Art et science

À Caen, une première étude scientifique mondiale mesure les effets de l’art sur le cerveau

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Publié le , mis à jour le
Visiter un musée remplacera-t-il bientôt les antidépresseurs ? Au musée des Beaux-Arts de Caen, une grande étude scientifique est en cours pour mesurer, pour la première fois, les effets de l’art sur notre cerveau et notre bien-être. On vous explique tout.
Une volontaire de l’étude ABC admirant Abraham et Melchisédech de Pierre-Paul Rubens au musée des Beaux-Arts de Caen
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Une volontaire de l’étude ABC admirant Abraham et Melchisédech de Pierre-Paul Rubens au musée des Beaux-Arts de Caen

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Photographie couleur • ©Millénaire Caen

C’est une observation admise de tous : l’art est bénéfique à notre santé, ce que confirment plusieurs études, notamment un rapport de l’Organisation mondiale de la santé publié en 2019. « Il existe quantité de littérature sur le sujet », avance Denis Vivien, coordinateur du projet ABC – « Art, Bien-être, Cerveau » – qui a été lancé fin février dernier, dans le cadre du millénaire de la ville de Caen. « Aucune, souligne-t-il, n’a jamais démontré les bienfaits de l’art sur le cerveau concrètement. Ses effets n’ont jamais été mesurés de manière scientifique. Nous en voulons la preuve », explique le praticien du CHU de Caen.

Pour apporter des chiffres, le musée des Beaux-Arts de Caen s’est uni à des équipes de chercheurs de l’institut Blood and Brain et de cinq laboratoires de l’Université de Caen Normandie et du CHU de Caen Normandie. Mené en milieu écologique, c’est-à-dire in situ, directement au musée des Beaux-Arts de Caen, le projet ABC est une première mondiale. Nous prescrira-t-on un jour des visites au musée pour soigner des maux comme la dépression (comme on le fait déjà à Montréal et Montpellier) ?

Comment ça marche ?

« Le casque NIS (Near Infrared Signal) mesure les afflux sanguins, lesquels sont corrélés à l’activité du cerveau. Quand les émotions sont positives, le flux du sang s’accélère. »

Denis Vivien

L’étude emprunte une méthodologie rigoureuse de recherche clinique, suivant un protocole strict, un peu comme on étudierait un médicament. Ce qui implique des mesures physiologiques et d’activité cérébrale grâce à des technologies portables : « Le casque NIS (Near Infrared Signal) mesure les afflux sanguins, lesquels sont corrélés à l’activité du cerveau. Quand les émotions sont positives, le flux du sang s’accélère », explique Denis Vivien, qui coordonne les équipes. Deux autres technologies sont également mobilisées par les scientifiques : un appareil pour mesurer la fréquence cardiaque, celle-ci augmentant avec les émotions, et un système d’oculométrie, permettant de savoir quelles parties du tableau sont regardées et ce que cela provoque chez les participants.

Qui participe ?

Ils sont 200 volontaires à se prêter à l’expérience, à raison de 2h30 passées au musée des Beaux-Arts de Caen pour admirer neuf tableaux de ses collections. Âgés de 18 à 65 ans, issus de diverses catégories socioprofessionnelles, ces femmes et hommes sont tous en bonne santé. Autre critère de sélection, les cobayes ne doivent pas avoir mis les pieds au musée des Beaux-Arts de Caen depuis dix ans.

Un volontaire se prête à l’experience du casque NIS
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Un volontaire se prête à l’experience du casque NIS

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Photographie noir et blanc • ©Virginie Meigné

« Les participants sont divisés en trois groupes, détaille Denis Vivien. Un groupe de contrôle de 40 personnes ne verra pas initialement les tableaux choisis, et deux groupes de 80 visiteurs chacun auront exploré le musée, avec ou sans médiation, en contemplant des scènes de genre, des portraits, des paysages, casque sur la tête. »

Que cherche-t-on à mesurer ?

Recueillis en direct, les résultats seront analysés durant plusieurs mois en laboratoires pour visualiser l’impact de l’art sur le bien-être, le stress, la fatigue, ou encore la concentration, en tenant compte également de l’effet de la médiation culturelle. Certains tableaux sont observés seuls ou en binôme, avec un inconnu : « Cette phase du projet ABC sera très intéressante pour observer si leurs émotions se synchronisent, selon le coordinateur de l’expérimentation. Si cela fonctionne, des champs s’ouvriront pour la rééducation par l’art de patients victimes d’AVC, avec un binôme non-malade. »

La troisième phase du projet, sous la houlette d’Hervé Platel, neuropsychologue et enseignant-chercheur à l’Université de Caen, mobilise une partie des participants pour une exploration plus approfondie du cerveau grâce à la plateforme de neuro-imagerie Cyceron, et ses unités de recherche aux équipements de pointe. « On va se pencher sur la notion d’expertise, c’est-à-dire comparer des personnes naïves (non expertes) en peinture, et en art en général, et en musique, avec des personnes expertes dans ces domaines. » Comment s’organise notre cerveau, tout au long de la vie, selon que l’on pratique la peinture, la musique ?

Comment se tenir au courant du projet ?

En construction, un site web, des podcasts et des vidéos porteront la voix du projet ABC auprès du grand public et permettront de suivre la collaboration entre les laboratoires et les institutions artistiques. Les premiers résultats sont attendus pour l’automne 2025.

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Musée des Beaux-Arts de Caen

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