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Propriété Caillebotte

Plein phare sur les oubliés du postimpressionnisme

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Publié le , mis à jour le
Ils ont hérité d’une touche sauvage, d’une fascination pour les lumières chatoyantes, d’un regard tendre… De Henry Moret à Gustave Loiseau, ils sont la génération des postimpressionnistes. Défendus par le marchand Paul Durand-Ruel depuis 1890 jusqu’à sa mort, ils n’atteindront jamais la même notoriété que leurs prédécesseurs, Monet ou Renoir. Mais cet été, cinq d’entre eux sont mis à l’honneur à la Propriété Caillebotte. L’occasion de faire quelques belles découvertes.
Auguste Renoir, Portrait de Paul Durand-Ruel
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Auguste Renoir, Portrait de Paul Durand-Ruel, 1910

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Gage d’amitié

C’est l’œuvre qui ouvre le bal, la toute première de l’exposition et non des moindres : il s’agit du portrait du marchand d’art Paul Durand-Ruel, peint par le maître Pierre-Auguste Renoir, son fidèle ami… Nous sommes en octobre 1910. L’impressionniste séjourne à Paris durant quelques jours. Alors qu’il a déjà peint les portraits de ses enfants, il figure celui qui a propulsé sa carrière durant quarante ans, et qui le prie enfin de le représenter. Dans un décor d’une extrême sobriété, Renoir saisit le marchand affaissé, le regard vif, la main sur le cœur.

huile sur toile • 65 x 54 cm • Coll. particulière

Gustave Loiseau, Falaise d’Étretat
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Gustave Loiseau, Falaise d’Étretat, 1902

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Étretat, point de ralliement

Le sujet est illustre, voire légendaire : le site naturel d’Étretat. Ces falaises du pays de Caux « percées de ces trous singuliers », ainsi que le décrivait Maupassant, inspirent les peintres depuis Gustave Courbet. Parmi les plus célèbres représentations, celles de Claude Monet, peintes en série selon l’orientation du soleil entre 1883 et 1886. Et même si Gustave Loiseau déteste être comparé au maître, il faut bien avouer que sa touche épaisse et dynamique tient du même regard, que sa palette est tout aussi variée, que sa série de tableaux tente également de saisir les nuances d’une lumière versatile… « Le postimpressionnisme n’est pas un mouvement, rappelle la commissaire de l’exposition Claire Durand-Ruel, descendante du marchand d’art. Les peintres conservent avant tout le même style que les impressionnistes. »

Huile sur toile • Collection particulière • © Durand-Ruel & Cie / Photo Archives Durand-Ruel

Maxime Maufra, Holborn Head (Scrabster) Thurso Bay
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Maxime Maufra, Holborn Head (Scrabster) Thurso Bay, 1895

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De vertigineuses falaises

Cap sur l’Écosse avec Maxime Maufra ! De Pont-Aven aux Sables-d’Olonne en passant par La Rochelle, ce voyageur invétéré à la recherche de paysages merveilleux retourne en Écosse en 1895 pour y saisir d’impressionnantes perspectives de falaises où la mer vient se fracasser sur les rochers, survolée par des hordes de mouettes chassant leur proie. Les couleurs tranchent, le vide attire, on s’y sent comme au bord du gouffre… C’est sans doute lors de son premier voyage en Écosse, à ses vingt ans, que le peintre s’était épris de ses terres sauvages. Il y avait notamment découvert les prodigieuses toiles du peintre anglais William Turner, précurseur de l’impressionnisme. Un véritable choc pour cet amateur de marines.

Huile sur toile • Collection Association des Amis du Petit Palais, Genève • © Studio Monique Bernaz, Genève

Henry Moret, Goulphar, Belle-Île
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Henry Moret, Goulphar, Belle-Île, 1895

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Exotisme pictural

Surprenante découverte que les tableaux d’Henry Moret : cette huile sur toile dévoile une touche si fine et vivace que l’on croit à du crayon de couleur. Les coloris sont stridents, entre le bleu canard de l’eau, les roses et les pourpres. Pas étonnant que Moret ait été si proche de Paul Gauguin avant son départ pour Tahiti, tous deux en quête de lieux idylliques aux couleurs franches. À tel point qu’un jour, un faussaire lui aurait attribué une toile du maître ! Mais Moret a bel et bien demeuré dans l’Hexagone, arpentant fréquemment les falaises bretonnes figurées ici, peignant sur le vif ses visions colorées, entre quelques parties de chasse et de pêche.

Huile sur toile • H. 92 cm - L. 73 cm • © Musée des beaux-arts de Quimper

Georges d’Espagnat, Crique au Lavandou
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Georges d’Espagnat, Crique au Lavandou, 1899

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La palette du midi

Ici au Lavandou, règne « la vive couleur », écrit Georges d’Espagnat. Rien de plus essentiel pour ce peintre de la génération des fauves et des nabis, fidèle ami de Maurice Denis. Sur cette plage du midi, le soleil déserte, dévoilant des coloris contrastés aux premiers plans et des pastels sur l’eau, à l’horizon. La touche est radicale, dépose brusquement des roses et des orangés, mais contourne aussi avec rondeur les milliers de rochers à la manière des nabis, avant de se fondre dans les feuillages pour doucement les brosser, comme s’ils se trémoussaient sous la brise d’été. Un régal pour les yeux.

Huile sur toile • Collection particulière • © Durand-Ruel & Cie / Photo Archives Durand-Ruel

Albert André, La Femme en bleu
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Albert André, La Femme en bleu, 1895

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Apparition azur

Sur cette toile de jute, la peinture à l’huile est pâteuse, dure comme du pastel. Au loin, cela fait vibrer les couleurs, comme si la cousine de l’artiste venait d’apparaître sous cet arbre fruitier. Sa robe bleue tremblant sous les plis, son ruban de chapeau flottant sous un coup de vent… L’influence des nabis et du japonisme saute aux yeux, avec ce format vertical aussi grand que le spectateur. Tout est relief et reflet. Un talent qui fut repéré par le grand Renoir, lequel conseilla à Durand-Ruel de le prendre sous son aile !

Huile sur toile • Pont-Saint-Esprit, Musée d’art sacré du Gard • © Conservation départementale du Gard / Jean-Luc Maby

Albert André, Femme aux paons
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Albert André, Femme aux paons, 1895

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Le paradis d’Albert André

C’est le clou du spectacle : une immense toile provenant d’une collection privée fraîchement nettoyée pour l’exposition, qui révèle une femme aux seins nus entourée de paons. Pas un seul recoin du tableau qui ne cherche à séduire, pas un centimètre carré laissé à l’ennui. C’est un torrent de sensualité où les plumages s’enroulent à la manière d’une chevelure, où les motifs courbes envahissent le paysage, et où l’on ne sait plus qui de la femme, de l’oiseau ou de la fleur exotique charme davantage. Seul mystère : que cherche la main droite de l’héroïne ? Piocherait-elle des fruits dans un panier ? Car dans cet éden de beauté, il ne manquerait plus que l’extase du goût pour satisfaire tous les sens…

Huile sur toile • Collection particulière • © Durand-Ruel & Cie / Photo Archives Durand-Ruel

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Paul Durand-Ruel et le post-impressionnisme

Du 19 mai 2021 au 14 novembre 2021

www.proprietecaillebotte.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Impressionnisme Auguste Renoir

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