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Grand Palais

Pompéi comme vous ne l’avez jamais vu

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Publié le , mis à jour le
Sur son site Internet et bientôt en ses murs, le Grand Palais a réuni, en plus des trésors archéologiques, le nec plus ultra des installations immersives et reconstitutions 3D. Une exploration fascinante des rues et villas de la cité antique qui est aussi l’occasion de mieux comprendre son adoration pour les images, brûlant partout sous les cendres du Vésuve.
Cette somptueuse paroi peinte de la maison du Bracelet d’or figure un luxuriant jardin totalement recomposé. Son décor est symbolique : pavots de Déméter (déesse de l’Agriculture et des Moissons), violettes de Vénus, pins de Cybèle (mère des dieux)… Quant aux masques de théâtre féminin et aux tableautins de ménades, ils font allusion (encore !)  à Dionysos.
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Cette somptueuse paroi peinte de la maison du Bracelet d’or figure un luxuriant jardin totalement recomposé. Son décor est symbolique : pavots de Déméter (déesse de l’Agriculture et des Moissons), violettes de Vénus, pins de Cybèle (mère des dieux)… Quant aux masques de théâtre féminin et aux tableautins de ménades, ils font allusion (encore !) à Dionysos.

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© Photo Scala, Florence / Courtesy Ministero Beni e Att. Culturali e del Turismo

Certains drames sont riches d’enseignements. Celui qui frappa Pompéi en 79 après J.-C. en fut un, qui transforma de facto la cité campanienne en conservatoire des arts romains du Ier siècle. Demeurant ainsi figée à jamais sous les cendres du Vésuve, elle nous a livré le plus précieux instantané de vie culturelle romaine grâce ses innombrables objets ensevelis. Qu’ils soient spectaculaires ou modestes, tous témoignent d’une civilisation extrêmement raffinée. Le « plus merveilleux musée de la terre », disait Chateaubriand.

Reconstitution de l’éruption du Vésuve en 79 ap. J.-C. réalisée par Gedeon Programmes, société de production coorganisatrice de l’événement au Grand Palais.
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Reconstitution de l’éruption du Vésuve en 79 ap. J.-C. réalisée par Gedeon Programmes, société de production coorganisatrice de l’événement au Grand Palais.

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© Gédéon Programmes

Pline l’Ancien était un passionné de peinture grecque, à laquelle il consacra un livre entier de son encyclopédie, mais en réduisant les artistes romains à de simples copistes de leurs glorieux aînés.

Au-delà de tous les artefacts découverts, le site de Pompéi est devenu, tout comme Herculanum et Stabies, villes elles aussi englouties, un grand livre de la peinture antique, dont l’équivalent ne se trouve qu’à Rome, sur le mont Palatin ou dans la fabuleuse Domus Aurea (« maison dorée »), palais impérial construit par Néron sur les pentes de l’Esquilin.

Sans ces vestiges qui ont conservé une incroyable fraîcheur, la peinture romaine resterait mal connue et elle ne le serait que sous le prisme de la comparaison avec sa grande sœur grecque, vision rapportée dans l’ouvrage très lu au fil des siècles qu’est l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien (23–79 après J.-C.). L’amiral de la flotte romaine, lui-même victime de l’éruption en tentant de sauver les habitants par la mer, était un passionné de peinture grecque, à laquelle il consacra un livre entier de son encyclopédie, mais en réduisant les artistes romains à de simples copistes de leurs glorieux aînés.

Fresque de l’Hercule enfant, dans l’œcus (salon) de la maison des Vettii, une famille d’anciens esclaves affranchis.
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Fresque de l’Hercule enfant, dans l’œcus (salon) de la maison des Vettii, une famille d’anciens esclaves affranchis.

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© De Agostini Picture Library / akg-images

Dans cet art total, la mise en abyme est constante.

 Les Campaniens témoignent d’un savant sens de la composition, maîtrisent le dessin à la perfection, usent d’une palette chromatique très riche, tout en faisant preuve d’un incroyable talent en matière d’illusionnisme. À partir de l’apparition de ce que l’archéologue allemand August Mau (1840–1909) appellera le IIe style, leur fantaisie se débride dans des scènes théâtrales multipliant les effets de trompe-l’œil, figuratives tout en étant absolument irréalistes, avec ces fausses architectures, ces jardins à la nature recomposée, ces tableaux intégrés dans le tableau, ces peintures imitant une peinture… Dans cet art total, la mise en abyme est constante. Les spécialistes de l’Antiquité y décèlent un parallèle avec l’art de la rhétorique : le peintre recherche davantage le vraisemblable que le vrai.

