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VISITE D’ATELIER

Tatiana Trouvé ou l’art de la désorientation

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Toujours entre deux mondes, deux échelles et mille pistes, l’artiste franco-italienne nous a ouvert les portes de son atelier, à la veille de son exposition au Centre Pompidou. Au cœur d’un univers aussi réel que fictif, plein de rêves et d’énigmes cosmiques.
Tatiana Trouvé, Sans titre, de la série les Dessouvenus
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Tatiana Trouvé, Sans titre, de la série les Dessouvenus, 2019

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Dans cette série, amorcée il y a vingt ans, tout naît d’une tache, empreinte de Javel sur le papier teint. À partir d’elle, l’artiste fait naître un monde.

crayon de couleur, eau de Javel et papier collé sur papier marouflé sur toile • 125 x 200 cm • Coll. Beth Rudin DeWoody / Photo Florian Kleinefenn. © Adagp, Paris, 2022

Être flânée… Elle invente ces mots. Sa langue chante d’un accent venu du monde entier, nourrie de l’Italie où elle est née, de l’Afrique où elle a grandi. Être flânées, ses installations le demandent, dit-elle. La balade, au transitif : on ne saurait mieux formuler l’impression qui se dégage de cette œuvre si singulière. Tatiana Trouvé réinvente notre langue, comme elle réinvente sa pratique, chaque jour depuis vingt ans. Flânée, donc, la conversation qui nous réunit dans son atelier de Montreuil, à l’occasion de l’exposition qu’elle prépare au Centre Pompidou. Au coin d’une rue calme de cette micro-planète du 93, la plasticienne s’est installée depuis onze ans dans une ancienne fabrique de parquet. Elle l’a remodelée complètement à son image, ou plutôt à celle de son œuvre, qui se joue tout en transparences. Elle a créé en son cœur un patio, où pousse un grand figuier.

Installée depuis dix ans dans une ancienne usine de parquet de Montreuil, Tatiana Trouvé a dévolu le vaste espace du rez-de-chaussée à la sculpture, et aux dessins XXL qu’elle dévoile au Centre Pompidou.
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Installée depuis dix ans dans une ancienne usine de parquet de Montreuil, Tatiana Trouvé a dévolu le vaste espace du rez-de-chaussée à la sculpture, et aux dessins XXL qu’elle dévoile au Centre Pompidou.

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© Photo Baptiste Lignel pour Beaux Arts.

Le grand atelier du rez-de-chaussée est dévolu aux sculptures et aux dessins de très grand format qui l’occupent en ce moment. À l’étage, une table à dessin au milieu d’une pièce envahie de lumière. L’ordre règne sur les étagères de Charlotte Perriand, où s’alignent crayons, bibelots, porcelaines, Ours brun de Pompon. Lula, son beau chien roux, n’en a cure, et dévore un paquet de chips. Quelques branches de bois au sol ? Pioupiou, le canari, s’acharne à se faire un nid, sans trop savoir comment procéder. Entre deux tentatives, il volette de la chambre au salon. « Mes deux enfants trouvés, abandonnés dans une rue de Montreuil », raconte-t-elle. C’est ici qu’elle a traversé le confinement, « une période plutôt bien vécue, durant laquelle j’ai pu me concentrer sur le travail », dit-elle. Respirer, après des années où son succès grandissant l’a amenée à voyager tout autour de la planète. Être flânée, par le monde et toutes ses créatures.

Ondes électromagnétiques

Nombre d’entre elles ont laissé leur trace dans l’exposition à venir, qui rassemble un ensemble de dessins et sculptures. Un immense dessin en occupera le sol, foulé par les pas des visiteurs, et jalonné de pierres gravées. Ils y croiseront des chemins singuliers, des parcours qui les aideront à se perdre. Une première, pour elle : « Être pris dans un seul univers, un grand atlas de la désorientation [c’est le titre de son exposition]. Avec ce jeu entre le sol et les différentes hauteurs des dessins, on est un peu entre ciel et terre, on regarde les étoiles, et on suit les traces au sol. »

Dans son atelier de Montreuil, l’artiste travaille en solitaire, ne faisant appel à des sculpteurs et fondeurs que pour les processus les plus complexes.
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Dans son atelier de Montreuil, l’artiste travaille en solitaire, ne faisant appel à des sculpteurs et fondeurs que pour les processus les plus complexes.

