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Fondation Gianadda – Martigny

Jean Dubuffet, créateur en séries

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De Métafisyx à la Closerie Falbala, on reconnaît au premier regard la patte de Jean Dubuffet (1901–1985), tant elle est inclassable. Parmi les plus importantes du XXe siècle, cette œuvre protéiforme méritait bien une rétrospective consacrée à elle seule, laissant de côté les théories du « père de l’Art Brut ». Jusqu’au mois de juin, les collections Dubuffet du Centre Pompidou profitent du sublime écrin de la fondation Gianadda à Martigny, en Suisse. Suivez le guide !
Jean Dubuffet, Campagne Heureuse
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Jean Dubuffet, Campagne Heureuse, août 1944

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Des débuts rustiques

Malgré quelques essais dans la peinture dans les années 1920 et 1930, c’est à la quarantaine que Jean Dubuffet se consacre vraiment à l’art, délaissant le commerce de vin. Dès ses premières toiles, on mesure la rupture prise avec les Surréalistes et on devine la passion du collectionneur pour ce qu’il n’a pas encore nommé « l’Art Brut » – la notion apparaît en 1945. Dans cette vue tranquille d’une douce France, le paysage est mis à plat par négation totale de la perspective. Arbres, vaches et maisons sont peints à la manière des enfants. Le titre de l’œuvre, Campagne heureuse, résonne avec l’époque puisqu’elle a été peinte en août 1944, en pleine Libération.

Huile sur toile • 130,5 x 89 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris / Service de la documentation photographique du MNAM, dist. RMN-GP / presse © Adagp, Paris 2022

Jean Dubuffet, Dhôtel nuancé d’abricot
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Jean Dubuffet, Dhôtel nuancé d’abricot, 1947

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Portrait de caractère

Pas flatteur, ce portrait ? Comment l’écrivain André Dhôtel l’a-t-il perçu ? Dubuffet tire entre 1946 et 1947 une cinquantaine de portraits des auteurs invités aux dîners de Florence Gould – le peintre fréquente davantage de littérateurs que d’artistes. D’un geste brut et dans un style enfantin, il accentue les rides, creux, pores et cernes pour en faire des dessins expressifs, le milieu du visage évoquant un vaste insecte et les dents traitées en quadrillage. Mais pour Dubuffet, la beauté réside dans ces imperfections : « Les drôles de nez, les grosses bouches, les dents plantées de travers, les poils dans les oreilles, je ne suis pas contre tout ça. […] ça m’intéresse bien mieux que les grecqueries. »

Huile sur toile • 116 x 89 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, dist. RMN-GP / Georges Meguerditchian / presse / © ADAGP, Paris 2022 

Jean Dubuffet, Le Voyageur sans boussole
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Jean Dubuffet, Le Voyageur sans boussole, 8 juillet 1952

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Un explorateur fou de la matière

Refusant l’ethnocentrisme, Dubuffet relègue bientôt la figure humaine à portion congrue pour se consacrer à la terre et ses reliefs et aspérités tout aussi expressifs que ceux d’un visage. Ici, le « voyageur » n’est qu’une tâche perdue dans un vaste cherche-et-trouve : c’est normal, il n’a plus sa boussole ! Oublions nos repères pour contempler ce triomphe de la matière traduit par de grands empâtements. Il n’est pas dû au hasard qu’on ait qualifié le père de l’Art Brut de « matiériste ». Ces recherches plastiques qui célèbrent le sol vont mener aux Texturologies et Matériologies à la fin des années 1950 puis aux trop méconnues séries des 324 lithographies expérimentales, les Phénomènes (1958–1962), dont un florilège est exposé à Martigny.

