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L’arte povera en 2 minutes

En bref

Mouvement d’avant-garde apparu en Italie dans les années 1960, l’arte povera incarne une défiance vis-à-vis de la société de consommation (notamment celle de l’impérialisme américain), privilégiant l’usage de matériaux simples, souvent des éléments naturels ou de récupération. C’est une forme d’art dans laquelle prédominent la dimension conceptuelle et celle du nomadisme. L’arte povera fut une attitude politiquement contestatrice, symbolisant l’esprit de la décroissance avant l’heure, et qui s’employa à décloisonner les pratiques artistiques.

Action des artistes du mouvement de l’arte povera (Emilio Vedova au premier plan) sur la place Saint-Marc à Venise, face à la police.
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Action des artistes du mouvement de l’arte povera (Emilio Vedova au premier plan) sur la place Saint-Marc à Venise, face à la police.

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© Archivio Cameraphoto Epoche / akg-images

Il a dit

« L’accent doit être placé sur l’objet brut et sur l’impact de sa présence matérielle. » Germano Celant

Histoire du mouvement

Dans une époque marquée par l’impérialisme américain et l’éclosion du pop art, un groupe d’artistes italiens, principalement issus de la ville de Milan lourdement impactée par la crise industrielle, se tourne vers la nature et les matériaux dits pauvres. Nous sommes au début des années 1960, mais le mouvement ne trouve son nom qu’en 1967 sous l’autorité du critique Germano Celant.

L’arte povera ne repose pas uniquement sur l’usage de matériaux naturels, rudimentaires ou de récupération. Il s’agit avant tout d’incarner une attitude défiante et révolutionnaire vis-à-vis de la société de consommation. C’est donc une forme d’art profondément politique, qui s’inscrit principalement entre 1966 et 1969. Les œuvres et actions sont réalisées par le groupe d’artistes comptant, entre autres, Mario Merz, Michelangelo Pistoletto, Jannis Kounellis et Giuseppe Penone.

Certains artistes font aussi usage de matériaux modernes, comme le néon. Ce qui prime, c’est l’ancrage de leurs œuvres dans le réel, sans pour autant exclure l’expression d’un langage poétique. Ils privilégient souvent le mode de l’installation. La plupart d’entre eux, à l’exception de Giuseppe Penone, s’emploient à dépersonnaliser leurs œuvres, à ne pas en faire le récit d’une expérience personnelle.

Le but de l’arte povera est de susciter un questionnement sur notre société contemporaine. Le terme « pauvre » signifie simplicité, dépouillement, ascétisme… et incarne une posture métaphysique. Que reste-t-il de la nature, de nos comportements naturels, de nos instincts, de nos aspirations à la poésie ? Cela suggère également que l’artiste a un rôle à jouer, celui d’impliquer le spectateur dans une démarche collective, qui reste tout à fait d’actualité à l’heure des bouleversements climatiques et sociétaux que rencontre notre société occidentale contemporaine.

Quelques œuvres clés

Mario Merz, Igloo di Giap
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Mario Merz, Igloo di Giap, 1968

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Fer, plastique, terre • 120 × 200 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-GP / image Centre Pompidou, MNAM-CCI © ADAGP, Paris 2019

Mario Merz, Igloo di Giap, 1968

Cette structure, à la fois sculpture et architecture, adopte une forme traditionnelle et rudimentaire de la culture inuit : l’igloo. Mais le revêtement est ici constitué de petits sacs en plastique pleins de terre, sur lesquels court une inscription en néon, une sentence militaire (« Si l’ennemi se concentre, il perd du terrain, s’il se disperse, il perd sa force »). Merz a fait de l’igloo l’une de ses formes de prédilection, à la fois fermée et ouverte sur le monde.

Giusepe Penone, Soffio 6 (Souffle 6)
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Giusepe Penone, Soffio 6 (Souffle 6), 1978

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Terre cuite • 158 × 75 × 79 cm • Coll. Centre Pompidou – MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Adam Rzepka © ADAGP, Paris 2019

Giuseppe Penone, Souffle 6, 1978

Penone développe un discours humaniste qui pose l’interrogation de la place de l’homme dans la nature qui l’entoure. Il se distingue au sein de l’arte povera par son identité de sculpteur, et son implication personnelle dans ses œuvres. Il n’est pas rare qu’elles portent la trace de son passage, à l’exemple de Souffle 6 qui immortalise dans la terre l’empreinte d’une partie de son corps jusqu’à la bouche. L’artiste cherche à saisir dans le temps (la matière) des faits aussi inconstants que le souffle, l’existence d’un corps, un geste…

Jannis Kounellis, Sans titre
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Jannis Kounellis, Sans titre, 1968

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Ficelle • 515 × 700 × 75 cm • Coll. musée d’Art contemporain, Bordeaux • © Centre Pompidou – MNAM-CCI, Paris, dits. RMN-GP / Philippe Migeat © Jannis Kounellis © ADAGP, Paris 2019

Jannis Kounellis, Sans titre, 1968

Kounellis travaille avec des matériaux et des pratiques variés, allant de la sculpture au théâtre ou à la danse. Ici, il dispose à même le mur des totems entourés de laine qui ne véhiculent aucune histoire particulière. Ils sont là, simplement, comme des signes du monde, des signes sacrés. L’artiste utilise des matériaux symboliquement chargés, comme la terre, les cheveux, les fleurs, affirmant rechercher un retour à la poésie « par tous les moyens ».

Par • le 25 novembre 2019

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