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© Photo Baptiste Lignel pour Beaux Arts.

« Tous ces dessins communiquent et s’entrelacent. »

Chaque ligne a son histoire. Là, les chemins tracés par des fourmis, auxquelles des scientifiques ont fourni des crayons près de leur fourmilière. Ici, le relevé de la course d’un renard qui a déplacé ses renardeaux de tanière en tanière. « On dirait presque des ondes électromagnétiques », s’émerveille-t-elle. On aperçoit aussi une cellule marine, qui ressemble à un essaim. Ou une carte des océans, d’après une illustration de Lewis Carroll : « Une mer sans repères, j’aime cette idée. Tous ces dessins communiquent et s’entrelacent. Comme ce champignon, et cette pierre dont la structure lui fait un étrange écho. »

Dessiner d’autres mondes, d’autres espaces

Ce diagramme de cercles enlacés, de spirales qui valsent ? C’est l’esquisse d’un neutrino, cette minuscule particule qui naît quand « un trou noir mange une supernova, explique-t-elle dans sa langue de poète. Une particule si légère qu’on ne peut en mesurer ni le poids ni la forme ». Les scientifiques les qualifient de « fantômes », tant ils ont du mal à les reconstituer en laboratoire : ce label ne peut que lui plaire. « Ces expériences engendrent des dessins incroyables, on dirait des peintures abstraites. Je voulais partir d’autres mondes et d’autres espaces, rapprocher un monde énorme et un monde microcosmique où les choses se mettent à se ressembler énormément, comme ce diagramme du chaos solaire et cette cellule végétale. »

Plantes, pierres, animaux… Dans son oeuvre, Tatiana Trouvé abolit la hiérarchie entre les règnes de la nature.
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Plantes, pierres, animaux… Dans son oeuvre, Tatiana Trouvé abolit la hiérarchie entre les règnes de la nature.

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© Photo Baptiste Lignel pour Beaux Arts.

Le visiteur aura-t-il quelques indices pour décrypter ces hiéroglyphes délivrés par la Terre et l’Univers ? Elle ne le sait pas encore. « Mais j’aime toujours laisser les gens se débrouiller, assure-t-elle. L’idée est que tous ces mondes se remélangent et recréent un nouveau parcours dans l’espace. C’est tellement important de comprendre notre monde à partir des autres formes de vie ! Quand je vois un arbre, je vois quelque chose de haut, de vert. Mais un oiseau y verra la possibilité de faire son nid, de trouver à manger. Le monde n’est pas lu de la même façon par les autres espèces, c’est intéressant de discerner par leur biais ces autres réalités, on réapprend d’autres parcours. » Pioupiou acquiesce d’un coup d’aile.

Portrait de Tatiana Trouvé
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Portrait de Tatiana Trouvé

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© Photo Baptiste Lignel pour Beaux Arts.

Ses dessins sont eux aussi habités par cette idée d’entre-deux- mondes, dès les tout premiers, inspirés par le récit du poète et naturaliste américain Henry David Thoreau. Dans Walden ou la vie dans les bois (1854), « alors qu’il a sorti tout le mobilier de la cabane où il s’est retiré, Thoreau s’installe à l’extérieur pour écrire et s’y retrouve finalement bien mieux, s’enthousiasme-t-elle. Les arbres deviennent ses murs. J’ai dessiné beaucoup de cabanes par la suite, dans cette idée qu’une intériorité est traversée par des flux cosmiques ». Depuis, dans chacun de ses dessins, les espaces se combinent, se mélangent et s’effacent, baies vitrées matinées de végétation, transparences trompeuses et perspectives déliées. Comme sa cabane à Montreuil, chaque domicile se fait théâtre, paysage, ville, âme.

