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Dans son enceinte fortifiée du XIIIe siècle, le château des ducs de Bretagne a convié une foule de chevaliers pour une exposition inédite ! En 150 pièces originales, issues de la collection florentine du musée Stibbert, les héros du Moyen Âge et de la Renaissance se racontent entre mythes et légendes.
L’occasion était trop belle pour enfin démêler le vrai du faux. Plusieurs idées reçues sur les chevaliers médiévaux se révèlent être erronées ou exagérées. En voici les principales, revues et corrigées.
Emile Signol, Godefroy de Bouillon après la prise de la ville de Jérusalem, 1847
Huile sur toile • 324 × 557 cm • Coll. Musée et Domaine National de Versailles et de Trianon, Versailles, France • © Photo Josse / Bridgeman Images
Un noble qui sent bon la vertu… Faux ! L’image du preux chevalier médiéval est ancrée dans l’imaginaire collectif, souvent nourrie par des siècles de romans, de contes et de films de cinéma. Mais on est loin de la réalité ! D’abord, contrairement à ce qu’on croit, tous les chevaliers n’étaient pas issus de la noblesse. À l’origine, ils forment une catégorie sociale distincte : ce sont des guerriers professionnels dont la formation, centrée sur le combat et la stratégie, les prépare à la guerre. Le terme « miles » (chevalier en latin) désigne initialement un guerrier à cheval. Au fil du temps, chevalerie et noblesse vont fusionner : sous l’influence de l’Église, les nobles vont progressivement se faire adouber chevaliers – les « soldats du Christ » seront autant de futurs candidats aux Croisades. Tel Godefroy de Bouillon, figure légendaire, associé au mythe du chevalier au cygne, qui participa à la première croisade en 1096.
François-Edouard Picot, Prise de Calais par François Ier de Guise, XIXe siècle
Huile sur toile • 465 × 543 cm • Coll. Musée et Domaine National de Versailles et de Trianon, Versailles, France • © Photo Josse / Bridgeman Images
Pas toujours… Derrière l’idéal moral, être chevalier c’est aussi un statut social et économique. Car les chevaliers, en rendant des devoirs militaires à leurs seigneurs et leurs vassaux, reçoivent des terres et des privilèges. Tous n’étaient donc pas animés par la bravoure et la loyauté ! La réalité est sans doute plus nuancée et on peut penser que certains étaient davantage motivés par le gain personnel, le pouvoir ou la gloire militaire que par les principes chevaleresques.
Jean-Auguste-Dominique Ingres, Jeanne d’Arc au sacre du roi Charles VII, dans la cathédrale de Reims, 1854
Huile sur toile • 240 × 178 cm • Coll. GrandPalaisRmn / Musée du Louvre, Paris
Et Jeanne d’Arc alors ? On l’a oublié mais le mot chevaleresse existe bel et bien au Moyen Âge. Le temps (et la morale du XVIe siècle) a fait tomber ces guerrières dans les oubliettes de l’histoire. La relecture des sources médiévales a permis de les retrouver et d’abattre un stéréotype. « Les dames du Moyen Âge n’hésitent pas à se lancer dans les combats pour préserver leurs biens et leurs terres. Ce sont des reines, des dames de la noblesse, mais aussi des femmes d’un rang plus bas dans la société comme l’était la Pucelle », confirme l’historienne et historienne de l’art Sophie Brouquet, une spécialiste du sujet qui a participé au catalogue de l’exposition.
Le parcours s’arrête notamment sur Jeanne de Flandre (Jeanne la Flamme) laquelle, durant la guerre de succession de Bretagne au XIVe siècle, a pris le commandement des troupes à la suite de son mari. « Les chevaleresses apparaissent dans les croisades, assistent aux joutes de leurs champions et elles partagent les valeurs de la chevalerie et connaissent aussi l’art de la guerre », ajoute Sophie Brouquet. On en trouve dans les ordres de chevalerie en Angleterre, en Espagne et en Allemagne.
Frank Dicksee, La belle dame sans merci, 1902
Huile sur toile • 137,2 cm x 188 cm • Coll. Bristol Museums, Bristol, Royaume-Uni • © Bristol Museums, Galleries & Archives / Bridgeman Images
Encore un cliché ! Cette image de défenseur des faibles et sauveur de demoiselles en détresse est largement romancée. Les sources montrent qu’en période de guerre les chevaliers pouvaient se montrer violents envers les populations civiles, notamment les paysans.
Gustave Klimt, Le Chevalier d’or, 1903
Huile sur toile • 100 × 100 cm • Coll. Musée d’art de la préfecture d’Aichi, Nagoya, Japon • © FineArt / Alamy / Hemis
Vrai et faux ! Cette idée renvoie au « chevalier errant », un type qui domine dans la littérature. Les modèles du genre les plus connus sont les héros de la Table Ronde du cycle arthurien, les Gauvain, Lancelot et Perceval, en quête du Saint Graal, racontés par Chrétien de Troyes, un des premiers auteurs de romans de chevalerie ou courtois. Au XVIe et XVIIe siècles, la figure du chevalier errant est très populaire. Tant qu’elle inspire à Cervantès sa fameuse parodie Don quichotte (1605).
Tourné en dérision, le profil puise néanmoins dans une réalité historique ! Certains chevaliers voyagent loin, agissent tels des mercenaires, ou parcourent les cours pour proposer leurs talents militaires.
C’est le cas Rodrigo Díaz de Vivar, alias « Le Cid Campeador ». Contraint à l’exil, ce chevalier castillan du XIe siècle a mené une vie d’aventures au service d’émirs musulmans. Sa légende est née bien après sa mort ! En France, il est davantage connu sous le nom de Rodrigue, le personnage principal du Cid, pièce de théâtre du XVIIe siècle, de Pierre Corneille. Progressivement, la figure du chevalier errant s’est détachée de la réalité pour incarner un idéal littéraire.
Jean de Saive, Portrait d’Alexandre Farnèse, vers 1590
Dans le cadre de l’exposition Chevaliers au Château des ducs de Bretagne
Huile sur toile • 230 × 137 cm • Coll. Museo Stibbert • © Archivio Fotografico Museo Stibbert
Certainement pas ! L’exposition du château des Ducs de Bretagne montre à travers la collection Stibbert, venue de Florence où elle est conservée, de splendides exemples d’armures. Un chevalier digne de ce nom aime briller et montrer son rang ! Servant à l’apparat, les plastrons, casques, et autres gantelets rivalisent de belles gravures ciselées sur le métal. On constate aussi ce goût pointu pour la mode sur le Portrait d’Alexandre Farnèse, duc de Parme (1545–1592) ayant fait la bataille de Lépante en 1571. Admirez son corselet orné de bandes dorées et de médaillons de pur facture milanaise. Elegantissimo !
Chevaliers
Du 19 octobre 2024 au 20 avril 2025
Château des ducs de Bretagne - musée d'histoire de Nantes • 4 Place Marc Elder • 44000 Nantes
www.chateaunantes.fr
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