Article réservé aux abonnés
Jean Tinguely, Lampe Coq, 1973
Sculpture en acier, lampes, tissus • 130 x 135 x 47 cm • Collection privée • Photo Franck Couvreur / © Jean Tinguely
Alain Séchas, Chat-cygne, 2003
Chat échaudé…
Rions encore avec Alain Séchas ! Quoique… Le personnage mi-homme mi-chat qui semble sorti d’un cartoon, emblématique de l’artiste français depuis les années 1990, interroge l’humain et ses angoisses profondes. Ici, la créature n’a en tout cas pas l’air ravie qu’on la surprenne avant qu’elle ne se jette à l’eau. Il est vrai qu’avec ses palmes démesurées, elle n’est pas très glorieuse… Sait-elle seulement nager ? Qu’importe ! Sa bouée en forme de cygne l’aidera sûrement à surmonter sa peur, comme le dit l’artiste : « Un chat n’aime pas l’eau, c’est bien connu, et le cygne va donc l’aider à vaincre son appréhension. Un chat plus un cygne égalent un humain peut-être… ».
Polyuréthane, acrylique • 82,5 x 41 x 52,5 cm • Courtesy Galerie Laurent Godin, Paris / © Alain Séchas
Serena Carone, Chauves-souris, 2011-2012
Serena Carone, la femme chauve-souris
Levez les yeux mais ne hurlez pas ! Ne fuyez pas ! On s’y méprendrait, mais l’essaim de chauves-souris collé au plafond est bien une sculpture. Ou plutôt, cent sculptures. Fascinée par la faune, Serena Carone est une artiste qui aime jouer avec les trompe-l’œil et les faux-semblants. Pour « Bêtes de scène », elle a exceptionnellement sorti de son atelier (une véritable arche de Noé !) cette colonie de chiroptères. Toutes se ressemblent, mais il n’y en a pas deux identiques. Uniques et semblables à la fois, c’est aussi là que réside la beauté de ces chauves-souris.
Faïence émaillée • 100 pièces de dimensions variables • Courtesy et © Serena Carone / Photo Franck Couvreur
Katia Bourdarel, Je suis une louve, 2012
Katia Bourdarel montre les crocs
C’est bien connu, les bêtes nous en apprennent beaucoup sur l’Homme ou plutôt, ici, sur la femme. Avec Je suis une louve, Katia Bourdarel s’intéresse à l’un des animaux les plus présents dans le folklore occidental. Le loup des contes de fée est terrifiant, mais la louve est souvent protectrice dans la mythologie, par exemple lorsqu’elle allaite Apollon et Artémis, ou Romulus et Rémus. Parée ici d’une peau de mouton et affublée d’un masque (un loup !), elle reflète les postures que le dictat actuel du paraître impose à la femme. Pourtant, elle tient fermement au sol, défend son territoire et hurle… Vous avez dit « sexe faible » ?
Résine acrylique et textile • 100 x 155 x 50 cm • © Aeroplastics, Bruxelles / Photo Franck Couvreur / © Katia Bourdarel
Eva Ramfel, Porifera, 2019
Nos ancêtres… les éponges
Plénitude et apaisement devant cette œuvre en suspension d’Eva Ramfel. Amoureuse de la nature, la jeune artiste puise son inspiration aux sources du vivant. Cette feuille recourbée perforée sur toute sa surface, flottant au milieu du vide est une vision sculpturale des éponges (ou poriferae). Apparues il y a quelque 640 millions d’années, elles sont l’une des plus anciennes formes de vie animale. Pourtant, la pêche en eaux profondes les menace de disparition : « Je veux mettre en avant des espèces oubliées dans les grands fonds. Avec Porifera, je pose la question de l’avenir que l’on octroie à nos ancêtres, mais aussi à celui que l’on réserve aux générations futures. »
Zinc • 120 x 120 cm • Courtesy Eva Ramfel / Photo Franck Couvreur / © Eva Ramfel
Andriès Botha, Amissa Anima Mea (Lost Soul), 2019
Andries Botha ou la défense des éléphants
L’artiste sud-africain Andries Botha a profité de son intervention à la Villa Datris pour dénoncer la chasse aux éléphants, si alarmante dans son pays. Inerte, d’un brun rappelant le cuir, il semble qu’il soit déjà trop tard pour cet éléphanteau au corps criblé de vis et d’écrous, qui rappellent l’impact de balles. Un espoir subsiste toutefois : la corde qui le suspend évoque aussi un cordon ombilical, l’esprit bienveillant qui protège la vie. Dénonçant le braconnage, Andries Botha porte aussi la cause des opprimés et glisse des références à la culture zouloue dans son univers plastique.