Cette influence hellénique sur la peinture – et la sculpture – romaine est indéniable : les sujets mythologiques les plus appréciés, que ce soit les thèmes bachiques – que l’on retrouve notamment dans la luxueuse maison du Faune, appartenant à un riche amateur d’art –, les amours des dieux ou les actes héroïques – étaient en général dérivés de compositions des IVe et IIsiècles av. J.-C. qui ont dû circuler dans le bassin méditerranéen sous la forme de cartons. Cependant, les fresques de Pompéi ne sont jamais de pâles copies ou sous-produits de l’art grec, comme le lui reprocheront certains historiens du XVIIIe siècle.

Reconstitution de l’atrium d’entrée des Vettii.
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Reconstitution de l’atrium d’entrée des Vettii.

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Leur maison est un bel exemple de l’influence culturelle grecque à Pompéi. Ses fresques, très bien conservées, comptent parmi les plus intéressantes de la cité.

© akg-images / Balage Balogh / archaeologyillustrated.com

« La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture parlante. »

Simonide de Céos

Les fresques entretiennent un rapport étroit avec tous les autres arts conformément à la formule du poète grec Simonide de Céos : « La peinture est une poésie muette et la poésie une peinture parlante. » Le syncrétisme culturel opère également. La très grande variété des sujets puise volontiers dans la culture romaine populaire, pour ne pas dire triviale (voir les décors des tavernes et des lupanars)… Ailleurs, c’est l’otium– cette capacité à occuper son temps libre par des loisirs intellectuels et artistiques – qui est exalté dans des saynètes de la vie quotidienne ou des natures mortes composées de livres, d’instruments de musique ou d’objets d’étude (tablettes, racloirs, stylets…). Les artistes puisent donc à différentes sources d’inspiration, piochant çà et là leurs modèles, dans les nouvelles modes venues de Rome (notamment celle des paysages inspirés de la maison de Livie, l’épouse d’Auguste, sur le mont Palatin) comme dans les mosaïques à la faune exotique réalisées en Méditerranée orientale.

Ce jeune homme à l’attitude pensive (philosophe ? poète ?), peint sur fond jaune paille sur un mur de la maison du Laraire d’Achille, conserve tout son mystère mais aussi toute sa beauté millénaire.
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Ce jeune homme à l’attitude pensive (philosophe ? poète ?), peint sur fond jaune paille sur un mur de la maison du Laraire d’Achille, conserve tout son mystère mais aussi toute sa beauté millénaire.

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© Photo Araldo de Luca

Un autre phénomène explique également cette diffusion rapide des dernières tendances picturales. Alors que le golfe de Naples, tout proche de Pompéi, devient, à l’époque impériale, le lieu privilégié de villégiature des patriciens romains, les Pompéiens y observent avec attention les luxueux travaux entrepris. Se produit alors une forme de contamination des décors. Plus la société pompéienne se transforme, plus elle s’inspire de ces modes de vie aristocratiques. La structure de la domus, la maison, et son cadre de vie expriment avec force cette romanité : dans ses parties publiques, les murs glorifient la famille et sa lignée.

Le sexe était omniprésent dans la cité, dans le décor des lupanars, mais pas que… La maison des Vettii, esclaves affranchis devenus commerçants, était placée sous la protection de Priape, dieu de la Prospérité, ici représenté dans toute sa générosité.
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Le sexe était omniprésent dans la cité, dans le décor des lupanars, mais pas que… La maison des Vettii, esclaves affranchis devenus commerçants, était placée sous la protection de Priape, dieu de la Prospérité, ici représenté dans toute sa générosité.

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© Photo Éric Vandeville / akg-images

La visite de Pompéi a cela de fascinant que la peinture y est omniprésente : dans chaque maison, chaque construction, qu’elle qu’en soit la taille ou l’importance. Elle révèle un très singulier rapport à l’image, de la simple enseigne d’artisan aux merveilleuses fresques de la villa des Mystères, des graffitiet affiches électorales aux peintures retrouvées chez d’anciens esclaves affranchis : la maison des Vettii arbore ainsi d’audacieuses peintures d’architectures mais aussi, sur sa façade extérieure, un stupéfiant Priape dont le phallus repose sur le plateau d’une balance.

Les Pompéiens semblent avoir tous nourri une intense passion pour la peinture, et le pictor, parfois venu de Grèce, a trouvé maintes surfaces à illustrer dans cette ville-carrefour prospère, riche du commerce de son vin et de ses terres fertiles. Comment expliquer cet insatiable goût pour l’image ? D’abord parce que le monde romain, où la religiosité est intense, ne connaît pas de frontières entre le religieux et le politique (ce qui est du domaine de la cité). Le domaine des dieux et celui des hommes s’entremêlent constamment et, dans ce contexte, les fresques sont bien plus qu’une simple décoration intérieure.

