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Juan Garaizabal, Salon des Tuileries, 2021
acier, verre, briques • © Roberto Batistini
Les lignes s’élancent dans l’espace comme des traits de crayon. Inachevées, elles nous parlent d’un monde disparu. Celui du palais des Tuileries, ancien mastodonte de la rive droite parisienne, dont la façade mesurait près de 330 mètres de long. « Ce projet fait suite au choc éprouvé, enfant, en visitant Paris, devant l’immense perspective qui se déploie depuis le Carrousel du Louvre vers les Tuileries, la place de la Concorde, les Champs-Élysées, l’Arc de triomphe et au-delà », se souvient Juan Garaizabal (né en 1971). « Or j’ai découvert ensuite que cette perspective n’existe que grâce à la disparition de ce palais des Tuileries qui formait la façade occidentale du palais du Louvre. »
Construit sous l’impulsion de Catherine de Médicis à partir de 1564, le palais a fait office de résidence royale puis impériale – de Henri IV à Napoléon III – et a connu une histoire extrêmement dense. Il a abrité Louis XVI et Marie-Antoinette chassés du château de Versailles, a été le siège de la Première République et du Consulat et, surtout, a été entièrement brûlé par trois communards en 1871… Quelques rares vertiges subsistent aujourd’hui, tels un fronton dans le square Georges-Cain ou quelques colonnes dans le jardin de l’École spéciale d’architecture.
Juan Garaizabal, Vases des Tuileries, 2021
acier, béton, jasmin • © Roberto Batistini
Comment parler des lieux qui n’existent plus ? Comment faire ressentir leur présence dans l’espace, si son aspect et ses usages ont été entièrement bouleversés ? À ces questions épineuses, Juan Garaizabal tente une réponse en trois sculptures monumentales, évocation fantomatique de différents éléments du palais disparu. Ses matériaux ? Quelques briques, un peu de béton et surtout de grandes tiges métalliques, brillant sous le soleil de juin. Ainsi l’artiste semble dessiner ces silhouettes oubliées avec des éclats de lumière.
Il y a d’abord un duo de vases immenses, qui veulent rappeler l’ancien jardin des Tuileries. L’un est vide, l’autre envahi d’une plante grimpante – du jasmin –, dont l’odeur entêtante s’affirme l’après-midi et se diffuse le soir. À deux pas de là, le cadran d’une horloge fait face au beffroi et garde la mémoire de l’ancien pavillon de l’Horloge, par lequel on entrait dans le palais. Observez les aiguilles : poussées par le vent, elles tournent… dans le sens contraire à celui des aiguilles d’une montre, et semblent remonter le temps !
Juan Garaizabal, L’Horloge, 2021
acier, béton • © Roberto Batistini
Troisième et dernière œuvre, une énigmatique construction ornée de globes en verre, qui veut évoquer les lampes et le mobilier disparus. Autrement dit, souligner la dimension domestique du palais, où des vies entières s’écoulaient et marquaient de leurs empreintes mille et un objets. Juan Garaizabal inscrit son travail dans une temporalité brève, les sculptures ne restant que quelques semaines sur la place du Louvre. Par cette « esquisse d’une structure temporaire », il affirme la multiplicité des histoires que connaît une ville au cours de son existence, faite de constructions et de destructions, de luttes et de pouvoir. Ses sculptures légères possèdent la finesse de dessins et rappellent que toute chose, même un immense palais, est vouée à l’éphémère… Quant à la diversité des matériaux employés, elle nous parle des hommes et de leurs savoir-faire, de ces artisans qui bâtissent de leurs mains. Et c’est peut-être ce qui rend son travail si juste : la mémoire des villes n’est autre que celle des hommes.
Juan Garaizabal sur la place du Louvre
Du 3 juin 2021 au 31 juillet 2021
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