Des flux d’inconscient passés à la Javel

« Ces accidents déterminent ce que je vais faire, chacun est très différent, et le résultat dépend aussi de l’intensité de ma concentration. »

Pour le Centre Pompidou, elle a choisi de suspendre ses dessins par des câbles, dos à dos, disséminés dans tout l’espace à des hauteurs très différentes. « Je voudrais créer d’autres points de fuite pour le regard, qui se recombinent. » Encore au travail à l’atelier, pour certains, ces tout nouveaux dessins, d’une échelle inhabituelle, appartiennent à sa série des Dessouvenus. Un de ces titres dont elle a le secret, et qui illustrent à merveille le processus de leur création. « Je commence en versant de l’eau de Javel ou divers oxydants, sur des papiers de couleur. Le papier éclaircit alors, prend des irridations, du jaune au gris. Et à partir de ces taches, j’essaie d’interpréter des chemins pour composer mes dessins. Ces accidents déterminent ce que je vais faire, chacun est très différent, et le résultat dépend aussi de l’intensité de ma concentration. » Bien sûr, certaines taches la laissent indifférente. Alors elle rejette de l’huile de lin, de l’encre de Chine. « Il y a beaucoup de ratages, ce n’est pas du tout systématique. Parfois ce processus prend beaucoup de temps. J’aime avoir plusieurs dessins sous les yeux, passer de l’un à l’autre, tourner autour. J’ai fait construire un mur pour les très grands formats au Centre Pompidou, mais je ne pouvais en avoir que deux sous les yeux, recto verso : j’aurais aimé pouvoir naviguer entre des dessins plus nombreux. »

Tatiana Trouvé, Il Mondo delle Voci
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Tatiana Trouvé, Il Mondo delle Voci, 2022

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À travers ce titre, « le monde des voix », Tatiana Trouvé nous rappelle combien son oeuvre est habitée de murmures archaïques, du chant de la Terre, des pensées de cultures ancestrales.

crayon de couleur, eau de Javel et cuivre sur papier marouflé sur toile • 260 x 400 cm • Courtesy Gagosian Gallery, Paris / Photo Florian Kleinefenn. © Adagp, Paris, 2022

Du test de Rorschach aux digressions surréalistes en passant par Sigmar Polke qu’elle adore, elle s’inscrit dans une longue tradition de la tache comme matrice. Mais elle en fait naître d’inédites merveilles. « C’est comme une méditation entre deux mondes, être là et ailleurs, raconte-t-elle. C’est un peu un flux d’inconscient, avec de nombreux repentirs. Je les photographie à chaque étape, car en fonction de l’expérience du moment et de ma disposition d’esprit, je n’interprète pas les formes de la même façon. Ce processus m’intéresse car il tient du protolangage. Il y a en lui quelque chose de très archaïque qui ne peut se définir, mais qui fait partie intégrante de notre histoire. » Dessouvenus ? Ce titre évoque ainsi « d’autres types de souvenirs qu’on a oubliés. En effaçant l’encre, la Javel fait apparaître autre chose. Elle efface les mots, tout ce qu’on a appris, c’est un jeu de désapprendre. Le langage est toujours double, il trahit et révèle : dans le jeu de l’encre, entre l’effacement et l’apparition de nouvelles formes, il y a un peu de cela ».

Jamais elle n’avait travaillé le dessin à cette échelle, « très grand format et en même temps miniature. Les entrelacs, les hachures du crayon sont très fins, et paradoxalement un format aussi grand ne se prête guère au dessin. Mais j’aime cette relation du micro au macro, en contradiction avec la lenteur du dessin. » Désapprendre, désorienter, c’est son quotidien. « En étant désorienté, on voit autre chose, on découvre d’autres chemins, c’est un moteur. La création est très liée à cette dynamique : en tant qu’artiste, on cherche toujours de nouveaux chemins qui nous perdent, pour réapprendre. »

« Je suis un peu une artiste d’art pariétal »

En accord avec sa pensée, son processus de travail est de plus en plus impacté par son désir de réduire au maximum son empreinte carbone. Le sol de l’exposition est composé d’une sorte de béton recyclable, fabriqué à partir de copeaux de bois. « Pour mes sculptures, je n’utilise plus de pierres extraites en carrière, processus trop polluant, mais seulement des pierres d’église, de monument ou de cimetière qui sont mises en vente sur des sites. J’aime que mes histoires se réécrivent sur d’autres histoires. » Sa production est donc assez lente, « au gré de la cueillette. C’est comme le dessin, qui se fait en fonction de ce que je trouve. Je n’arrive pas à partir de la page blanche, J’aime marcher sur d’autres pas et compléter des parcours ».

