougent et signalent l’artifice. Elle aime ces « bouts de ficelle représentant la fragilité de l’homme », et parlent de son travail d’artiste. Dans la vitrine du Grand Café, la série de photos Décantation I (2021) [ill. en une] suit un principe similaire à celui d’Inhale Exhale : devant un paysage de bord de mer (saisi en Grèce, mais peu importe), elle a placé une photographie à échelle 1, imprimée sur un papier spécial qui se détruit au contact de l’eau, et a rephotographié le tout. Sur certaines images, la roche semble ainsi se déliter, fondre dans la lumière blanche du soleil ; ici encore, ce sont les œillets et les cordes qui mettent en évidence son intervention, et donnent un indice quant à son mode opératoire.

À l’étage, la série Phoenix VII (2021) se savoure d’autant mieux lorsque l’artiste nous montre une vidéo de ses coulisses techniques sur son ordinateur (hélas pas diffusée dans l’exposition), révélant son merveilleux travail de la matière photographique ! Ses astuces de magicienne se savourent mieux lorsqu’elles sont un peu éclairées… D’autant plus que l’artiste parle de cette séance de prise de vue comme d’une « performance ». Le principe, donc : elle prend une première photo d’une palmeraie éclairée d’une vive lumière blanche, en pleine nuit. Assistée d’une petite équipe, elle l’imprime illico et découpe l’image en bandelettes, qu’elle colle autour d’un cadre vide ; ensuite, l’artiste place celui-ci devant le même paysage (avec une précision d’orfèvre !) et reprend la photo. Ainsi, sans collage, elle parvient à un résultat de puzzle stupéfiant, comme si la palmeraie était mixée dans un kaléidoscope géométrique.

Noémie Goudal, Phoenix VII
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Noémie Goudal, Phoenix VII, 2021

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C-Print • 200 × 149,4 cm • Courtesy Noémie Goudal

Dans la salle suivante, une vidéo, peut-être la plus belle œuvre de l’exposition : Bellow the Deep South (2021) montre un paysage de jungle luxuriante. Une lueur se devine, qui se transforme en flamme ; petit à petit, le feu dévore cette première couche de palmes et de verdure, puis une deuxième, puis encore une… Ne reste, à la fin, que le décor industriel d’un hangar – et la solitude infinie du spectateur mis face aux incendies destructeurs de l’ère anthropocène. Alors, que voit-on du monde lorsqu’on regarde un paysage ? Un instant de beauté (menacée) ? 4,5 milliards d’années d’évolution ? Des décennies de destruction des écosystèmes ?

Noémie Goudal, Below the Deep South
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Noémie Goudal, Below the Deep South, 2021

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Film Full HD, couleur, son stéréo • 11 min 34 s • Courtesy Noémie Goudal

La dernière œuvre, pour laquelle il faut revenir au rez-de-chaussée, répond avec malice : elle est constituée de tout un dispositif scénique, qui divise une large photographie en plusieurs parties et la transforme en anamorphose. Ici, la nature (une grotte du sud-est de la France) apparaît dans une mise en scène orchestrée pour que ce soit l’homme qui, en se déplaçant dans l’espace, trouve l’endroit exact pour la saisir entièrement, pour la comprendre… et opérer, comme la photographe, une sorte de mise au point. D’une réflexion sur le paysage, Noémie Goudal livre ainsi une magistrale démonstration sur le regard et ses enjeux. Brillant.

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Noémie Goudal. Post Atlantica

Du 10 octobre 2021 au 2 janvier 2022

www.grandcafe-saintnazaire.fr

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