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Camille Henrot
© Gilles Bassignac / Divergence
Daria de Beauvais
© James Prinz
« Les œuvres de Camille Henrot reflètent sa volonté d’explorer de manière approfondie les structures socio-culturelles, les symboles et les rituels qui organisent la vie humaine. D’une manière très singulière, l’artiste rumine les petits détails de la vie quotidienne, l’actualité du monde et certains problèmes philosophiques en partant de points de vue aussi variés que l’anthropologie, la psychologie, la religion et la littérature. Elle synthétise une absolue contemporanéité et des recherches approfondies, elle nous dit quelque chose de notre présent, mais de manière subtile, laissant libre cours à nos associations d’idées, sentiments et narrations individuels – ainsi qu’elle l’indique elle-même : « Mes œuvres ne parlent pas avec un haut-parleur et n’ont pas de message. Elles seraient plutôt comme quelqu’un qui articule mal et qui parle très vite, dont on ne comprend pas forcément tout ce qu’il/elle dit. Ce qui importe, c’est ce qu’on ressent. »
Le travail de Camille Henrot n’apporte donc pas de solutions pour nous aider à affronter le monde avec toutes ses contradictions, mais il peut nous aider à penser, à trouver les solutions en nous-mêmes, en sortant de nos zones de confort. L’artiste repousse sans cesse les limites, y compris les siennes, et cette carte blanche au Palais de Tokyo est pour elle l’occasion de déplier avec force son univers, d’une grande beauté et riche de sens. Une de ses caractéristiques est la multiplicité des formes, chaque nouvelle recherche apportant sa propre expression, qu’il s’agisse de films, dessins, fresques, sculptures ou installations. Tout en ayant un langage visuel distinct, l’artiste nous surprend à chaque fois, jamais exactement là où on s’attendrait à la voir. Je connais Camille Henrot et son travail depuis plus d’une décennie et j’ai visité la plupart de ses expositions, dans le monde entier. L’accompagner dans la conception et la réalisation de ce projet m’a permis de creuser plus profondément son travail, ses obsessions ; c’est fascinant et très instructif pour un commissaire d’exposition ! Être témoin de son évolution est extrêmement satisfaisant car je crois qu’elle est – et restera – l’un des artistes majeurs de notre temps. »
Daria de Beauvais est commissaire de l’exposition « Days Are Dogs », carte blanche confiée à Camille Henrot au Palais de Tokyo.
Camille Henrot, A Long Face (détail), 2016
Fresque • 423 × 400 cm • Courtesy de l’artiste, de la Fondazione Memmo, Rome, et de kamel mennour, Paris — London, Köning Galerie, Berlin, et Metro Pictures, New York / Photo Daniele Molajoli / © ADAGP, Paris 2017
David Horvitz, 2016
Courtesy de l’artiste / Photo Marley Freeman
« Une des premières fois que j’ai rencontré Camille, nous conduisions autour des collines de Los Angeles quand un Pic flamboyant, un petit pivert, tomba du ciel et manqua de nous atterrir dessus. Elle l’a ramassé et tenu dans ses mains. Elle m’a expliqué que sa mère lui avait appris à tenir les oiseaux. Là, au creux de ses mains, le cœur de l’oiseau cessa de battre. J’ai pensé que c’était une drôle de façon de devenir amis. L’ornithomancie est une technique divinatoire basée sur l’observation des oiseaux, et je me suis demandé ce que cela signifiait. Je l’ai imaginé comme le début d’une sorte de conte populaire. J’ai toujours vu une part de folklore dans le travail de Camille. Des animaux anthropomorphiques, des larmes qui remplissent des verres, une route faite de pièces, une pie qui vole un bijou, le rusé renard, des histoires sur l’origine. Et même Camille, dans la nuit, errant à travers les quartiers riches de Manhattan en ramassant des fleurs. Cela aussi pourrait être le début d’un conte populaire.
