Judith de Leeuw, Fresque pour le URBX Festival à Roubaix, 2025
© JDL Street Art
Incroyable mais vrai : Roubaix, petite ville de 100 000 habitants située dans le nord de la France, fait le buzz aux États-Unis ! La raison ? Une fresque de street art au message percutant…
L’image est frappante. De face, sur fond noir, la statue de la Liberté se cache le visage de honte avec ses deux mains. Cette œuvre hyperréaliste en noir et blanc de quinze mètres de haut a été réalisée en six jours par la jeune muraliste néerlandaise Judith de Leeuw (née en 1995) sur la façade d’un ancien entrepôt textile de la rue du Chemin de Fer, proche de la gare de Roubaix, à l’occasion de la quatrième édition de l’URBX Festival – événement dédié aux cultures urbaines, qui s’est tenu du 19 au 29 juin dans cette ville nordiste célèbre pour ses bâtiments industriels désaffectés, vestiges d’un passé florissant mis à mal par la crise.
Intitulée « La protestation silencieuse de la statue de la Liberté », la fresque exprime le sentiment de l’artiste face à la politique menée par le président américain Donald Trump depuis le début de son second mandat, entamé le 20 janvier dernier. Censure, arrestations musclées d’immigrants, fragilisation des victimes de racisme et de discriminations, réduction de l’accès aux soins et du droit des femmes de disposer de leur corps, ingérence dans les médias, la culture et l’éducation… Face à cette vaste mise à mal des valeurs qu’elle incarne, la statue de la Liberté « se couvre les yeux comme si la situation politique actuelle était trop difficile à regarder. Elle parle de fatigue et d’impuissance », a précisé l’artiste à France 3.
Judith de Leeuw, Fresque pour le URBX Festival à Roubaix, 2025
© JDL Street Art
« La statue de la Liberté a autrefois été construite par les Français en cadeau à l’Amérique au nom de leur amitié, et en mémoire de l’Independence Day, où l’on célèbre le droit de chacun à la liberté et à l’épanouissement personnel, une chose que les migrants ne peuvent plus dire aujourd’hui », poursuit la jeune femme originaire d’Amsterdam, qui dit ressentir de la « douleur » et avoir « peur du futur ».
« Pour beaucoup de gens, les valeurs portées par la figure universelle qu’est la statue de la Liberté ont été perdues. »
À Roubaix, ville économiquement la plus pauvre de France et où près de 22,4 % des habitants sont issus de l’immigration, la fresque est très appréciée et trouve une résonance particulière, saluée par les élus et l’équipe du festival. Mais son succès a largement dépassé le niveau local. Relayée notamment par le quotidien américain USA Today, l’œuvre est rapidement devenue virale.
Si les partisans de Trump y voient un affront, l’œuvre a entraîné une déferlante de réactions positives d’Américains, qui remercient l’artiste sur les réseaux sociaux. Bien que surprise par l’ampleur de ce retentissement, celle-ci en comprend les raisons. « Pour beaucoup de gens, les valeurs portées par la figure universelle qu’est la statue de la Liberté ont été perdues », a-t-elle déclaré à France 3. Le timing providentiel a lui aussi joué, l’œuvre ayant été par coïncidence achevée la veille du 4 juillet, fête nationale américaine qui commémore la Déclaration d’indépendance des États-Unis.
L’enthousiasme est cependant entaché d’une petite polémique, relayée par le quotidien régional La Voix du Nord : l’œuvre présente en effet des ressemblances troublantes avec une gouache de l’artiste libertaire anglaise Gee Vaucher (née en 1945 et ex-directrice artistique du groupe anarcho-punk Crass), intitulée Oh America et réalisée en 1987 pour le groupe de hip-hop expérimental Tackhead, avant de devenir en 2017 un mème anti-Trump. Si plusieurs internautes dénoncent un « plagiat » et un « copier-coller », l’artiste assure avoir tout simplement, sans connaître cette peinture, eu la même idée qu’elle.
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