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Vague d’émotions au musée Marmottan

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Joie, tristesse, colère, excitation, surprise, peur… Depuis des siècles, les artistes mettent en scène les émotions humaines. Au fur et à mesure que la société a laissé place à l’affirmation de l’individu, ces représentations sont devenues de plus en plus précises, intenses et expressives. Truffée d’œuvres prestigieuses, une exposition au musée Marmottan lève le rideau sur cette évolution. Un voyage fascinant dont voici un aperçu en 12 émotions fortes !
Maître de la légende de sainte Madeleine, Sainte Madeleine en pleurs
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Maître de la légende de sainte Madeleine, Sainte Madeleine en pleurs, 1525

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Chagrin contenu

Un spectateur peu attentif pourrait facilement passer à côté de la minuscule larme cristalline qui perle discrètement au coin de l’œil de cette Sainte Madeleine ! Car au début du XVIe siècle, les émotions peintes sont encore très contenues – et réservées aux figures religieuses. Presque rien, hormis le mouchoir et le vase à onguents, n’exprime le chagrin dans ce portrait de profil très figé. L’exact opposé du petit tableau de Picasso exposé audacieusement à ses côtés, La Suppliante (1937), dont le corps accidenté incarne à l’excès la douleur mentale !

Coll. National Gallery, Londres

Louis Léopold Boilly, Trente-cinq têtes d’expression
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Louis Léopold Boilly, Trente-cinq têtes d’expression, vers 1825

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Drôles de têtes

À partir du XVIIe siècle, les scènes de genre fleurissent : les artistes s’intéressent de plus en plus aux émotions individuelles et aux particularités de chaque visage. Des planches de Le Brun aux têtes sculptées de Messerschmidt, des recherches pointues sont réalisées pour catégoriser les émotions et leurs symptômes physiques. En témoigne cette géniale étude de « trente-cinq têtes d’expression » signée Louis Léopold Boilly : une foule cocasse de personnages pleurnicheurs, surpris, amusés, médisants ou tout simplement grimaçants !

Huile sur bois • Coll. musée Eugène Leroy, Tourcoing

Joseph Ducreux, Portrait de l’artiste sous les traits d’un moqueur
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Joseph Ducreux, Portrait de l’artiste sous les traits d’un moqueur, vers 1793

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Artiste goguenard

Les yeux plissés, brillants, la bouche fendue d’un large sourire dévoilant toutes ses dents… Traversé de multiples fossettes et ridules finement observées, le visage de cet homme arbore tous les signaux universels de la joie. Datant de la Révolution française, cet autoportrait hilare de Joseph Ducreux est un bel exemple de la façon dont l’affirmation de l’individu, qui va de pair avec les bouleversements de la société, se traduit en peinture. Le doigt pointé vers le spectateur, c’est de nous que semble rire l’artiste réputé pour son caractère irascible, prenant ainsi les critiques à contre-pied !

Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN – Grand Palais (musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi

Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou
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Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, vers 1777-1778

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Désir fulgurant

Afin d’empêcher la demoiselle (peut-être pas si réticente qu’elle n’en a l’air?) de quitter la pièce, le jeune homme verrouille la chambre tout en retenant vigoureusement sa proie par la taille, brûlant de satisfaire son désir sur le lit tout proche… Signée Fragonard, cette scène de boudoir torride montre comment, au XVIIIe siècle, la théâtralisation des émotions (ici l’élan de l’excitation qui saisit et emporte les êtres) s’étend au travail des postures, accentuées par le plissé expressif des vêtements. Un chef-d’œuvre de la peinture rococo !

Huile sur toile • Coll. musée du Louvre, Paris • Dist. RMN-Grand Palais / Angèle Dequier

Chevalier Ferréol de Bonnemaison, Une jeune femme s’étant avancée dans la campagne se trouve surprise par l’orage
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Chevalier Ferréol de Bonnemaison, Une jeune femme s’étant avancée dans la campagne se trouve surprise par l’orage, 1799

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Vent de terreur

À l’époque romantique, de la mélancolie aux violents tourments, les émotions qui agitent le moi intérieur sont reines. Jusqu’à, parfois, s’étendre à des paysages entiers et des scènes de tempête ! Une ère que ce tableau préfigure avec cette femme vulnérable surprise par l’orage, dont les yeux implorants et les bras resserrés autour de son mince vêtement à moitié arraché expriment le désarroi. Sauf qu’il s’agit ici d’une allégorie de la France meurtrie par la Terreur, signée par un peintre qui a dû fuir la Révolution en s’exilant à Londres…

Huile sur toile • Coll. Brooklyn Museum

Claude Marie Dubufe, La Lettre de Wagram
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Claude Marie Dubufe, La Lettre de Wagram, 1827

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Larmes sensuelles

Dépeinte avec sensualité, cette femme tient dans sa main une lettre lui annonçant le décès de son mari sur le champ de bataille de Wagram, accompagnée d’une Légion d’honneur en récompense de sa bravoure. Bouche entrouverte, œil larmoyant, tête posée avec mélancolie dans une main, cou et regard tournés vers le ciel : afin d’exclure toute distraction, c’est sur fond noir que le peintre exprime le chagrin mêlé de fierté qui absorbe la belle.