Le premier projet auquel elle m’a invité fut la performance Buffalo Head. Il s’agissait de réécrire un vieux conte populaire italien qui avait été collecté et publié dans l’ouvrage Contes populaires italiens d’Italo Calvino. Cette histoire avait été réécrite avec des fins multiples, et l’audience devait choisir la direction que prendrait l’histoire. Cela me rappela à quel point les histoires, en se déplaçant au travers des territoires et des langues, sont susceptibles de se transformer ; de changer de personnages, de changer de fins. Comme dans ces histoires, rien n’est stable, et ce qui survient est toujours inattendu. Je pense à présent à son exposition au Palais de Tokyo, la façon dont l’exposition utilise les sept jours de la semaine comme structure. La promenade dans l’espace muséal est une façon de se faufiler à travers le temps, et à travers les histoires de Camille, en faisant des rencontres inattendues qui vous mènent à une prochaine rencontre. Peut-être que l’oiseau n’était pas un signe. Peut-être que c’était juste une coïncidence. Mais là encore, l’étymologie de « coïncidence », c’est « tomber en même temps ». Je me demande où nous allons tomber, ou ce qui va nous tomber dessus, la prochaine fois. »
Kamel Mennour
Photo archives kamel mennour
« Nous représentons Camille Henrot depuis 2006. D’abord reconnu pour ses vidéos, son travail se déploie désormais en sculpture, dessins, photographies, installations de grande envergure (The Pale Fox). Son exploration sans limite des divers médiums est à la mesure de l’ampleur des sujets qu’elle aborde, de l’art ancien à la culture internet, en passant par les civilisations traditionnelles (Indiens Houma, peuple Dogon, communautés d’Océanie), à travers différents prismes de lecture tels que la mythologie, la psychanalyse, l’anthropologie, l’ésotérisme… Son œuvre aborde la fascination exercée par l’ailleurs et par l’altérité, qu’elle soit géographique ou sexuelle, fascination reprise dans les mythes populaires modernes (comme celui de la naissance du monde – dans son film Grosse Fatigue – jusqu’à King Kong ou Frankenstein). Elle porte un regard quasi anthropologique sur ses propres souvenirs, littéraires (Ikebana) et de voyage, qu’elle traite comme les traces d’une histoire universelle, déconstruite et décloisonnée, en soulignant ses zones d’ombre. Elle réinvestit nos outils de classification du monde qui nous entoure pour mieux subvertir les systèmes de hiérarchie en montrant à quel point ce sont des constructions culturelles.
Son exposition Days are Dogs au Palais de Tokyo représente une occasion unique de découvrir la richesse et la pertinence d’une artiste qui sans cesse s’attache à nous donner des « modèles d’identification » pour mieux percevoir ce qui relie notre histoire individuelle à la grande histoire, celle du passé et celle, en marche rapide, de notre société mondialisée. Dans l’installation Testa di Legno, présentée en ce moment à la galerie (jusqu’au 25 novembre), Camille Henrot nous plonge dans un univers carcéral, dans lequel un groupe de sculptures en bois évoque tout à la fois un jeu de quilles et un jardin zen. Entre emprisonnement et protection, l’œuvre nous invite à réfléchir sur l’ambivalence de la dépendance à la famille. En lien avec l’exposition au Palais de Tokyo, elle suggère une approche psychanalytique pour ses sculptures en thérapie de groupe. Je suis très fier de porter son travail depuis plus de dix ans et de le voir ainsi se déployer. »
Camille Henrot, Testa di Legno, 2017
Bois, métal, boules de bowling, ballon de basket • 288 × 838 × 428 cm • Courtesy de l’artiste et kamel mennour, Paris — London / Photo archives kamel mennour / © ADAGP Camille Henrot
Carte blanche à Camille Henrot : « Days Are Dogs »
Du 18 octobre 2017 au 7 janvier 2018
Palais de Tokyo • 13, avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.palaisdetokyo.com
Camille Henrot, Testa di legno
Du 14 octobre 2017 au 25 novembre 2017
6, rue du Pont de Lodi, Paris 75006
Galerie Mennour • 47 Rue Saint-André des Arts • 75006 Paris
www.kamelmennour.com
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