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Otto Dix, d’encre et de sang

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Pour cette année de commémoration de la Première Guerre mondiale, le musée de l’abbaye Sainte-Croix des Sables-d’Olonne consacre une exposition coup-de-poing aux estampes de l’artiste allemand Otto Dix (1891–1969). Gravures sur bois, eaux-fortes et lithographies font le portrait noir d’une époque entre guerre et stupre. Avec vues urbaines, portraits de prostituées et scènes de guerre, qui serrent la gorge et marquent l’esprit.
Otto Dix, Électricité
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Otto Dix, Électricité, 1920

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Les lumières de la ville

1920 : Otto Dix, âgé de 29 ans, expérimente sans cesse et pose les premières bases de la Nouvelle Objectivité, qui fait dialoguer réalisme et expressionnisme. En d’autres mots, l’artiste s’entraîne à représenter le réel dans ce qu’il a de plus vrai, de plus cru, avec un œil aiguisé et une sensibilité à fleur de peau. Cette vue urbaine intitulée Électricité agglutine, dans un cadre resserré, plusieurs symboles de la grande ville moderne : un tram qui monte une rue, un lampadaire, des éléments de signalétique, des éclairs qui jaillissent de fils, quelques visages anonymes. La nuit est sans doute le moment que préfère Otto Dix, avec ses prostituées, ses travailleurs nocturnes et ses chats. Comme l’artiste gratte la matière et fait apparaître des formes, l’électricité éclaire les objets et perce l’ombre…

Gravure sur bois • Coll. Musée Zeppelin, Friedrichshafen • © ADAGP, Paris 2018

Otto Dix, Couple
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Otto Dix, Couple, 1921

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Du plaisir à vendre

De très nombreuses estampes ont pour décor des bordels allemands et s’attachent à rendre le quotidien des prostituées, personnages qui fascinent Otto Dix. Alors qu’il les représente parfois très vieilles, maigres et blessées, cette image montre la chair opulente – et si claire ! – de la prostituée nue, assise sur un homme habillé. Elle le recouvre presque complètement, préfigurant le plaisir à venir. Il lui prend le sein dans un geste trivial – tous deux ont le sourire aux lèvres. Un rideau, des plantes, un canapé… Dans sa noirceur, Otto Dix sait parfois mettre en évidence des moments de sursis, quand la tendresse s’empare des corps… le temps de quelques minutes.

Gravure sur bois • Coll. Musée Zeppelin, Friedrichshafen • © ADAGP, Paris 2018

Otto Dix, Devant le miroir
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Otto Dix, Devant le miroir, 1922

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Les âges de la femme

Otto Dix s’est rendu dans les tranchées, où il a vu les blessés et les morts. Revenu en ville, il s’est encore engouffré dans les catacombes, dans les hôpitaux et les morgues, fasciné par la chair abîmée, flétrie. Cette obsession lui a inspiré un très grand nombre de dessins et de peintures, dont une, représentant une vieille prostituée, lui vaut un procès en 1921. Devant le miroir met face à face une jeune femme aux jolis bras dodus et aux fesses rebondies et son apparence future, décharnée et ridée. Le nez pointu, les pommettes saillantes, les seins flottant au-dessus du corset et le pubis découvert provoquent une impression cruelle et cynique ; le style Otto Dix est né.

Eau-forte • Coll. Musée Zeppelin, Friedrichshafen • © ADAGP, Paris 2018

Otto Dix, Autoportrait à la cigarette
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Otto Dix, Autoportrait à la cigarette, 1922

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Un autoportrait sans concession

Comme il a l’air sévère ! Comme ses traits sont durs, son front bas, ridé, ses cheveux plaqués en arrière. L’angle de la mâchoire quasi géométrique, le col serré sur le cou, la narine légèrement relevée, comme sentant venir la colère : dans cet autoportrait en fumeur de 1922, Otto Dix ne s’épargne pas. Il se représente tout au long de sa vie à de nombreuses reprises, en soldat, de profil, de face, de trois-quarts… et s’adoucit avec les années. Mais, toujours, son regard interpelle, perçant sous ses épaisses arcades sourcilières, fixant droit devant lui.