Tatiana Trouvé, Notes on Sculpture
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Tatiana Trouvé, Notes on Sculpture, 2021

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Elle les définit comme des « annotations sculpturales », travail d’équilibre et d’alliage de matières chargées d’histoire, avec lesquelles elle entre en dialogue.

bronze patiné, laiton, béton et peinture • 122 × 64 × 42 cm • Coll. particulière, Berlin / Photo Florian Kleinefenn.© Adagp, Paris, 2022

Son entrée dans la très puissante galerie Gagosian n’y a rien changé : surproduire n’est pas dans sa nature. « Mes galeries l’ont compris : je fais une exposition quand je suis prête, je ne fais pas d’édition de mes sculptures. Mes pièces sont construites un peu comme une narration, et je ne peux pas raconter trois fois, douze fois la même histoire. Ce serait à mourir d’ennui. Finalement, je suis un peu une artiste d’art pariétal, qui trouve sa caverne et dessine en fonction de la forme de la roche. »

L’atelier de l’artiste à Montreuil
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L’atelier de l’artiste à Montreuil

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© Photo Baptiste Lignel pour Beaux Arts.

Rien d’étonnant à ce qu’elle soit tant fascinée par la culture aborigène. On en retrouve la preuve au Centre Pompidou, dans certains dessins inspirés par les cartes du rêve du peuple natif d’Australie. « La frontière entre le monde réel et le rêve, en laquelle nous, Occidentaux, croyons, n’en est pas une à leurs yeux. Les entités du rêve peuvent chez eux devenir des montagnes, je trouve ça si beau et vivant ! L’oralité et le partage des rêves sont primordiaux à leurs yeux ; le kangourou, le serpent, le dingo, chaque élément obéit à un code, détermine leur rapport à l’espace. Pour notre culture, le rêve renvoie à soi, à l’inconscient de l’individu qui lui parle. Pour eux, c’est l’inconscient de la terre. Quand l’un d’eux rêve, il ne rêve pas pour lui, il rêve pour la société. » Quelle plus belle définition trouver à l’artiste ?

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Son monde flottant

«Le dessin est au cœur de mon travail d’installation» : l’exposition se compose autour de cette matrice. Elle se dévoile sans cimaise, paysage de dessins composés de 2007 à aujourd’hui, suspendus dans l’espace. Le sol même se parcourt telle une immense gravure, pour une immersion totale dans l’imaginaire de l’artiste.

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Tatiana Trouvé. Le grand atlas de la désorientation»

Du 8 juin 2022 au 22 août 2022

www.centrepompidou.fr

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Son catalogue collector

Le Grand Atlas de la désorientation

Chacun de ses livres est un bijou, le catalogue de l’exposition ne fera pas exception. Riche de près de 400 dessins, il réunit des textes de Jean-Pierre Criqui, commissaire de l’exposition, et de Laura Hoptman, directrice du New York Drawing Center. Un tirage de tête sera réalisé, qui devrait ravir les collectionneurs de l’artiste.

Éd. Centre Pompidou • 45 € • 300 pages.

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Son livre référence

Le Fil et les Traces Vrai faux fictif

Comment le vrai et le faux se sont-ils enlacés au fil des millénaires ? Cette question traverse l’œuvre de Tatiana Trouvé ; elle en a trouvé des pistes de réponses dans l’ouvrage du légendaire historien de l’art italien, qu’elle cite en référence. Des Juifs de Minorque aux cannibales du Brésil en passant par Voltaire et les chamans, l’histoire se fait enquête policière de haut vol, et matière à fiction.

Par Carlo Ginzburg • Éd. Verdier • 32,45 € • 380 pages. 

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Son œuvre fantôme

L’installation The Residents

Tatiana Trouvé est sortie du confinement pour partir hanter une île qui servit de base aux essais nucléaires britanniques ! Invitée en 2021 par la structure Artangel, qui incite les artistes à faire d’étonnants pas de côté, elle a investi un ancien laboratoire du complexe militaire d’Orford Ness, dans le Suffolk anglais, de ses sculptures fantomatiques. «Une expérience extraordinaire dans un paysage à la Stalker de Tarkovski», se souvient-elle. L’installation (2021) est encore visible sur le site d’Artangel.

Dans le cadre de l’exposition «Afterness» à Orford Ness, Suffolk (Royaume-Uni) • artangel.org.uk

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