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Léopold Rabus, Les propriétés des choses, 2020
Huile sur toile • 300 x 400 cm • Courtesy Aeroplastics, Brussels © Léopold Rabus
Chez les Rabus, l’art est une affaire de famille. Nés de parents artistes, les frangins Till (né en 1975) et Léopold (né en 1977), originaires de Suisse, ont la peinture dans le sang. Attention toutefois aux rapprochements faciles. S’ils ont un temps partagé le même atelier, ils développent tous deux une pratique propre à chacun. À la HAB Galerie de Nantes, qui les réunit pour la première fois en France, pas de toiles à quatre mains donc, mais deux univers distincts… Qui bien souvent se répondent, comme en témoigne leur appétence partagée pour les scènes de genre et les natures mortes, mais aussi les atmosphères cinématographiques teintées d’absurde. Leur principal point commun ? Retranscrire sur la toile, chacun à sa manière, les beautés insoupçonnées du monde. Et sublimer ce qui d’ordinaire suscite l’indifférence, voire le dégoût.
Vue de l’exposition « Till & Léopold Rabus. Une ébauche lente à venir »
© Martin Argyroglo
La scénographie conçue par les artistes, qui ont opté pour une approche thématique de leur travail, met habilement en lumière leurs points de rencontre comme leurs contradictions. Ce qui tout d’abord frappe le visiteur, c’est bien sûr la taille souvent monumentale de leurs toiles : accrochée au début du parcours, l’immense Les Propriétés des choses de Léopold Rabus [ill. en Une] qui, sur une surface de 2,30 mètres sur 3,20 mètres, montre une faune hétéroclite de volatiles perchés sur une branche, donne le ton. La peinture de Till et Léopold Rabus est à l’image de leur complicité – joyeuse, généreuse, rieuse. Elle se fait aussi savante, les frères multipliant les références aux maîtres anciens, des natures mortes flamandes à la beauté néo-classique d’Ingres en passant par les atmosphères silencieuses d’Hopper.
A gauche : Léopold Rabus, “Vieil homme sur du fumier” (détail), 2021 ; à droite, Till Rabus, “Le grand blond”, 2014
Huile sur toile • 230 x 280 ; 230 x 300 • Courtesy Suzanne Tarasiève, Paris © Léopold Rabus ; © Till Rabus
Tous deux témoignent d’une technique parfaitement maîtrisée imprégnée d’hyperréalisme. Pour adhérer pleinement au réel, Till travaille d’ailleurs à partir de photographies où, de la composition au cadre, aucun détail n’est laissé au hasard. Sa peinture repose sur une minutieuse mise en scène d’objets du quotidien glanés dans un environnement proche, là où celle de Léopold, parfois, empreinte d’un certain mysticisme, se fait plus instinctive. Inspiré par les paysages de la campagne neuchâteloise, ce dernier s’attache à dépeindre la beauté inattendue d’un terrain vague ou d’un poulailler baigné d’une lumière spectrale. La figure humaine fait de temps à autre une apparition, souvent solitaire, comme une présence fantomatique habitée d’un sentiment d’inquiétante étrangeté.
Till Rabus, Orgie 2, 2015
Huile sur toile • 190 × 210 cm • Coll. privée • © Till Rabus
On retrouve enfin chez les frères un goût commun et assumé pour le potache. Quand Léopold peint des saucisses sur un paysage des plus paisibles, Till, qui travaille régulièrement en série, se livre quant à lui à des « natures mortes acrobatiques »… Ou à d’autres compositions aussi baroques que loufoques à l’instar d’Orgie 2, improbable scène de copulation canine dans un décor bourgeois aux multiples références impudiques. Tantôt absurde, tantôt méditative et toujours surprenante, la peinture des frères Rabus bouleverse et détourne avec virtuosité le « beau », qui d’un distributeur automatique de fleurs à un tas de fumier s’immisce dans chaque interstice de l’existence. Encore faut-il savoir, comme Till et Léopold, ouvrir les yeux.
Till & Léopold Rabus. Une ébauche lente à venir
Du 3 mars 2023 au 8 mai 2023
HAB Galerie • 21 Quai des Antilles • 44200 Nantes
www.levoyageanantes.fr
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