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LE TOPO

Agnès Varda en 2 minutes

En bref

Silhouette et coiffure reconnaissables entre toutes, la cinéaste Agnès Varda (1928–2019) est une figure incontournable de la Nouvelle Vague. Entre documentaires subjectifs et fictions, cette autrice de nombreux court-métrages et films engagés pour le droit des femmes a marqué les années 1970. Photographe de formation, elle a développé dans la dernière partie de sa carrière une œuvre de plasticienne. À l’aide de vidéos et de photographies, elle réalise des triptyques et des installations colorées et poétiques, post-surréalistes, d’une grande singularité. Varda se définissait comme « une vieille cinéaste devenue jeune artiste visuelle ».

Juergen Teller, Agnès Varda et son chat Nini
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Juergen Teller, Agnès Varda et son chat Nini, 2018

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Courtesy Galerie Suzanne Tarasieve, Paris / © Juergen Teller, all rights reserved

Elle a dit

« Je n’aime pas raconter une histoire, mais ce qui se déroule dans les moments importants d’une histoire. »

Sa vie

Des débuts de photographe
Née en Belgique, Agnès Varda (née Arlette) passe son enfance et son adolescence aux côtés de ses quatre frères et sœurs. La famille, modeste, quitte Ixelles en 1940 pour trouver refuge à Sète. Agnès Varda gagne Paris et étudie à l’École du Louvre et à l’École des beaux-arts. Souhaitant devenir photographe, elle passe son CAP et commence à gagner sa vie en réalisant des clichés d’enfants, vendus à leurs parents. Agnès Varda s’installe dans un petit studio de la rue Daguerre qu’elle agrandit par la suite. Un premier poste de photographe lui est confié par Jean Vilar (créateur du festival d’Avignon) au Théâtre national populaire.

Varda cinéaste
Varda rêve de cinéma et autoproduit son premier long-métrage en 1954, La Pointe courte, dont l’action se déroule à Sète dans une famille de pêcheurs. Agnès Varda crée des films sur des thèmes contemporains et autour de personnages inhabituels mais inscrits dans l’époque : le carnet de route d’une femme enceinte dans le quartier de la rue Mouffetard (L’Opéra-Mouffe, 1958), deux heures de la vie d’une chanteuse, dans l’attente de résultats médicaux qui pourraient lui révéler une maladie grave (Cléo de 5 à 7, 1962). Ce dernier rencontre le succès au festival de Cannes. Varda aborde la représentation du réel avec poésie, insistant sur la qualité de l’écriture et de la réalisation technique. Elle laisse une place à l’accident, à l’imprévu.

Les années américaines
En 1962, Agnès Varda se marie avec le réalisateur Jacques Demy, le père de son deuxième enfant, Mathieu. Entre 1968 et 1970, elle accompagne Demy à Los Angeles et tourne plusieurs documentaires, dont Black Panthers (que l’ORTF ne diffusera pas). Varda croise Jim Morrison, iconique chanteur des Doors, rencontre Andy Warhol. L’époque est à une grande liberté de mœurs, à l’engagement politique de la jeunesse contre la guerre du Vietnam. Féministe engagée, elle signe en 1971 le « manifeste des 343 salopes », milite pour le droit des femmes à l’avortement en France. Après sa séparation avec Demy, Varda retourne à Los Angeles et y tourne son célèbre documentaire Mur Murs.

Retour en France
Revenue en France, Agnès Varda met en scène Sandrine Bonnaire en jeune femme sans abri, retrouvée morte, dans Sans toit ni loi. Le film, qui interroge la notion de fait divers, est récompensé du Lion d’or à la Mostra de Venise en 1985. Deux ans plus tard, Varda fait jouer Jane Birkin dans son propre rôle, puis dans la comédie dramatique Kung-fu Master (1988). Dans les années 2000, septuagénaire, Varda poursuit son œuvre avec une infatigable énergie. Elle tourne Les Glaneurs et la Glaneuse, film documentaire sociétal et politique qui touche au thème de la précarité (déjà abordé dans son œuvre), et le documentaire autobiographique Les Plages d’Agnès (récompensé par un César en 2008). Oscarisée en 2017 pour l’ensemble de son œuvre, Agnès Varda aborde dans ses films la question du temps, de l’engagement, du féminisme, et bien sûr de l’amour.

Varda plasticienne
En 2003, Agnès Varda est invitée à réaliser une installation à la Biennale de Venise. Le thème : La Pomme de terre (« Patatutopia »). À l’aide de trois écrans géants, d’un monceau de tubercules et d’une bonne dose de dérision, elle rend hommage au monde de la terre. En 2006, Varda est commissaire d’une exposition consacrée aux veuves de Noirmoutier à la fondation Cartier (L’Île et Elle). En 2015, elle collabore avec JR, artiste connu pour ses collages photographiques monumentaux dans l’espace urbain. Ensemble, ils réalisent un road movie documentaire sur les routes de France, Visages villages, sorti en 2017. En 2018, elle expose une cabane en forme de serre où poussent de (faux) tournesols, métaphore de l’utopie cinématographique. Durant les dernières années de sa vie, Agnès Varda a ainsi investi le monde de l’art contemporain à travers expositions et installations. Elle décède le 29 mars 2019, le jour de l’inauguration de son exposition au domaine de Chaumont-sur-Loire.

Ses œuvres clés

Agnès Varda, Cuba
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Agnès Varda, Cuba, 1963

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Épreuve gélatino-argentique • 18 × 24 cm • Coll. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne, Paris • © RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian / © Succession Agnès Varda

Cuba [Au port de La Havane], 1963
À l’occasion d’un séjour à Cuba, Agnès Varda réalise une série photographique consacrée à la mobilisation populaire consécutive à la Révolution. Ces clichés sont pris dans l’idée de documenter un futur film (qui sort en 1964 sous le titre Salut les Cubains). Cuba y apparaît à la fois comme un monde toujours en mouvement, l’utopie d’un socialisme pur et dur fascinant, et un univers profondément sensuel.

Agnès Varda, Mur murs
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Agnès Varda, Mur murs, 1982

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Long-métrage • 1h25 • © Succession Agnès Varda

Mur murs, 1982
Tourné en Californie, ce film documentaire nous plonge dans les rues de Los Angeles. La cinéaste dirige son œil sur les murals, ces peintures monumentales et souvent éphémères qui fleurissent sur les murs de la ville. L’art est au cœur de la cité, au contact même des habitants qui peuvent y projeter leurs rêves, leurs peurs, leurs fantasmes. Varda rejoint ici le thème de la promenade poétique, dans l’héritage du surréalisme, et médite sur les liens entres les communautés et l’État.

Agnès Varda, Cabane du bonheur
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Agnès Varda, Cabane du bonheur, 2018

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Vue de l’exposition « Une cabane de cinéma : la serre du Bonheur » • Installation avec pellicules 35 mm d’une copie de son film le Bonheur, réalisé en 1964, musique et tournesols • Courtesy Agnès Varda et Galerie Nathalie Obadia, Paris, Bruxelles / Bertrand Huet / Tutti image / © Succession Agnès Varda

La Serre du Bonheur, 2018
Présentée à la galerie Nathalie Obadia en 2018, La Serre du Bonheur est un espace rêvé et utopique, tout à la fois refuge de l’enfance et lieu nostalgique des souvenirs d’une vie entière dédiée au cinéma. Les parois de cette petite serre sont en effet composées d’un assemblage de pellicules attachées au film Le Bonheur, tourné par Varda en 1964.

Par • le 4 décembre 2023
Retrouvez dans l’Encyclo : Agnès Varda

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