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Moment Memory Monument – Vue de l’exposition Hello. Come Here. I Want You, Frac Franche-Comté, 2017
Installation • Courtesy Georgina Starr et Alcantara © Adagp, Paris. Photo : Blaise Adilon
De Georgina Starr, artiste britannique née à Leeds en 1968, on connaissait vaguement le nom, pour l’avoir entendu égrené à la file de ceux des compagnons de sa génération, les fameux « Young British Artists » (ou YBA), révélés dans les années 1990. Présentée à leurs côtés dans l’exposition « Brilliant! New Art From London » en 1995 au Walker Art Center de Minneapolis, elle resta relativement discrète par rapport à eux – Damien Hirst, Tracey Emin, les frères Chapman, Sam Taylor-Wood, etc. Artiste du son et de la vidéo, Georgina Starr n’avait jamais eu en France les honneurs d’une rétrospective. C’est chose faite, à la veille de ses 50 ans, avec l’exposition « Hello. Come Here. I Want You », au Frac Franche-Comté à Besançon, qui place au cœur de sa programmation et de sa collection les thèmes du temps et du son.
Et c’est d’ailleurs avec une chanson bien connue que Georgina Starr nous accueille : un tourne-disque laisse filtrer les notes de Yesterday des Beatles, sifflotées par l’artiste. Aujourd’hui matérialisée sur un disque vinyle, l’œuvre sonore fut aussi la première que réalisa Starr, en 1991. Alors étudiante à la Slade School of Fine Art de Londres, elle s’était amusée à dissimuler dans son casier des enceintes diffusant son propre enregistrement du tube. Pour se rendre compte rapidement que les élèves, inconsciemment, reprenaient la mélodie à voix haute, pour former collectivement une symphonie diluée dans tout le bâtiment de l’école.
I am a Record, Mum Sings Hello, 2010
Courtesy Georgina Starr © Adagp, Paris
Ainsi art et fiction se mêlent-ils avec une aisance réjouissante dans le travail de Georgina Starr, qui surprend par sa fraîcheur et une certaine légèreté qui, peut-être, lui a permis de supporter le nombre des années – quand certaines œuvres de Damien Hirst ou Tracey Emin de la même période semblent déjà bien datées. L’artiste en effet a survolé son art avec une certaine désinvolture, avouant avoir besoin de temps entre chaque projet. Membre de la scène punk des 80’s londoniennes, proche de nombreux musiciens, elle chanta dans divers groupes, « sans grande conviction », reconnaît-elle, et n’a jamais cherché à ce que ses œuvres aient quoi que ce soit de « sensational » – terme qu’elle emploie en référence à la fameuse exposition « Sensation » qui réunissait en 1997 à la Royal Academy de Londres les Young British Artists de la collection Charles Saatchi.
Sa venue à l’art fut presque un hasard. Ancienne étudiante en arts de la céramique et du verre, Georgina Starr s’intéresse tout autant aux arts plastiques qu’au cinéma, à la littérature ou à la musique. Sa première vidéo, Static Steps, en 1992, est née d’un accident : c’est en voyant des bouts de papier à l’acétate voleter sous l’effet de l’électricité statique qu’elle a eu l’idée de faire danser une figurine tenant miraculeusement debout, tandis qu’une voix commente ses pas.
Captant l’instant présent, Georgina Starr considère la plupart de ses œuvres comme des « time capsules ». Depuis son plus jeune âge, l’artiste enregistre sur un magnétophone les sons de son environnement. La bibliothèque sonore ainsi constituée compose I Am a Record, qui compile 80 enregistrements réalisés depuis la fin des années 1980, chacun gravé sur un vinyle dont elle réalise la pochette. Dès 1993, elle transpose les conversations de ses voisins de restaurant en sous-titres pour micro-pièces vidéo, composant un hilarant karaoké. L’année suivante, alors qu’elle est désœuvrée et en proie à une grosse déprime dans une chambre d’hôtel de La Haye, aux Pays-Bas, Georgina Starr a l’idée de répondre à la commande qui lui est faite en collectant images et objets pour les exposer, à la manière des tableaux de cabinets de curiosité hollandais, dans sa chambre, assortis de titres et de numéros d’inventaire. L’ensemble, accompagné d’un audioguide et reconstitué au Frac, constitue The Nine Collections of the 7th Museum, et forme un saisissant autoportrait par l’objet, à la fois mélancolique et comique.
The Nine Collections of the 7th Museum – Vue de l’exposition Hello. Come Here. I Want You, Frac Franche-Comté, 1994–2017
Installation : Reconstitution de la chambre de l’artiste au cours de sa résidence à La Haye en mai 1994, sérigraphie sur papier, borne interactive, audioguides. • Courtesy Georgina Starr © Adagp, Paris. Photo Blaise Adilon
Idem pour Visit to a Small Planet (1995), vaste installation mêlant vidéo et objets personnels, où l’artiste reconstitue les conditions de sa première vision, dans l’enfance, d’un film avec Jerry Lewis (raviolis en boîte et posters à l’appui), tout en essayant avec un burlesque achevé d’en rejouer une scène. L’émotion affleure souvent dans ces œuvres au propos ténu, comme la vidéo Crying (1993), où la fiction trouble la réalité. Georgina Starr raconte qu’à bout, seule dans son studio, elle eut l’idée de tourner la caméra vers elle pour se filmer pleurant à chaudes larmes. Sans que l’on sache s’il s’agit d’un chagrin réel ou d’une comédie. Une autofiction à l’œuvre également dans la vidéo The Joyful Mysteries of Junior (2012), où elle commente avec humour sa carrière avec une marionnette alter ego, qui lui avoue sa déception d’avoir été mise au placard…
The Joyful Mysteries of Junior – Vue de l’exposition Hello. Come Here. I Want You., Frac Franche-Comté, 2012
Installation • Courtesy Georgina Starr © Adagp, Paris. Photo Nicolas Waltefaugle
Au cœur de l’expo – et de la démarche mémorielle de Georgina Starr –, la vaste installation-laboratoire Moment Memory Monument (2017) s’inspire de la machine à remonter le temps du film Je t’aime, je t’aime d’Alain Resnais, qui permet au protagoniste, en pleine dépression, de revisiter des moments de sa vie. Dans ce cocon dont la forme évoque à la fois un cerveau et une matrice, Georgina Starr invite le visiteur à écouter un texte de méditation. Une invitation pas si légère que cela à éprouver ces instants de flottement entre la dureté des certitudes et le moelleux de la fable.
Georgina Starr, Hello. Come Here. I Want You
Du 18 mai 2017 au 24 septembre 2017
Frac Franche-Comté • 12 Avenue Arthur Gaulard • 25000 Besançon
www.frac-franche-comte.fr
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