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La Nouvelle Objectivité en 2 minutes

En bref

Le courant de la Nouvelle Objectivité, « Neue Sachlichkeit » en allemand, a vu le jour à Berlin au sortir de la Première Guerre mondiale. Dans l’Allemagne vaincue, gagnée par la crise économique, il réunit de nombreux artistes et intellectuels opposés à la république de Weimar, en particulier Otto Dix, Max Beckmann et George Grosz. Ces artistes développent au cours des années 1920 et 1930 un regard critique sur la société allemande, qu’ils présentent comme hypocrite et aux prises avec une bourgeoisie cupide. Leur expressionnisme traduit la brutalité du réel, entre les traces de la guerre et les prémices du nazisme. Tous seront considérés comme des artistes dégénérés par la propagande hitlérienne.

Otto Dix, Portrait de Sylvia Von Harden
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Otto Dix, Portrait de Sylvia Von Harden, 1926

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Portrait of the Journalist Sylvia Von Harden (1894–1963) 1926 (mixed media on panel)

XIR38818 Portrait of the Journalist Sylvia Von Harden (1894–1963) 1926 (mixed media on panel) by Dix, Otto (1891–1969); 121×89 cm; Musee National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris, France; German, in copyright.

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Technique mixte sur bois • 121 × 89 cm • Centre Ppompidou, Musée national d’art moderne, Paris • © Bridgeman Images

Histoire du mouvement

L’appellation « Neue Sachlichkeit » voit le jour en 1925, à l’occasion d’une exposition à Mannheim mais elle rend compte d’un phénomène artistique apparu antérieurement à Berlin, sur les ruines de la Grande Guerre. La trentaine d’artistes qui se rattachent à ce courant expressionniste ont pour ambition de représenter le tragique au sein d’une société meurtrie, endeuillée et minée par la crise économique bien que la paix soit revenue. La plupart (Otto Dix, George Grosz, Hans Richter, Oskar Schlemmer) ont eux-mêmes souffert dans les tranchées et ont été blessés de guerre. Certains, dont Otto Dix, exposent au Salon Dada qui se tient à Berlin en 1920. Leurs œuvres sont porteuses d’un message contestataire vis-à-vis de la guerre et de la société qui l’a engendrée.

Influencés par le dadaïsme, les membres de la Nouvelle Objectivité dressent une vision glaçante de l’entre-deux-guerres allemand. Le thème de l’invalide de guerre est souvent traité, car il incarne le visage d’un peuple exploité par les plus riches, au service d’enjeux de pouvoir qui n’ont pas tenu compte du prix de la vie humaine. Otto Dix, George Grosz, Gottfried Brockmann, Heinrich Hoerle… Tous, avec férocité, ont fait du mutilé de guerre le symbole de leur contestation sociale dans le contexte de la jeune république de Weimar. Les peintres privilégient des thèmes sociaux, qui leur permettent de dénoncer une société devenue injuste et déshumanisée.

Le peintre expressionniste allemand Max Beckmann, marqué par la Grande Guerre qu’il a faite au titre d’infirmier, estime que la plus haute mission d’un artiste est de servir l’histoire, de rendre compte « des grandes actions dramatiques à contenu humain ». Pourtant, Beckmann, proche de l’esprit Dada (comme George Grosz, son contemporain), n’est pas un peintre historiciste mais il révèle l’importance de la parole de l’artiste, et la haute mission qu’il assigne à l’art : édifier.

George Grosz, ouvertement pacifiste, n’avait eu d’autre choix que d’endosser l’uniforme allemand pendant la guerre. Étant déclaré inapte après une infection aux sinus, il ne voit finalement pas le front. L’artiste publie plusieurs recueils satiriques sujets au scandale, notamment le Petit portfolio Grosz comprenant 20 lithographies. En 1917, année de sa réforme, il finit par irriter le pouvoir : il a interdiction de diffuser ses dessins et encaisse un procès. Grosz s’en prend particulièrement à la figure de la bourgeoisie, celle justement qui soutient la guerre.

La thématique de la sexualité et de l’érotisme est abondamment présente chez ces peintres, mais sous l’angle de la satire, voire de la caricature. Dans leurs tableaux et dessins, les femmes – souvent des prostituées – se montrent vénales, perfides, grossières ou indifférentes. Elles ne semblent pas valoir mieux que leurs clients, de riches bourgeois cupides et bedonnants.

Les scènes peintes par les artistes de la Nouvelle Objectivité sont souvent empreintes d’étrangeté et d’inquiétude. Dans une société industrialisée, toute capacité des Hommes à exprimer leurs idées semble avoir disparu. Les personnages sont souvent représentés comme des pantins ou des êtres abjects, impuissants à incarner le monde moderne face à la brutalité de la machine et de l’argent roi.

Des œuvres clés

Otto Dix, Les Joueurs de Skat
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Otto Dix, Les Joueurs de Skat, 1920

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Huile et collage sur toile • 110 × 87 cm • Berlin, Neue Nationalgalerie • © Bridgeman Images

Otto Dix, Les Joueurs de Skat, 1920

Cette œuvre s’inscrit dans l’esthétique des pratiques du mouvement dadaïste. Elle représente trois mutilés de guerre allemands : ceux que l’on a nommés les « gueules cassées ». Tous sont porteurs d’appareils qui renforcent leur monstruosité à défaut de les rendre plus humains. Le jeu de cartes est à la fois un rappel à une occupation dans les tranchées, mais il exprime peut-être aussi l’insaisissable notion de hasard, si chère aux dadaïstes. La mort, par l’entremise d’une tête macabre dessinée dans la lampe, préside à leur jeu. Otto Dix cultive une posture cynique, non à l’encontre des mutilés, mais de l’absurdité de la guerre et de l’atrocité de ses conséquences.

Otto Dix, La Grande ville
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Otto Dix, La Grande ville, 1927–1928

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Huile sur toile • 181 × 402 cm • Stuttgart, Staatsgalerie • © Bridgeman Images

Otto Dix, La Grande ville, 1927–1928

Dans ce triptyque, le peintre représente une société bancale et inégale, prise entre le besoin de s’étourdir et les stigmates visibles de la Grande Guerre (les indigents, les invalides). Otto Dix, dont la technique minutieuse – comme le format de retable – s’inspire des maîtres de la Renaissance flamande et nordique, oppose deux réalités : au centre, la société des nantis, ces bourgeois décadents et imbus de luxe ; sur les côtés sont rejetés les prostituées et les anciens combattants amputés, devenus inutiles dans une société qui les repousse. Tout n’est qu’impuissance et indifférence.

George Grosz, Les Automates républicains
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George Grosz, Les Automates républicains, 1920

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Gouache sur papier • 60 × 47,5 cm • New York, Museum of Modern Art • © Bridgeman Images

George Grosz, Les Automates républicains, 1920

Dans une œuvre à portée politique qui signale la fin de la démocratie et de la pensée, George Grosz assimile les passants à des mannequins stigmatisés par la guerre : portant la croix de fer mais mutilés. Ces victimes ne sont pas appareillées, et elles n’ont pas retrouvé de véritable place dans la société civile. Les automates, privés de leur capacité de réflexion et de jugement critique, sont les exclus d’une société qui les délaisse et les méprise. Le cadre est celui d’une ville sans âme et fortement industrialisée.

Par • le 26 février 2020

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