Article réservé aux abonnés
Mireille Blanc, Meringue, 2020
Huile sur toile • 32 × 40 cm • Courtesy de l’artiste et Galerie Anne-Sarah Bénichou © Adagp, Paris, 2022
N’y plongerait-on pas volontiers les doigts ? Dans cette meringue d’huile et de pigments, on devine l’héritage de Manet et de ses natures mortes resserrées sur des asperges, des noix, un jambon. Mireille Blanc (née en 1985) ajoute à ce regard façon zoom un flash, une impudeur gourmande, une hyper-sensualité qui fait basculer l’œuvre du côté de la pulsion. L’artiste formée aux Beaux-Arts de Paris explique : « J’aime travailler avec la matière – la pâte – qu’est la peinture à l’huile, faire émerger les sujets jusqu’à tendre parfois vers une forme d’abstraction. »
Florence Obrecht et Axel Pahlavi, Quand nos secrets n’auront plus cours, 2018
Huile sur toile • 160 × 210 cm • Collection privée, Paris • Courtesy des artistes © Adagp, Paris, 2023
Il est capable de tout : peindre une femme nue, masque chirurgical sur le nez, à côté d’un militant en gilet jaune évanoui (Écologie de l’histoire, 2021), travailler dans une même œuvre le flou, le net et l’abstrait (Talitha, 2021)… Touche-à-tout, volontiers de mauvais goût, tantôt actuel, tantôt atemporel, Axel Pahlavi (né en 1975) raconte avoir été frappé étant enfant par une peinture de Rembrandt et une autre de Giovanni di Paolo, vues dans un livre sur le Metropolitan Museum de New York. « Je dirais que si la peinture est immortelle, alors l’homme l’est aussi », confesse-t-il dans le catalogue de l’exposition, laissant apparaître son intérêt plastique pour l’humanité, qu’il illustre avec foi et débordements, audace et clowneries.
Nazanin Pouyandeh, Nu au mimosa, 2020
Huile sur toile • 130 x 162 cm • Collection privée, Galerie Sator Nazanin Pouyandeh • Courtesy de l'artiste © Adagp, Paris, 2023
Un cocktail de références dans une même œuvre. Nazanin Pouyandeh (née en 1981) agglomère ici Gauguin, Matisse, Bonnard, dans une peinture à l’espace complexe, où la représentation très narrative se décline et se déplie en trois dimensions. D’origine iranienne, Nazanin Pouyandeh a grandi dans une famille d’intellectuels, jusqu’à ce que son père, écrivain et fervent défenseur des droits de l’Homme, soit retrouvé assassiné. Numa Hambursin, directeur du MO.CO et co-commissaire de l’exposition, raconte : « Elle est arrivée en France seule, à l’âge de 18 ans. Prise aux Beaux-Arts de Paris, elle a été en contact assez tard avec la grande histoire de la peinture française, dans laquelle elle pioche désormais. Aujourd’hui, c’est sans doute l’une des meilleures peintres en France ; elle aura sa place aux côtés des très grands peintres. »
Claire Tabouret, Self-portrait as a vampire, 2019
Acrylique sur bois • 61 × 45 cm • Courtesy de l’artiste et Almine Rech © Adagp, Paris, 2023
« Il y a un élément de mystère, qui, à mon avis, fait qu’une peinture reste vivante pour toujours. » Claire Tabouret (née en 1981) est, sans nul doute, l’artiste la plus emblématique du retour en grâce de la peinture ; encouragée par François Pinault, elle s’est imposée petit à petit en incontournable de l’art français, exposée à la Collection Lambert, à la Villa Médicis ou au musée Picasso, comme sur les murs des galeries Perrotin et Almine Rech. Excellente coloriste, celle qui s’est exilée à Los Angeles crée à partir de photographies de fascinants portraits où couve une certaine violence, tel cet autoportrait en vampire, la bouche maculée de sang…
Adrien Belgrand, Mélancolie, 2015
Acrylique sur toile • 30 × 40 cm • Collection privée • Courtesy de l’artiste © Adagp, Paris, 2023
« Le flux d’images qui nous abreuve en permanence fait opposition à la peinture qui garde son caractère unique et rare », déclare dans le catalogue de l’exposition Adrien Belgrand (né en 1982). Justement, cette petite Mélancolie (2015) illustre une confrontation entre le sublime et le « flux d’images » : une jeune femme captivée par son téléphone, face à un panorama immense, un peu toxique certes avec ses tons de coucher de soleil (donc de fin du monde ?) et son paysage industriel. Cette version 2.0 du Voyageur contemplant une mer de nuages (1818) de Caspar David Friedrich témoigne du classicisme revisité de son auteur.
