Gerda Wegener, Reine des cœurs (Lili), 1928
Collection privée • Artvee
C. L. Wilhelm Kihlstrøm, Gerda Wegener, 1904
photographie • Royal Library, Copenhague
L’amour est souvent le meilleur liant de l’art. Dans le cas de Gerda Wegener, il fut si intense, et si nouveau pour leur époque, l’entre-deux-guerres, qu’il inspira un roman avant de donner lieu à un biopic, The Danish Girl, sorti en 2016. Car la relation de Gerda avec son mari, Einar Wegener, alias Lili Elbe, aura été pour le moins anticonformiste !
Née Gottlieb en 1886 dans une famille aisée qui avait émigré au Danemark, Gerda se forme à l’Académie royale des beaux-arts de Copenhague dès 1902. C’est à cette période qu’elle rencontre son grand amour, Einar Wegener, un camarade peintre de paysage, dont elle devient l’épouse en 1904. Quelques années après leur coup de foudre, le couple pose durablement ses valises en 1912 à Paris. La vie y est moins puritaine qu’au Danemark et des deux amants assoiffés de liberté s’épanouissent en fréquentant artistes et poètes, tel Guillaume Apollinaire. Gerda Wegener mène une carrière d’illustratrice pour les journaux humoristiques et les revues de mode tout en exposant ses portraits féminins au Salon d’Automne, et à celui des Indépendants, où elle acquiert une certaine notoriété.
Un jour, pour remplacer un modèle absent, Gerda demande à son époux d’enfiler une robe, des bas, des talons hauts… Électrochoc. Einar découvre son identité féminine. Muse de sa Gerda, il ose, avec la complicité de cette dernière, sortir travesti en femme. Petit à petit, Einar Wegener devient Lili Elbe. Ce changement d’identité s’accompagne de plusieurs opérations de réattribution sexuelle – une première dans l’histoire. Encore expérimentale, la chirurgie est réalisée en Allemagne en 1930. La femme transgenre obtient un passeport, et devient célèbre dans les journaux.
Si l’amour est toujours aussi fort entre Gerda et Lili, leur mariage est toutefois annulé. Leurs chemins se séparent. Lili Elbe ouvre un nouveau chapitre de sa vie avec le galeriste Claude Lejeune avec lequel elle souhaite avoir des enfants… Mais la greffe d’utérus ne prend pas, Lili meurt des suites de l’opération en 1931. Gerda se remariera avec un officier italien de onze ans son cadet. Au Maroc, l’union tourne court. Gerda, ruinée par son mari, retourne vivre sur les terres de son enfance. C’est là après une dernière exposition en demi-teinte qu’elle meurt d’une crise cardiaque, le 28 juillet 1940, à 54 ans.
Artiste aux multiples talents, Gerda Wegener a d’abord fait ses armes avec des dessins d’humour dans les revues La Vie parisienne, Fantasio, ou encore Le Rire. Ses illustrations de mode ont aussi la faveur de la presse des années 1910–1920, à l’instar de Vogue. À Paris, elle réalise aussi des vitraux, des mosaïques et des décors pour des enseignes de luxe. Dans l’entre-deux-guerres, elle honore de nombreuses commandes d’éditeurs, en particulier pour des ouvrages érotiques comme l’œuvre de l’Arétin ou le recueil des Douze sonnets lascifs de Louis Perceau. Mais sa marque de fabrique, qui lui assure son train de vie, sont ses portraits sur fond Art déco de femmes, aussi sensuelles que mondaines, aux yeux de biches. Des femmes fortes également qui défient le spectateur. Longtemps, on ignorera que le voluptueux modèle cache en réalité son mari ! Le point culminant de sa carrière demeure son succès à l’Exposition internationale des arts décoratifs de 1925 à Paris, où elle est récompensée de deux médailles d’or et d’une médaille de bronze.
Gerda Wegener, Un jour d’été, 1927
Collection privée • Heritage Images / Fine Art Images / akg-images
À Paris, le Centre Pompidou conserve deux huiles sur toile et une aquarelle, La Sieste (1922), que l’on a pu voir lors de l’exposition « Pionnières. Artistes dans le Paris des années folles » au musée du Luxembourg en 2022. Ces œuvres avaient été acquises par l’État en 1923.
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