Huile sur toile • Coll. Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie, musée des Beaux-Arts • © C. Lancien, C. Loisel / Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie

Emile Signol, Folie de la fiancée de Lammermoor
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Emile Signol, Folie de la fiancée de Lammermoor, 1850

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Folie romantique

Recroquevillée, hébétée, dans la cheminée tel un animal sauvage acculé, la tête rentrée dans les épaules et les yeux écarquillés de crainte mêlée d’horreur, l’héroïne (inspirée du roman La Fiancée de Lammermoor (1819) de Walter Scott) vient de tuer son époux le soir de ses noces et s’apprête à sombrer dans la folie… qui, au XIXe siècle, devient la préoccupation de nombreux médecins absorbés par l’étude des gestes, expressions et attitudes des aliénés.

Huile sur toile • Coll. musée des Beaux-Arts, Tours • © Tours, musée des Beaux-Arts / photo Dominique Couineau

Emile Friant, Les Amoureux
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Emile Friant, Les Amoureux, 1888

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Tendresse fugace

De dos, accoudés côte à côte à la balustrade d’un pont, deux amoureux amorcent un échange de regards, un paysage paisible en toile de fond. Brossée avec délicatesse par le peintre réaliste Émile Friant, la scène semble tendre. Mais l’absence de sourire, leurs yeux qui ne se croisent pas tout à fait et les feuilles d’automne semblent indiquer une rupture mélancolique. Ou un moment de flottement où l’harmonie du couple, face à un avenir incertain, reste en suspens…

Huile sur toile • Coll. musée des Beaux-Arts, Nancy • © M. Bourguet

André-Victor Devambez, Les Incompris
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André-Victor Devambez, Les Incompris, 1904

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Amertume sociale

De l’abattement du buveur de droite figé devant sa bière à la mine renfrognée de la femme assise à gauche, le poing serré et le visage buriné par l’amertume, cette scène de café met en avant deux artistes incompris, dont la détresse sourde contraste avec les rires des trois hommes vêtus de noir. Illustrateur de Zola et maître de la vie moderne, André Devambez traduit sans un mot les frustrations d’une société inégalitaire gangrenée par l’alcoolisme, la misère et l’exclusion…

Huile sur toile • Coll. musée des Beaux-Arts, Quimper • Photo mbaq

Fernand Léger, Trois femmes sur fond rouge
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Fernand Léger, Trois femmes sur fond rouge, 1927

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Visages sereins

Campés en quelques épaisses lignes noires par l’avant-gardiste Fernand Léger, les visages ronds et impassibles de ces trois femmes reflètent une forme de sérénité. Sur un fond rouge vibrant, ils renvoient à l’espoir ressenti durant l’entre-deux-guerres par les classes populaires face à l’accès favorisé aux loisirs et autres améliorations sociales. La promesse d’un avenir meilleur…

Huile sur toile • Coll. musée d’art moderne et contemporain de Saint-Etienne Métropole • Photo Cyrille Cauvet / Adagp, Paris 2022

Salvador Dalí, Las Llamas, Llaman (Les Flammes, ils appellent)
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Salvador Dalí, Las Llamas, Llaman (Les Flammes, ils appellent), 1942

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Feu intérieur

Chez Salvador Dalí, la girafe en feu renvoie à l’absurdité et à la monstruosité apocalyptique de la guerre. L’artiste espagnol est fasciné par la pensée de Freud, père de la psychanalyse, pour qui nos émotions et nos comportements trouvent leur origine dans des choses obscures tapies dans les tréfonds de notre inconscient. Choses que l’étrange langage visuel des surréalistes exprime et fait remonter à la surface. Comme des retranscriptions de rêves à interpréter…

Huile sur toile • Coll. David et Ezra Nahmad • © Collection David et Ezra Nahmad, © Salvador Dali, Fundacio Gala-Salvador Dali / Adagp, Paris, 2022

Zoran Music, Nous ne sommes pas les derniers
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Zoran Music, Nous ne sommes pas les derniers, 1973

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Le cri de l’indicible

Face à l’horreur absolue, l’émotion est si forte et déchirante qu’elle finit par être anéantie. C’est ce qu’exprime ce personnage décharné, dont on ne sait s’il pousse un hurlement viscéral ou se trouve déjà pétrifié par la mort. Une œuvre extrêmement poignante de l’artiste slovène Zoran Music, hanté jusqu’à la fin de sa vie par sa déportation au camp de concentration nazi de Dachau. À ses côtés, une installation de Christian Boltanski (Monument, 1985) rappelle comment, face au souvenir des victimes, tout s’arrête et se fige…

Acrylique sur toile • Coll. musée d’art et d’histoire du judaïsme, Paris • © RMN-Grand Palais / Stéphane Maréchalle / Adagp, Paris, 2022

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Le Théâtre des émotions

Du 13 avril 2022 au 21 août 2022

www.marmottan.fr

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