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Musée du Luxembourg

Tamara de Lempicka, reine des nuits chaudes

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Publié le , mis à jour le
Figure incontournable de la scène artistique et mondaine des années 1920, Tamara de Lempicka (1898–1980) a vécu une vie à 100 à l’heure. À la croisée des avant-gardes, sa peinture, à l’image de son existence, s’est autorisée toutes les extravagances. Alors que ses œuvres ponctuent le parcours de l’exposition « Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles » au musée du Luxembourg, retour sur le destin romanesque cette icône, initiatrice du star-system.
Tamara de Lempicka, Jeune fille en vert
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Tamara de Lempicka, Jeune fille en vert, 1927

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huile sur toile • 53 × 39 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM- CCI, Paris. • © Tamara de Lempicka Estate, LLC / Adagp, Paris 2022 / © akg- images.

La vie romanesque de Tamara de Lempicka rassemble tous les grands motifs de l’Art déco des années 1920. Et, au premier chef, l’absolue liberté qui a guidé et sa vie et son œuvre. Sûre de son travail, forte de ses convictions, téméraire dans ses choix esthétiques et amoureux, elle reste encore aujourd’hui l’icône pionnière et farouche de ces incroyables Années folles, porteuses de fantaisie, d’audaces, de provocations, avides de liberté.

Élève à l’Académie des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, elle se marie à 18 ans au non moins jeune avocat Tadeusz Lempicki. La révolution de 1917 vient contrarier leur avenir : Tamara parvient à faire libérer son mari arrêté par les bolcheviks et tous deux s’installent à Paris, à la fin de la Grande Guerre. Elle aime les défis et participe au sursaut de vitalité qui s’empare alors des survivants et de la France, décimée et en ruine. Elle fait des choix judicieux, repère vite l’activité artistique qui fait vibrer Montparnasse d’une vie recouvrée, s’inscrit dans les fameuses et libertaires écoles d’art qui s’y sont installées, choisit de suivre l’enseignement d’André Lhote, affine sa propre esthétique, se spécialise dans l’art du portrait. Très influencée par les grands maîtres de la Renaissance italienne, inspirée par le cubisme, mettant sa flamboyance personnelle au service de la peinture, s’armant d’une palette aux tonalités exclusivement fauves et riches, osant tous les sujets, elle devient une figure incontournable de la scène artistique dès 1925.

Son ascension fulgurante lui autorise toutes les excentricités et toutes les audaces. Aimant les femmes mais ne se refusant pas aux hommes, cocaïnomane, elle mène une vie ardente, mondaine et luxueuse. Elle produit quantité de portraits, tous plus spectaculaires les uns que les autres. Les commandes affluent, elle y répond dans une fièvre qui ne la quitte jamais, divorce de son mari, flirte avec D’Annunzio, se remarie, devient la baronne Kuffner, s’affiche avec des femmes notoirement lesbiennes, comme la chanteuse Suzy Solidor.

Tamara de Lempicka, Portrait de Suzy Solidor
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Tamara de Lempicka, Portrait de Suzy Solidor, 1933

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huile sur toile • 46 × 37,5 cm • Coll. château-musée Grimaldi, Cagnes-sur-Mer. • © Tamara de Lempicka Estate, LLC / Adagp, Paris 2022 / photo François Fernandez / presse.

Mais sa passion de vivre est dominée surtout par la peinture. Dansant au-dessus d’un volcan qui ne cesse de se réactiver, elle a toujours conçu sa vie de peintre comme un défi aux tragédies du temps : la violence bolchevique, la guerre de 14, la Grande Dépression. Elle pourrait bien être l’initiatrice du star-system, se mettant en scène, mobilisant les médias, multipliant les scoops, fréquentant les stars de son époque, se passionnant pour les voitures de course, donnant le vertige par sa vitalité hors norme.

Elle possède au plus haut point l’art du drapé, se souvenant des techniques du baroque Bernin.

Cette ivresse existentielle cache des failles et des blessures secrètes que ses autoportraits et ses modèles trahissent souvent. Si elle retient de son maître Lhote le sens de la composition, elle exploite son goût inné pour les couleurs fortes et contrastées, puise dans sa propre nature des élans sensuels qu’elle retranscrit dans ses portraits. Elle possède au plus haut point l’art du drapé, se souvenant des techniques du baroque Bernin quand il sculpte l’extase de Thérèse d’Avila, développant sa robe de carmélite en une cascade de plis : même jeu des lignes, même sens des ruptures dans Jeune Fille en vert (1927) [ill. en Une].

Sans se laisser tenter par les affranchissements du surréalisme, qu’elle juge gratuits, elle s’inspire de toutes les avant-gardes qui, en Europe, à la même époque, embrasent l’art. Le futurisme italien, l’énigme des Nabis, les innovations polonaises, le cubisme sage de Lhote, servent sa peinture. Mais l’icône a-t-elle manqué de mesure ? Ne s’est-elle pas enfermée dans un systématisme pictural qui l’a entravée à un certain moment de sa vie, n’est-elle pas elle-même l’otage de son esthétique ?

Tamara de Lempicka, Groupe de quatre nus
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Tamara de Lempicka, Groupe de quatre nus, vers 1925

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huile sur toile • 130 × 81 cm • Coll. particulière, Munich. • © Tamara de Lempicka Estate, LLC / Adagp, Paris 2022 / © akg- images.

Les temps changent et le vent tourne. L’Europe de nouveau s’embrase, la Pologne est aux mains des nazis, elle s’enfuit aux États-Unis où sévit ce qu’elle a toujours adulé : le luxe outrancier, la vie mondaine, les sports d’élite, la fascination pour le cinéma, Hollywood et les stars qui en sont nées, Marlene Dietrich, Greta Garbo avec laquelle elle pose… Comme à chaque fois, elle s’y jette à corps perdu. Elle peint toujours et expose, mais des critiques discordantes atténuent les dithyrambes auxquelles elle a été habituée : les années 1950–1960 sont indifférentes à l’esthétique de Lempicka, trop datée et figée. Elle s’installe au Mexique, où elle mourra en 1980, ayant quand même assisté à son grand retour en grâce dès les années 1970. Aujourd’hui, la cote de ses toiles ne connaît pas de dépression : elle atteint des hauteurs incomparables.

Lempicka, en train de peindre Suzanne au bain à son domicile de Beverly Hills, vers 1938.
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Lempicka, en train de peindre Suzanne au bain à son domicile de Beverly Hills, vers 1938.

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© Tamara de Lempicka Estate, LLC / Adagp, Paris 2022 /© Bettmann / Getty Images.

Néanmoins, son œuvre et sa vie demeurent sinon controversées, du moins ambigües, et le passage du temps ne les a pas rendues plus sereines. Elle restera une portraitiste douée d’un sens stupéfiant de la mise en scène et de la composition, une experte pour choquer l’œil du spectateur et lui donner l’impression d’un instantané photographique. Dans la solitude, Tamara de Lempicka, figure grandiose d’un entre-deux-guerres douloureux et bouillonnant, fut le feu follet vibrionnant et le témoin d’une époque inquiète qu’elle voulut combattre à sa manière, jusque dans l’éclat et la richesse des formes : effrénée.

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Pionnières. Artistes dans le Paris des Années folles

Du 2 mars 2022 au 10 juillet 2022

museeduluxembourg.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Art déco Tamara de Lempicka

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