Karine Rougier, La Reine aux mille visages, 2021
Huile sur bois • 30 x 30 cm • Photo : Jean-Christophe Lett ; Courtesy de l’artiste et de la galerie Espace à Vendre © Adagp, Paris, 2023
Récompensée par le prix Drawing Now en 2022 (elle était d’ailleurs jusqu’au 31 mars exposée au Drawing Lab), Karine Rougier (née en 1982) crée des miniatures sur papier et sur bois, aussi proches de la peinture que du dessin. « J’ai dessiné pendant longtemps, puis des envies de peintures sont nées. D’abord sur toile, puis rapidement sur des panneaux de bois, cela me rapprochant du lisse de la feuille de papier et évoquant les peintures d’icônes, les peintures flamandes qui me fascinent. Je découvre l’huile et je plonge dans les lavis comme on plonge dans la mer. La texture liquide et fluide utilisée pour les fonds me transporte dans de grands espaces où le vent circule. Puis je peins des saynètes par-dessus ces fonds et tout s’anime. » Et le regard s’émerveille de la finesse de ses détails, comme de l’inventivité fantastique de ses récits.
Xie Lei, Around the moon, 2011
Huile sur toile • 115,5 × 157,5 cm • Photo : Aurélien Mole © Courtesy de l’artiste et Semiose, Paris
À la question « La peinture est-elle immortelle ? », Lei Xie (né en 1983) répond : « Les parois des premières grottes de l’humanité ne sont-elles pas les premiers pas d’un long chemin, toujours à parcourir ? » Il y a, de fait, un charme primitif dans les peintures de cette artiste d’origine chinoise, qui travaille entre Paris et Madrid. On se laisse captiver par la grâce des formes, par l’intensité des couleurs, au contact même d’une sorte d’essence de la peinture… Numa Hambursin confie : « Il y a une poésie mystérieuse dans les œuvres de Lei Xie. Il a une manière de peindre virtuose qui ne ressemble à rien qu’on ait déjà vu, c’est à la fois complètement nouveau et complètement reconnaissable. Il fait partie de ceux qui me font dire qu’on vit un âge d’or de la peinture française. »
Youcef Korichi, Jasper Johns, 2020
Huile sur toile • 195 × 97 cm • Galerie Suzanne Tarasieve, Paris • Photo : Rebecca Fanuele ; Courtesy de l’artiste © Adagp, 2023
Il fait partie de ceux qui ont su résister. « Les débats dans le champ contemporain, stigmatisant la peinture (mort du médium ou au mieux, au service d’un concept) ne m’ont jamais fait douter. » Youcef Korichi (né en 1974) se réjouit : « Les amplitudes picturales sont immenses et interrogent différemment la technique à employer pour figurer une étoffe ou un visage. Cette part de mystère m’a toujours donné l’envie d’affronter cette objectivité qu’est la « peau des choses ». » Présent à travers ce superbe quadriptyque qui représente quatre fois le peintre américain Jasper Johns, l’artiste d’origine algérienne embrasse en une seule œuvre différents styles et techniques, qu’il met en regard et en mouvement − témoignage vibrant des possibles de la peinture.
Johanna Mirabel, Living Room n.10, 2021
Huile sur toile • 185 × 210 cm • © Photo : Lionel Marcos
Il y a, dans les toiles de l’artiste Johanna Mirabel (née en 1991), comme un flottement. Un nuage, une énigme, qui nimbe l’atmosphère… Un peu comme quand on arrive dans une pièce, tout empressé, puis stoppé par un blanc : qu’est-on venu y chercher, déjà ? Parfois, aussi, ses modèles semblent sortir d’une dispute, et évoluer dans l’étrangeté de rapports défaits. D’origine caribéenne et guyanaise, la jeune femme s’est formée aux Beaux-Arts de Paris et dans l’atelier de Jérôme Zonder ; sur ses toiles, les personnages lui sont inspirés par ses proches, ou par elle-même. Elle ajoute travailler « aussi la sculpture mais les formes sont plus longues à faire apparaître et lorsqu’elles sont visibles, elles me semblent plus définitives et moins élastiques que la peinture. La peinture me donne l’impression de pouvoir bouger et être transformée en permanence. »
Rayan Yasmineh, Cyrus et l’odeur du Lys devant les murs de Jérusalem, 2020
Huile et émulsion sur panneau • © Courtesy de l’artiste & mor charpentier, Paris
« Au cours de mes études, j’ai été bouleversé par les écrits de William Morris qui posaient déjà des questions sur la peinture à l’aune de la révolution industrielle. Peu importe les changements sociétaux, les révolutions, les innovations techniques et technologiques, la peinture a toujours conservé une place privilégiée dans nos sociétés souvent liée au sacré ou tout simplement à l’humain. » Résident de Poush Aubervilliers après des études à la Villa Arson de Nice, le jeune Rayan Yasmineh (né en 1996) fait dialoguer un univers ornemental perse avec des mises en scène occidentales, inscrivant son art dans un faisceau d’influences parfaitement dosé. À l’instar entre autres de Dhewadi Hadjab, ce jeune prodige, représenté par la galerie Mor Charpentier, est emblématique d’une nouvelle génération de peintres.
Immortelle
Du 11 mars 2023 au 4 juin 2023
Mo.Co. Montpellier • 13 Rue de la République • 34000 Montpellier
www.moco.art
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique