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Bâle

Walter Spies à Bali, ou comment un peintre allemand est devenu une célébrité de l’île attirant Charlie Chaplin, Bowie et Mick Jagger

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Publié le , mis à jour le
En Suisse, à Bâle, la fondation H. Geiger invite à une immersion dans l’histoire d’un artiste allemand qui fit de Bali le cœur de son œuvre tout en creusant les problématiques actuelles de cette île devenue très touristique.
Walter Spies, Paysage fluvial avec bouvier et vaches [détail]
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Walter Spies, Paysage fluvial avec bouvier et vaches [détail], 1938

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Huile sur Triplex • 87 x 68 cm • Coll. particulière • © Afterhours Books Jakarta

Qu’est-ce qui peut pousser un artiste dont la carrière décolle, un peintre qui collabore avec des cinéastes comme Murnau – le père de Nosferatu (1922) – qui expose avec Otto Dix et son ami Oskar Kokoschka, à soudainement tout plaquer pour les volcans d’Indonésie ? Tel est le destin méconnu de Walter Spies (1895–1942), allemand d’origine russe. Dans les années 1920, cette personnalité fascinante va nouer des liens durables avec Bali, encore vierge de touristes.

Cette trajectoire inédite, croisant les mythes d’hier et notre époque contemporaine, nous est racontée dans une exposition intitulée « Roots » à la fondation H. Geiger (KBH.G), fondation culturelle privée, sise au bord du Rhin. Pensé de façon immersive – entre volutes d’encens, bruits de la forêt, musique, chants, sensation tropicale –, ce parcours offre un petit voyage à Bali depuis Bâle, dont le droit d’entrée et le beau catalogue sont gratuits.

Un double de Paul Gauguin

Portrait de Walter Spies à Bali
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Portrait de Walter Spies à Bali

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© Walter Spies Gesellschaft

En 1923, Walter Spies a 28 ans lorsqu’il quitte l’Europe pour les tropiques. Dans les îles d’Indonésie, alors sous domination néerlandaise, il s’installe d’abord à Bandung, puis à Yogyakarta, avant de poser, pour toujours, son baluchon en 1927 sur l’île de Bali, à Ubud… Allemand fait prisonnier de guerre par les Hollandais, il va mourir tragiquement dans un navire en mer au large de Sumatra en 1942.

L’idée originale de ressusciter la figure méconnue de Walter Spies et d’explorer son héritage balinais revient à Michael Schindhelm, lequel offre aujourd’hui à la KBH.G sa deuxième exposition, après « The End of Aging » il y a quelques mois. Ce cinéaste, conservateur et écrivain suisse d’origine allemande, au surprenant bagage de spécialiste en chimie quantique en URSS, est connu en Suisse pour ses importantes contributions aux arts, notamment pour avoir été le directeur artistique du théâtre de Bâle pendant dix ans. En 2018, le commissaire de l’expo avait déjà consacré une biographie à l’énigmatique Walter Spies. Schindhelm en a aussi fait le sujet d’un docufiction, dont on voit des extraits dans son parcours bâlois : « Spies était en quête d’un nouveau monde et d’une inspiration artistique, il est une sorte de double de Paul Gauguin parti aux îles Marquises », avance-t-il.

« Spies était en quête d’un nouveau monde et d’une inspiration artistique. »

Michael Schindhelm

Spies a joué un rôle clé dans la fondation du mouvement Pita Maha dans les années 1930 et dans le rayonnement de la peinture balinaise, en compagnie des artistes Tjokorda Gde Agung Sukawati, I Gusti Nyoman Lempad et du Néerlandais Rudolf Bonnet. Si beaucoup de ses peintures sont aujourd’hui conservées dans des collections privées, on sait que Charlie Chaplin avait en son temps acquis une œuvre de Spies, The Deerhunt (1932).

Walter Spies, Deer Hunt
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Walter Spies, Deer Hunt, 1932

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Huile sur toile • 60 × 50 cm • Coll. particulière • © Afterhours Books Jakarta

« Walter Spies vit une profonde transformation sous l’influence omniprésente de l’art balinais qu’il a conservé dans son musée, ‘le Bali Museum‘ », poursuit Michael Schindhelm. Cela se traduit aussi en danse. Allongés sur le lit d’une chambre balinaise reconstituée, des images flottent au plafond et nous montrent à quoi ressemble le kecak inventé par Walter Spies d’après des chorégraphies balinaises : assis en tailleur, plusieurs rangées concentriques d’hommes accompagnent les danseurs de cris rythmés : « tchak ! tchak ! tchak ! ».

La Villa Iseh, sanctuaire de l’artiste devenu destination touristique

La salle « Bedroom » de l’exposition « ROOTS » à la Fondation culturelle de Bâle H. Geiger
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La salle « Bedroom » de l’exposition « ROOTS » à la Fondation culturelle de Bâle H. Geiger

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Photo Kulturstiftung Basel H. Geiger

La Villa Iseh, le sanctuaire construit par Walter Spies en amont d’une colline et dont le décor inspire la scénographie de l’expo, deviendra une destination prisée où défileront à la grande époque Yoko Ono, Mick Jagger ou David Bowie, qui apparaît sur une porte dans un portrait en dieu Shiva.

Au-delà de cette figure romanesque, Michael Schindhelm a surtout voulu questionner l’héritage en abordant les thèmes du tourisme de masse, de la dégradation de l’environnement, du manque d’eau et du choc complexe des identités culturelles à Bali, d’où le titre « Roots ». Rien n’est éludé de l’histoire balinaise, pas même le génocide de 1965. Pour cela, le commissaire d’expo a fait intervenir le peintre balinais Made Bayak et l’artiste graphique Gus Dark, auteur de plusieurs affiches placardées dans le parcours. Une manière de réveiller l’esprit collectif de Walter Spies.

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Roots – par Michael Schindhelm

Du 30 août 2024 au 17 novembre 2024

www.kbhg.ch

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Bid(s) for Survival

Un projet de Michael Schindhelm

Les deux expositions réalisées par Michael Schindhelm sont aussi à voir en ligne

bidsforsurvival.com

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