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PARIS

Steinlen, illustrateur du Chat noir et peintre anticonformiste au musée de Montmartre

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Publié le , mis à jour le
À l’occasion du centenaire de sa mort, le musée de Montmartre consacre une exposition à l’auteur de la célèbre « affiche du Chat noir » : Théophile-Alexandre Steinlen (1859–1923). Un artiste sensible, surprenant et multifacette qui, du dessin de presse à la peinture en passant par la sculpture et l’art de l’affiche, a brillé par son engagement politique en faveur des démunis.
Théophile-Alexandre Steinlen, La Tournée du Chat noir (détail)
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Théophile-Alexandre Steinlen, La Tournée du Chat noir (détail), 1896

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lithographie • 140 × 100 cm • © Google Art Project

Il fallait bien sûr commencer le parcours par ce sympathique félin souriant, dont la silhouette sombre taillée à la serpe se pare d’une auréole à la gloire de Montmartre ! Dessinée pour promouvoir le cabaret montmartrois du Chat noir, fréquenté par de nombreux artistes, venus y assister notamment aux spectacles de théâtre d’ombres d’Henri Rivière, cette affiche mythique (La Tournée du Chat noir, 1896) est à la fois l’œuvre la plus connue de Steinlen et une image souvent attribuée à tort à son ami Henri de Toulouse-Lautrec.

L’exposition s’ouvre donc sur l’une de ses caractéristiques les plus amusantes : sa passion pour les chats. Le sourire aux lèvres, on y découvre un grand décor allégorique peint pour le cabaret du Chat noir, Apothéose des Chats (1885) : une vue nocturne des toits de Paris, envahis de petits félins conquérants ! Grand amoureux de ces compagnons à fourrure, qu’il voit comme des incarnations de la bohème artistique et de son anticonformisme espiègle, Steinlen les dessine, les peint, en tire des sculptures en bronze et des planches humoristiques.

Théophile-Alexandre Steinlen, à gauche “La Tournée du Chat noir”, lithographie réalisée en 1896. À droite, “Apothéose des chats”, huile sur toile réalisée en 1905..
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Théophile-Alexandre Steinlen, à gauche “La Tournée du Chat noir”, lithographie réalisée en 1896. À droite, “Apothéose des chats”, huile sur toile réalisée en 1905..

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164,5 x 300 cm / 140 × 100 cm • © Google Art Project . © Studio Monique Bernaz, Genève.

Arrivé à Paris en 1881–1882, ce natif de Lausanne vit déjà entouré de chats dans son logement rue des Abbesses, et en héberge une vingtaine dans sa maison-atelier de la rue Caulaincourt, qu’il surnomme « Cat’s Cottage ». L’artiste adopte même un singe, des paons et un crocodile, au point de se voir décerner des récompenses par la Société protectrice des animaux ! Comme un certain nombre de personnes dont la profonde sensibilité les amène à être déçus du genre humain, il s’interroge : « les bêtes ne valent-elles pas mieux que les gens ? ».

Un prolifique et féroce dessinateur de presse

Un regard sensible, social et documentaire qu’il adopte également pour dépeindre le rude quotidien des prostituées parisiennes.

Mais l’œuvre de Steinlen ne se limite pas à ces savoureuses fantaisies animalières. Proche d’Émile Zola, ce fils d’un employé des postes prend la défense des opprimés et des laissés-pour-compte. Dessinateur prolifique, il laisse plusieurs milliers de dessins, dont plus de 700 pour le Gil Blas illustré, qui, avec humour ou gravité, mettent en scène les différentes classes sociales en accordant une place prépondérante aux gens de peu : ouvriers, vagabonds, musiciens et enfants des rues.