Acier tendre galvanisé, bois de plomb, écrous et rondelles, peau de vache Nguni • 326 x 88 x 158 cm • Courtesy Andriès Botha et Galerie Galea, L'Isle-sur-la-Sorgue / Photo Franck Couvreur / © Andriès Botha
Dimitri Tsykalov, Head, 2015
Le lion est (encore) mort ce soir
On l’entendrait rugir ! Né à Moscou et installé à Paris, l’artiste Dimitri Tsykalov dénonce dans son œuvre toute forme de violence humaine. En l’occurrence, celle des temps modernes est souvent due aux armes à feu. C’est ainsi que le carnage est représenté par un assemblage de boîtes de munitions récupérées aux quatre coins du globe, pour donner des sculptures au rendu assez bluffant. Ainsi, pas de doute : c’est bien un lion qui est face à nous. Il est à la fois un symbole de la puissance du guerrier et un trophée de chasse, signe du massacre et de la folie des Hommes.
Caisses en bois, cordes, métal • 166 x 133 x 83 cm • Collection Raja Art • © G.ESMIEU / © Dimitri Tsykalov
Claire Morgan, Falling Down, 2014
Le destin des animaux
Face à cette œuvre de Claire Morgan, on hésite entre dégoût et fascination. Dégoût, parce que sont ici naturalisés de réels rats et mouches bleues. Fascination, parce que la scène est de toute beauté : le rongeur perdu chute sans fin dans un abyme de vanité… Difficile de ne pas penser à un tableau réalisé par l’expressionniste allemand Franz Marc, un siècle plus tôt : Le Destin des animaux, prophétisant le carnage industriel de la Première Guerre mondiale. Chez Claire Morgan, l’apocalypse redoutée est d’ordre climatique, annonçant une fin plausible de l’anthropocène.
Rat taxidermisé, mouches bleues, nylon et verre • 88,4 x 51,6 x 51,6 cm • Courtesy Galerie Karsten Greve, Paris - Cologne - St. Moritz / © Claire Morgan Studio
Elodie Antoine, Paresseux, 2014
Dans un monde de paresseux
Les expositions de la Villa Datris se déroulent aussi à l’extérieur, transformé en une véritable jungle ! Regardez en haut : toute une colonie de paresseux a pris ses quartiers dans les arbres… Blancs, roux ou bruns, ces douces sculptures criantes de vérité dorment tranquillement suspendues. Voilà ce qui intéresse Élodie Antoine : « Les paresseux sont connus pour bouger très peu et ne descendre des arbres que très rarement. On raconte qu’ils sont les ancêtres de l’Homme, ou des hommes punis par les dieux. […] Que se passerait-il s’ils se décidaient à descendre de leur arbre ou se mettaient à proliférer et coloniser tout le parc ? »
Installation de 7 sculptures, fourrure et mousse synthétique • Courtesy Galerie Aeroplastics, Bruxelles / Photo Franck Couvreur / © Elodie Antoine
Laurent Perbos, Mononoké ou l’esprit des choses, 2019
Silence ! On vous observe
L’artiste polonaise Magdalena Abakanowicz disait que, dans les jardins, les sculptures regardaient le spectateur comme « dans un zoo ». Une idée que l’on retrouve dans l’intervention in situ de Laurent Perbos, utilisant deux arbres morts comme supports, et la rivière comme socle. Des dizaines de paires d’yeux nous dévisagent : sont-ils menaçants ou bienveillants ? Ces singes ne sont-ils que des singes ? Comme le titre l’indique, l’artiste est fasciné par la culture japonaise, et les créatures de Mononoké font aussi référence aux yokai, ces petits esprits cachés en toute chose. Le tout dans une parfaite intégration à l’environnement de la Sorgue !
Installation sur la Sorgue, dimensions variables • Fondation Villa Datris, L'Isle-sur-La-Sorgue • Courtesy Laurent Perbos / Photo Franck Couvreur / © Laurent Perbos
Bêtes de scène
Du 31 mai 2019 au 3 novembre 2019
Fondation Villa Datris • 7 Avenue des Quatre Otages • 84800 L'Isle-sur-la-Sorgue
fondationvilladatris.fr
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique
Un cocorico suisse
C’est des Nouveaux Réalistes qu’est partie l’étincelle chez Danièle Kapel-Marcovici, cofondatrice de la Villa Datris avec Tristan Fourtine. Le thème animalier a en effet été traité par César ou Niki de Saint Phalle, ainsi que par le compagnon de cette dernière, Jean Tinguely. Avec cette Lampe Coq, l’artiste suisse montre une approche ludique de la sculpture où le cinétisme est le maître-mot. Ici, pas d’horlogerie de luxe mais un mécanisme de fortune qui enclenche un mouvement et des lumières clignotantes, figurant la fierté du roi de la basse-cour à qui personne n’ose dire qu’il est un brin… grotesque.