Ouvert à la liberté de culte, Pompéi comptait un temple dédié à Isis, la déesse égyptienne. Celui-ci était orné de très beaux trompe-l’œil, tel ce paysage architecturé avec ibis et pêcheur. Mozart, qui visita Pompéi en 1770, s’en inspira pour « la Flûte enchantée ».
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Ouvert à la liberté de culte, Pompéi comptait un temple dédié à Isis, la déesse égyptienne. Celui-ci était orné de très beaux trompe-l’œil, tel ce paysage architecturé avec ibis et pêcheur. Mozart, qui visita Pompéi en 1770, s’en inspira pour « la Flûte enchantée ».

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© Photo Araldo de Luca. Coll. Museo archeologico nazionale, Naples

En 1866, l’historien Hippolyte Taine, dans son Voyage en Italie, l’avait très bien perçu, évoquant celles-ci comme « des figures qui répétaient et embellissaient les attitudes ordinaires, le coucher, le lever, la sieste, le travail, qui les embellissaient certes, mais dans un monde supérieur, divin, plus humain, où elles se trouvaient placées sous le double signe de l’éternité et du sacré ». Au-delà des peintures, les rites religieux – tout comme les rites de banquet et des joutes oratoires avec lesquels ils se confondent parfois – furent aussi à l’origine de la commande d’objets d’orfèvrerie parfois extrêmement luxueux.

Des squelettes de poètes rehaussés d’or

À tout point de vue exceptionnel, le trésor de Boscoreale (découvert en 1895 et aujourd’hui conservé au Louvre), dissimulé peu avant l’éruption par son propriétaire dans une citerne à vin, témoigne d’un art de vivre des plus raffiné. Parmi cette vaisselle d’apparat comptant une centaine de pièces, deux gobelets d’argent rehaussés d’or s’ornent d’une troublante ronde funèbre, menée par des squelettes de poètes et de philosophes, accompagnée d’inscriptions de maximes épicuriennes telles que : « Jouis pendant que tu es en vie, le lendemain est incertain. » Invitation à jouir des plaisirs de la vie, mais aussi rappel de la vanité de la condition humaine…

À cette donnée religieuse s’en ajoute une autre, sociale cette fois. Pour les Romains, le statut individuel joue un rôle fondamental et il a donc été le meilleur atout des artistes venus s’installer là, attirés par la possibilité d’obtenir facilement des commandes. À Pompéi, si chaque mur était susceptible d’être peint, c’est parce que le choix de son iconographie était une expression directe du rang de son propriétaire. Les différents décors retrouvés expriment clairement cette hiérarchie sociale et son corollaire : le désir d’ostentation. Cette folle énergie créative est donc pleinement liée à l’histoire de la cité.

Fresque de la Villa des Mystères
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Fresque de la Villa des Mystères

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L’une des plus belles fresques romaines dans l’une des plus célèbres demeures pompéiennes, ouvrant sur la baie de Naples : la villa des Mystères, qui tire son nom de cette frise magistrale de 17 mètres de long, où 29 personnages sur fond rouge cinabre exécutent un rite à mystères associé à Dionysos et à son épouse Ariane.

© Photo Stéphane Compoint / Gédéon Programmes

Devenu colonie romaine en 80 avant J.-C., Pompéi compte dans sa population d’anciennes familles samnites (un peuple italique en guerre perpétuelle contre Rome mais finalement vaincu en –290) auxquelles se sont agrégés des notables et commerçants, dotés d’importants moyens financiers et qui entendent le montrer. Toute la ville se romanise. Cette nouvelle élite est atteinte d’une fièvre bâtisseuse et décorative; elle rénove d’anciennes maisons, leur greffe des galeries et des portiques, et les agrémente de jardins raffinés.

Reconstitution de Pompéi pendant l’éruption du Vésuve en 79 ap. J.-C. réalisée par Gedeon Programmes, société de production coorganisatrice de l’événement au Grand Palais.
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Reconstitution de Pompéi pendant l’éruption du Vésuve en 79 ap. J.-C. réalisée par Gedeon Programmes, société de production coorganisatrice de l’événement au Grand Palais.

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© Gédéon Programmes

Ainsi fut la vie culturelle de Pompéi : totalement assujettie au besoin de représentation d’une société sans cesse recomposée. Quand elle fut figée dans le temps, en 79 après J.-C., elle était en train de se reconstruire suite à un tremblement de terre déjà dévastateur, survenu en 62. Elle nous a laissé un matériel artistique sans égal, témoignant de la personnalité complexe de ses habitants. Ironie de l’histoire, tous les peintres à l’origine de ces chefs-d’œuvre, au très riche répertoire iconographique et technique, sont demeurés totalement anonymes…

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Pompéi

Du 1 juillet 2020 au 2 novembre 2020
Réouverture le 1er juillet. La billetterie est désormais ouverte, la réservation est obligatoire.

www.grandpalais.fr

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