Eau-forte • Coll. Musée Zeppelin, Friedrichshafen • © ADAGP, Paris 2018

Otto Dix, Bataillon d’assaut à l’attaque sous les gaz
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Otto Dix, Bataillon d’assaut à l’attaque sous les gaz, 1924

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Le cauchemar pour seul horizon

En 1924, Otto Dix, dans le besoin, se met à produire des eaux-fortes représentant l’enfer des tranchées, sujet extrêmement vendeur à l’heure où l’on célèbre justement le dixième anniversaire de la Première Guerre mondiale. C’est sans aucun doute sa série la plus marquante. Son Bataillon d’assaut à l’attaque sous les gaz montre des soldats complètement déshumanisés, les visages dissimulés sous des masques à gaz aux yeux énormes et noirs. Cinq figures au regard vide et sombre, qui donnent chair à l’impression de désastre et d’anéantissement ressentie par l’artiste lors de ses années de combat. Les détails, les traits sauvages et les taches de l’estampe contribuent à l’atmosphère sombre de cette image aussi puissante que glaçante.

Eau-forte • Coll. Musée Zeppelin, Friedrichshafen • © ADAGP, Paris 2018

Otto Dix, Lens sous les bombes
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Otto Dix, Lens sous les bombes, 1942

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Jeu d’échelles et vrombissements

Si, dans les tranchées, Otto Dix ne s’était pas arrêté de dessiner, ses impressions sur le vif, marquées par ses expérimentations cubistes de jeune artiste, n’ont rien à voir avec cette série de 1924. Réalisée selon ses souvenirs, elle est imprégnée du style vériste qui cherche à retranscrire le réel le plus scrupuleusement possible, jusqu’à l’outrance. Ce paysage de Lens sous les bombes en témoigne. La fuite désespérée des personnages du premier plan, courant jusque sur les bords de la feuille, prêts à en sortir, résonne terriblement avec l’avion qui les menace. En fixant l’œuvre, un vrombissement semble se faire entendre, car Otto Dix a l’art et la manière d’évoquer d’une façon très nette l’horreur la plus absolue.

Eau-Forte • Coll. Musée Zeppelin, Friedrichshafen • © ADAGP, Paris 2018

Otto Dix, Cadavre dans les barbelés, Flandre
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Otto Dix, Cadavre dans les barbelés, Flandre, 1924

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Tempête sur un crâne

Ce Cadavre dans les barbelés porte en lui toute la maîtrise d’Otto Dix, toute sa violence et sa recherche de vérité. Ici se conjuguent à la fois son expérience de la guerre et ses observations de membres sectionnés et de corps sans vie dans les morgues et autres catacombes. Au patriotisme aveugle et naïf, il répond par de violentes images capables de faire vaciller les discours officiels. Un cadrage resserré, une ligne d’horizon renversée, une composition saturée, des repères brouillés… L’ensemble est sombre, irrégulier, et témoigne d’une douleur abyssale.

Eau-forte • Coll. Musée Zeppelin, Friedrichshafen • © ADAGP, Paris 2018

Otto Dix, Trou d’obus avec fleurs, printemps 1916, près de Reims
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Otto Dix, Trou d’obus avec fleurs, printemps 1916, près de Reims, 1924

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Après la guerre, le vide

Par son économie et son minimalisme, cette eau-forte, toujours de 1924, est particulièrement saisissante. Un trou d’obus au premier plan, une série d’autres à l’horizon. Plus de soldats, plus d’armes, plus de sang. Quelques fleurs poussent. Si la guerre est passée par là, reste la force du temps et de la nature. Nourrie du sang des soldats, la terre retrouve progressivement sa fécondité. Faut-il y voir un message d’espoir ? Rien n’est moins sûr. Car, même si les fleurs repoussent, même si le temps efface les traces de la guerre, Otto Dix nous rappelle la nécessité de ne pas oublier.

Eau-forte • Coll. Musée Zeppelin, Friedrichshafen • © ADAGP, Paris 2018

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Otto Dix : Estampes

Du 14 octobre 2018 au 13 janvier 2019

Retrouvez dans l’Encyclo : Otto Dix Nouvelle Objectivité

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