En partenariat avec Palais de Tokyo

L’hommage à ce rappeur et artiste iconoclaste est conçu comme les deux faces d’un album de musique. Au Palais de Tokyo, la « Face A » prend place jusqu’au 7 septembre 2025, s’attardant sur les différentes « substances » qui composent son œuvre : lettrages, sons, peinture… Le centre d’art a même édité un vinyle d’une dizaine de morceaux en collaboration avec l’estate de RAMMELLZEE et le projet 12on12.
Pour la « Face B », direction ensuite le CAPC de Bordeaux du 12 mars au 20 septembre 2026. L’exposition dévoilera des featurings avec d’autres artistes pour enrichir le dialogue autour de la pratique tentaculaire et énigmatique de RAMMELLZEE. Un moyen de prolonger la découverte et de relier ses combats à nos préoccupations actuelles.
RAMM: Σ LL:Z ΣΣ, ‘Resision HypA Gothic Future CHURCH BomBing’, 1983
© Peter Schälchi, Courtesy Galerie Ziegler SA, Zurich
Il a bien eu droit à une rétrospective au Red Bull Arts de New York en 2018, soit huit ans après sa mort en 2010, mais RAMMELLZEE n’a jamais été à l’affiche d’une célébration d’envergure en Europe. C’est désormais chose faite : l’exposition au Palais de Tokyo, sa première rétrospective en France, rassemble une centaine d’œuvres, de ses premiers dessins à ses sculptures en passant par ses costumes et, bien sûr, ses graffitis. Une revanche pour ce visionnaire décédé dans l’indifférence du monde de l’art.
RAMM: Σ LL:Z ΣΣ, ‘GOTHIC FUTURISM Bowevle Black Pitch’, 1983
© Peter Schälchi, Courtesy Galerie Ziegler SA, Zurich
Tout commence en 1979 lorsque l’artiste, d’origine italienne et afro-américaine, adopte le nom de RAMMELLZEE (ou RAMMΣLLZΣΣ) dont chaque lettre ou presque est un symbole. C’est sous cette nouvelle identité qu’il développe deux concepts forts de son travail : le « Gothic Futurism » et l’« Ikonoklast Panzerism ». Introduits dans un traité poétique, ils résument son combat ; révolté contre le langage dominant, le graffeur sème le chaos à coup d’alphabet libéré et de symboles cryptés. « Il disait que les lettres étaient des armements, qu’elles étaient guerrières » explique Hugo Vitrani. L’écriture devient une arme d’expression massive.
Vue d’exposition, Rammellzee « ALPHABETA SIGMA (Face A) », Palais de Tokyo
© Aurélien Mole
Après une contextualisation de son apparition sur la scène artistique et musicale – l’artiste ayant collaboré avec le Rock Steady Crew et enregistré un vinyle avec Jean-Michel Basquiat –, l’exposition nous plonge dans l’obscurité pour dévoiler ses créatures aux détails fluorescents. Des « garbage gods » (« divinités poubelles »), comme l’artiste les surnomme, vêtus de larges kimonos et de baggies qui sont, comme lui, masqués de têtes d’animaux surmontées de coiffes extravagantes. Nombreux et éparpillés, ces êtres hybrides, tels des guérilleros échappés d’une dystopie, en feront frissonner plus d’un.
Vue d’exposition, Rammellzee « ALPHABETA SIGMA (Face A) », Palais de Tokyo
© Aurélien Mole
Incapable de se cantonner à une pratique, RAMMELLZEE touche à (presque) tout : au son, à l’écriture, au dessin, à la peinture, à la fabrication de jouets et de bijoux (il a pris des cours du soir en joaillerie), mais aussi à la performance. En gourou intergalactique inspiré des mechas japonais, il se plaît à enfiler un costume de guerrier spectaculaire exposé en fin de parcours, le Gasholear : cet exosquelette est « doté d’un système de défense, d’un système pyrotechnique et d’un système sonore », expliquait RAMMELLZEE qui, selon le commissaire, a manqué plus d’une fois de brûler son atelier en l’utilisant. Sur un piédestal, ce chef-d’œuvre tourne lentement pour dévoiler son anatomie faite de chaînes récupérées, de griffes acérées, de tuyaux… Fascinant !
Vue d’exposition, Rammellzee « ALPHABETA SIGMA (Face A) », Palais de Tokyo
© Aurélien Mole
Il n’avait été réuni qu’une seule fois en 2021 à Boston : le dessin panoramique présent dans la deuxième salle de l’exposition et intitulé Ligne A = Aérienne = Alpha = Pyramide dévoile des lettres futuristes qui fusent le long d’un métro aérien. L’œuvre est composée de deux parties appartenant à des collections privées, l’une américaine et l’autre suisse. Ailleurs, ce sont des bracelets-couronnes sous vitrine jamais dévoilés au public, et, plus loin, un « prêt exceptionnel » d’un bloc en résine, près duquel est projeté une vidéo dévoilant l’artiste au travail. Le visage nu, les mains baguées, on le voit déposer par couches successives les résines qui, là aussi, réagissent à la lumière noire. Le visible et l’invisible s’imbriquent comme dans l’ensemble de son œuvre, invitant à une seconde lecture, un décryptage de la matière.
Rammellzee. Alphabeta Sigma (Face A)
Du 21 février 2025 au 11 mai 2025
Palais de Tokyo • 13, avenue du Président Wilson • 75116 Paris
www.palaisdetokyo.com
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