Durant les années 1890, Steinlen se rapproche de publications plus radicales, socialistes et anarchistes. Considérant les pouvoirs religieux et bourgeois comme des tyrans modernes responsables de la misère du peuple, il croque avec vivacité et réalisme les blanchisseuses, maçons, chemineaux, sans-abri et prostituées de Paris. Avec talent, il critique l’exploitation du peuple en dessinant des paysans tirant la charrue sous le regard satisfait d’un bourgeois ventru. Dès 1914, il dénonce les ravages absurdes de la guerre en partant dessiner les soldats dans les tranchées, mais aussi les familles qui les enterrent…

Théophile-Alexandre Steinlen, à gauche, « Steinlen se rendant au Gil Blas », 1895. À droite, « Rue Norvins » sans date.
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Théophile-Alexandre Steinlen, à gauche, « Steinlen se rendant au Gil Blas », 1895. À droite, « Rue Norvins » sans date.

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Fusain, encre de Chine, gouache, craie blanche . huile sur toile • 42,5 × 36 cm . 81 × 100 cm • coll. Le Vieux Montmartre, Paris • © Stéphane Pons

Cet engagement, Steinlen le transpose également en peinture – un pan méconnu de son œuvre que l’exposition met en valeur. Dans une triste palette de gris et de brun, Steinlen brosse un groupe de mineurs exténués aux visages émaciés. Un regard sensible, social et documentaire qu’il adopte également pour dépeindre le rude quotidien des prostituées parisiennes, l’une des œuvres les plus frappantes de l’exposition restant un superbe portrait de l’une de ces batteuses de pavé qui, sans sourire et les traits tirés, regarde le spectateur droit dans les yeux.

Des allégories de la révolution populaire

Fait méconnu, Steinlen aspirait à devenir peintre d’histoire, mais en adaptant ce genre noble à la défense du peuple. La Commune de Paris lui inspire plusieurs compositions intenses mettant en scène une foule d’anonymes guidée par une Marianne libératrice. Plus subtile, sa peinture représentant un groupe défilant sous des lanternes colorées lors des célébrations du 14 juillet 1895 est ambiguë : la fête populaire semble se muer en manifestation de révoltés.

Théophile-Alexandre Steinlen, Le Cri Des Opprimés ou La Libératrice
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Théophile-Alexandre Steinlen, Le Cri Des Opprimés ou La Libératrice, 1903

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huile sur toile • 114 × 146 cm • Association des Amis du Petit Palais, Genève • © Studio Monique Bernaz, Genève

Dans les années 1900, il peint des allégories de la révolution populaire et détourne l’iconographie religieuse dans des peintures comme L’Apôtre (1902) et L’Intrus (1902), où il donne une allure christique à des anonymes du peuple, et des traits démoniaques aux hommes d’Église, assistés de gardes qui repoussent méchamment la foule avec des lances – une vision d’une audace fascinante.

Des femmes représentées sans idéalisation, dans leur intimité

Ses affiches, dessins et illustrations restent cependant plus séduisants et plus aboutis techniquement que ses peintures. À ses paysages peints, qui représentent le pan le plus banal de sa production, on préfère la petite salle consacrée à une délicieuse série de nus au pastel, où des femmes sont représentées sans idéalisation, dans leur intimité, dans la veine de Degas et de Toulouse-Lautrec.

Théophile-Alexandre Steinlen, Massaïda étendue sur un divan
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Théophile-Alexandre Steinlen, Massaïda étendue sur un divan, 1911

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huile sur toile • 46 × 65 cm • Association des Amis du Petit Palais, Genève • © Studio Monique Bernaz, Genève

Ultime surprise, la dernière salle consacrée à ses portraits de Masseïda, une femme noire originaire d’Afrique de l’Ouest qui fut son modèle, sa maîtresse et la cohéritière de ses biens. Steinlen la représente tantôt dans des mises en scène colorées et lascives mêlant l’influence de l’Olympia de Manet et des Tahitiennes de Gauguin, tantôt à travers des portraits dignes et touchants, sans érotisation. Une belle façon de clore ce parcours dédié à cet anticonformiste décidément très attachant !

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Théophile-Alexandre Steinlen (1859-1923). L’exposition du centenaire

Du 13 octobre 2023 au 11 février 2024

museedemontmartre.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Impressionnisme

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