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Portrait

Abdelkader Benchamma, la tête dans les étoiles

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Publié le , mis à jour le
Il fait dialoguer des gravures de Gustave Doré avec de vieilles illustrations de manuels d’astrophysique des sixties : au Centquatre, Abdelkader Benchamma déploie dessins et collages à la façon d’un carnet de notes visuel et monumental. Une cartographie poétique de pensées emmêlées que nous avons exploré lors d’une rencontre dans son atelier.
Vue de l’exposition “L’horizon des événements” d’Abdelkader Benchamma au Centquatre, Paris
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Vue de l’exposition “L’horizon des événements” d’Abdelkader Benchamma au Centquatre, Paris, 2018

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© Quentin Chevrier

José-Manuel Gonçalves, directeur du Centquatre, n’a pas fait les choses à moitié : tout en laissant une liberté totale au Montpelliérain Abdelkader Benchamma (né en 1975) pour son projet d’exposition, il l’a invité en résidence dans un des ateliers, situés dans les étages de l’institution. Pour atteindre ce lieu investi par l’artiste, il faut traverser le Centquatre, autrement dit parvenir à se frayer un chemin parmi les danseurs hip-hop et les théâtreux, venus répéter ici des pas de danse ou réviser un texte sur les marches. Ce dépaysement permet à Benchamma de creuser son rapport au monumental : « À Paris, je travaille plutôt sur de grands formats, j’expérimente des choses sur d’énormes feuilles de papier. Ce sont des dessins qui ont un rapport très physique, tandis qu’à Montpellier, ce sont des plus petites choses, comme des notes mentales autour de l’idée de processus, de cabinet de curiosités… » L’artiste a fait quelques allers-retours entre son appartement occitan et son atelier du Centquatre pour mieux cultiver les deux pans de son œuvre. Et, de fait, l’exposition « L’horizon des événements » dévoile aussi bien des petits dessins, gravures retouchées à la main et images de ciel étoilé, que de grands pans de mur, certains déchiquetés comme des feuilles de papier, d’autres dessinés jusqu’au plafond.

Vue de l’exposition « L’horizon des événements » d’Abdelkader Benchamma au Centquatre, Paris
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Vue de l’exposition « L’horizon des événements » d’Abdelkader Benchamma au Centquatre, Paris, 2018

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Courtesy Galerie du Jour, Agnes B. / Photo Rebecca Fanuele

L’impression de mouvement et de grâce est immédiate, et semble perdurer dans les visions cosmiques d’Abdelkader Benchamma. Car, que ce soit dans l’espace circonscrit d’un cadre ou sur tous les murs d’une pièce plongée dans l’obscurité, l’artiste orchestre un ballet nuageux, fasciné qu’il est par les visions scientifiques d’un autre âge. Benchamma explique vouloir « appréhender de manière poétique » les recherches de l’astrophysique. Il cite aussi bien l’historien de l’art Aby Warburg que le romancier américain Don DeLillo. Il s’interroge sur le « besoin de croire » et se penche sur l’étrange, à travers de drôles d’associations. En contemplant le sol de son atelier couvert de dessins, de livres, d’images, de cartes postales et de cadres, se dessine les différents profils d’un homme à la fois artiste, collectionneur et écrivain…

Abdelkader Benchamma, Le Rayon Bleu, Deux Monolythes
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Abdelkader Benchamma, Le Rayon Bleu, Deux Monolythes, 2015

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Encre sur gravure imprimée • 20 × 15 cm • © Abdelkader Benchamma

Insaisissable, Benchamma ? Un peu ! On croit admirer les lignes brumeuses de ciels, de reliefs montagneux et de feuillages. Mais il se peut aussi qu’on soit en train d’halluciner et de projeter des fantasmes sur des esquisses de formes… L’artiste compare volontiers sa série de dessins inspirés de marbres colorés avec les fameux tests de Rorschach, parle d’explorer la « ramification des couches de l’inconscient », de s’enfoncer dans un « espace de métamorphose », ce lieu imprécis et purement poétique où Benchamma veut mener le spectateur. Son travail sur les lumières, dans la première salle de l’exposition avait d’ailleurs pour objectif de faire disparaître le plafond, d’en effacer la limite.

En brouillant les repères, l’artiste veut tout à la fois désorienter le spectateur et stimuler son imaginaire, l’invitant à dépasser les frontières classiques de la spiritualité et à se tromper, à se laisser aller à « de micro-bugs, comme des impressions de déjà-vu ». Apolitique, Abdelkader Benchamma veut parler à notre intuition universelle, à notre rapport au ciel, à l’infiniment grand et à l’infiniment petit. Il propose un moment de liberté, une échappatoire, une anomalie sensible, quitte à perturber le corps. Et à l’entraîner dans la danse ?

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Abdelkader Benchamma. L’horizon des événements

Du 24 mars 2018 au 6 mai 2018

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