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Musée Rodin

Rodin à travers l’objectif d’Edward Steichen

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Entre le photographe pictorialiste et le géant de la sculpture, naît, dans les années 1900, une singulière relation faite d’affection et d’admiration réciproque. Les sculptures de l’un inspirant les photographies de l’autre, les clichés de Steichen offrent un regard neuf sur l’œuvre du maître. Ce dialogue s’expose au musée Rodin jusqu’au 25 mars.
Edward Steichen, Auguste Rodin et sa sculpture “Le Penseur”
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Edward Steichen, Auguste Rodin et sa sculpture “Le Penseur”, 1902

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Épreuve à la gomme bichromatée • 26 × 32,2 cm • © Bridgeman Images

« Vous ferez comprendre mon Balzac au monde par ces photographies. » L’éloge n’est pas maigre : il est à l’image des liens forts entre Rodin et Steichen. Organisée en collaboration avec le musée d’Histoire et d’Art de Luxembourg, l’exposition-dossier du musée Rodin revient sur ce dialogue à partir de fac-similés de haute qualité ainsi que de documents. Né au Luxembourg en 1879, Steichen émigre aux États-Unis avec ses parents dans ses premières années. Il apprend la lithographie puis la photographie à Milwaukee dans les années 1890. Alors que son goût pour l’impressionnisme et le symbolisme le mène droit à Paris en 1900, la rencontre avec l’art de Rodin au pavillon de l’Alma est un choc frontal. Timidement, le jeune homme frappe à la porte du maître l’année suivante et Rodin se prête au jeu des portraits avant d’ouvrir à Steichen la réserve de son atelier. Peu sûr de lui, écrasé par le poids de son modèle, le photographe songe à renoncer à l’art dans les premiers temps. Découvrant un Steichen en larmes, Rodin réconforte celui qu’il considère déjà comme un fils. En découvrant les premiers tirages, il comprend avoir affaire à un génie de sa trempe.

« Rodin a joué un rôle fondamental dans la vie de Steichen. »

Malgorzata Nowara

Conservatrice de l’institution du Grand-Duché, Malgorzata Nowara revient sur cette relation privilégiée : « Rodin a joué un rôle fondamental dans la vie de Steichen. Il l’a inspiré et les deux artistes se sont certainement stimulés mutuellement. La relation de Steichen à Rodin est très belle, il était son protégé, voyait dans le sculpteur un père de substitution, un « maître ». » Est-ce une forme d’originalité qui a réuni les deux hommes ? Fondateur de la Photo-Secession avec Alfred Stieglitz, collaborateur régulier de Camera Work, Steichen est un fer de lance du pictorialisme américain, défendant une photographie d’art en réaction à la pratique amateur qui se développe depuis l’arrivée de l’instantané. De la prise de vue à l’impression, la série de manipulations que nécessite le médium rapproche le métier de photographe de celui de graveur.

Edward Steichen, Autoportrait à la palette et au pinceau
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Edward Steichen, Autoportrait à la palette et au pinceau, 1902

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Épreuve à la gomme bichromatée • Coll. The Art Institute of Chicago, IL, USA • © The Art Institute of Chicago, IL, USA / Alfred Stieglitz Collection / Bridgeman Images

L’autoportrait de 1902 en est un manifeste : s’inspirant de la pose de L’Homme au gant du Titien, Steichen, vêtu façon dandy, ne tient pas l’appareil mais une brosse et une palette, partagé qu’il était entre peinture et photographie, avant de poser les pinceaux en 1920. Steichen privilégie l’emploi de la gomme bichromatée, le tirage au platine et le procédé au charbon donnant des clichés rappelant tantôt des fusains, tantôt des lithographies. Dans les portraits de Rodin par Steichen, la ressemblance psychologique prime sur la fidélité des apparences. Avec le sculpteur au profil barbu, faisant face à son Penseur sur fond d’un Victor Hugo méditatif, c’est un archétype du génie romantique qui se donne à voir où l’homme et l’œuvre sont indissociables. En plus des portraits, Steichen a saisi des œuvres isolées comme Pierre de Wissant (l’un des Bourgeois de Calais), cliché à la gomme bichromatée soulevant une ambigüité visuelle : les marques noires sont-elles un effet du développement ou une intervention de l’artiste au pinceau ?

Edward Steichen, La Silhouette, 4 a.m.
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Edward Steichen, La Silhouette, 4 a.m., 1908

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Épreuve à la gomme bichromatée • 16,8 × 22,2 cm • © Musée Rodin, Paris / Edward Steichen / ADAGP Paris

Le dernier reportage marque l’apothéose de cette collaboration : en 1908, Rodin appelle son protégé pour qu’il offre au Balzac une vie en plein air (la Société des gens de lettres avait empêché l’érection du monument à Paris en 1898). Le grand plâtre est placé dans le jardin de Meudon, nimbé d’un voile mystérieux dû à une prise de vue au clair de lune, sous des points de vue et cadrages multiples. Monolithe ancré à la terre, « menhir » ou « cathédrale » pour Rodin, la statue revêt une vie et un sens nouveaux à travers la photographie.

Après l’ère pictorialiste, Steichen restera un acteur influant jusqu’à sa nomination comme directeur de la photographie du MoMA en 1947, où il organisera notamment « The Family of Man », exposition fondatrice du courant humaniste en 1955. Celui qui se fait appeler « de Lëtzebuerger Kong » [un garçon luxembourgeois] restera toutefois attaché à son pays natal, inaugurant par exemple une nouvelle fois l’exposition « The Family of Man » à Clervaux en 1966. C’est donc en toute logique que le musée d’Histoire et d’Art de Luxembourg a reçu un fonds important de l’œuvre du photographe. Retenons enfin un cliché moins anecdotique qu’il n’y paraît exposé au musée Rodin, où l’on voit un Steichen octogénaire contemplant le bronze du Balzac du jardin du MoMA, dans un ultime clin d’œil à celui qui est demeuré son premier maître.

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Steichen / Rodin : un dialogue

Du 27 février 2018 au 25 mars 2018

Retrouvez dans l’Encyclo : Auguste Rodin Edward Steichen

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