Huile sur Isorel • 118,5 x 155 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, dist. RMN-GP / Georges Meguerditchian / presse / © ADAGP, Paris 2022

Jean Dubuffet, La Gigue irlandaise
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Jean Dubuffet, La Gigue irlandaise, 18-19 septembre 1961

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Peindre la vie en couleurs

Bien qu’il dépasse la figuration, le peintre n’oublie pourtant pas le rapport à l’humain. Voulant saisir l’essence de scènes de villes et de vie, il développe un langage hybride où les éléments figurés se fondent dans un tout crépitant. Plus les figures se disloquent, plus la méthode se précise et la composition devient un système. Dans la Gigue irlandaise (1961), issue des Légendes, on ne voit pas de danseurs mais ils sont omniprésents : des signes allusifs rappellent des yeux, des bouches, des barbes ou des bras. En quête d’un art primal, l’œuvre de Dubuffet renoue avec le biomorphisme, dans des « magmas grouillants multicolores ». L’espace se découpe en modules cellulaires libres, qui devaient bientôt trouver un aboutissement.

Huile sur toile • 113,3 x 145,5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris / Service de la documentation photographique du MNAM, dist. RMN-GP / presse © Adagp, Paris 2022

Jean Dubuffet, Site agité
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Jean Dubuffet, Site agité, 1973

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L’Hourloupe : de la toile à la scène

Le terme d’Hourloupe est un néologisme évoquant le hululement du loup et le jargon populaire, décrivant ces dessins cellulaires venus spontanément à l’artiste en gribouillant lors d’un appel téléphonique en 1962. Du dessin au stylo, Dubuffet bascule vers de grandes compositions où il délaisse les matériaux traditionnels pour le plastique et la peinture industrielle. N’acceptant comme couleurs que le blanc, le noir, le rouge et le bleu, l’Hourloupe se décline en sculpture, en architecture et jusque sur la scène ! Site agité fait partie des praticables, panneaux de résine montés sur roulettes et mus par des danseurs lors du spectacle Coucou Bazar (1973), sur une chorégraphie de Jean McFaddin et une musique d’İlhan Mimaroğlu.

Peinture sur résine stratifiée • 241 x 372 x 3,2 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris / Service de la documentation photographique du MNAM, dist. RMN-GP / presse © Adagp, Paris 2022

Jean Dubuffet, Site avec 3 personnages (Psycho-site E 268)
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Jean Dubuffet, Site avec 3 personnages (Psycho-site E 268), 26 août 1981

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Une créativité inépuisable

Il y a une vie après l’Hourloupe ! À 80 ans, Dubuffet se renouvelle encore avec ses « psycho-sites », série de peintures à l’acrylique sur papier répondant à un motif simple : des figures et des sites. Ceux-ci devant être brouillons, imprécis, indéfinis et indéfinissables, afin de ne pas fermer les champs de l’imagination. Ce qu’aide une facture volontairement grossière et des couleurs « crues et triviales » dans des toiles dont chaque recoin transpire la vie. Décidément inépuisable, Dubuffet travaille à de nouvelles séries jusqu’à sa mort, renouant avec des motifs abstraits ou plutôt « aphasiques », comme il le dit dans les Mires (1983). Il conclue ainsi un œuvre polymorphe en recourant aux signes les plus élémentaires avec les Non-lieux (1984).

Acrylqiue sur papier marouflé sur toile • 67 x 50 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris / Service de la documentation photographique du MNAM, dist. RMN-GP / presse © Adagp, Paris 2022

Jean Dubuffet, Élément d’architecture contorsionniste V
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Jean Dubuffet, Élément d’architecture contorsionniste V

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Dubuffet joue à domicile

Parmi les pièces de la collection permanente de la fondation Gianadda, l’une complète l’exposition. L’Élément d’architecture contorsionniste V (1970) est en réalité la négation de l’architecture traditionnelle, de ses murs et circulations. Ancrée dans le cycle de l’Hourloupe et cousine de la fameuse Closerie Falbala comme du Jardin d’émail, cette sculpture blanche en époxy dénote sans déparer de ses voisins, les bronzes d’Étienne-Martin, Germaine Richier et Marino Marini qui habitent un splendide jardin de sculptures dominé par la perspective du Grand-Saint-Bernard.

Eposy peint au polyuréthane • 300 x 444 x • © Heins Preizig, SIon / © Adagp, Paris 2022

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Jean Dubuffet. Rétrospective

Du 3 décembre 2021 au 6 juin 2022

www.gianadda.ch

Retrouvez dans l’Encyclo : Art brut Jean Dubuffet

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