Agnès Varda, Photogramme de “Varda par Agnès”
© 2018 ciné-tamaris
Son manteau pourpre et le chat blanc et gris qu’elle porte prolongent sa fameuse coiffure bicolore. Avec ce grand portrait réalisé par Juergen Teller en 2018, Agnès Varda accueille les visiteurs dès l’entrée de l’exposition que lui consacre la Cinémathèque française. Attentive au sens du détail, la cinéaste, disparue en 2019, n’a cessé d’explorer différents médiums et genres dans une démarche ludique, inventive et engagée ; souvent même les trois à la fois.
L’exposition fait dialoguer ainsi les différentes pratiques d’Agnès Varda autour de son rapport aux images, à l’écriture cinématographique, au monde ou encore à l’engagement. Telles ses cabanes de cinéma, réalisées à la fin de sa vie et tissées de pellicules 35 mm, elle s’incarne comme un refuge cinématographique et artistique.
Marilù Parolini, Agnès Varda sur le tournage des Créatures
© 1965 ciné-tamaris
Après une enfance entre la Belgique et Sète, puis un CAP en photographie obtenu en 1949, Varda s’installe rue Daguerre. Là, elle entame une œuvre marquée par l’interrogation de la diversité des images en portant un regard tour à tour plein d’humour et de poésie, riche en références, intime, joueur ou encore politique. Qu’il s’agisse de la série télévisée « Une minute pour une image », où elle invite à réfléchir au sens de ces images, ou des nombreux portraits et autoportraits qu’elle réalise, son regard, aussi espiègle qu’attentionné, est partout.
Citant des artistes comme Rembrandt, Piero della Francesca ou encore Hans Baldung Grien, la modernité de son travail, à commencer par ses premiers films novateurs La Pointe courte (1955) et Cléo de 5 à 7 (1962), s’inspire entre autres de références classiques. Avec Jeune fille à la tourterelle (2014), elle reprend aussi la forme d’un triptyque photographique dont l’aspect très figé du portrait central est contrebalancé par les battements d’ailes de la tourterelle sur les panneaux latéraux, saisis telle une chronophotographie et renvoyant ainsi aux origines du cinéma.
Agnès Varda et JR sur le tournage de Visages Villages
© 2017 ciné-tamaris – Social Animals
Un goût pour l’art classique qui lui vient notamment de sa première compagne, la sculptrice Valentine Schlegel. Varda entretient de nombreux compagnonnages avec les artistes de son époque, mettant notamment en scène dans une belle photographie onirique un mobile de son ami Alexander Calder. En Californie, elle immortalise Jean Varda, son artiste d’« oncle Yanco », ainsi que les peintures des muralistes américains dans Mur murs (1981). Ceux-là même que peut lui rappeler JR qui l’accompagne sur les routes pour Visages villages (2017) et avec qui elle partage le goût du portrait comme de l’entremêlement des pratiques.
Main d’Agnès Varda glanant une patate en forme de coeur, photogramme du film Les Glaneurs et la Glaneuse
© 1999 ciné-tamaris
Invitée à la Biennale de Venise en 2003, elle se lance dans une nouvelle carrière d’artiste visuelle avec l’exposition « Patatutopia », dans laquelle elle témoigne de son amour pour ce légume modeste à la forme imparfaite, qu’elle racontait déjà dans son génial documentaire Les Glaneurs et la glaneuse (2000). Ses installations prolongent souvent ses films, à l’instar d’Instants arrêtés (2012) qui reprend plusieurs photogrammes de Sans toit ni loi (1985) pour une décomposition du mouvement jusqu’à l’abstraction.
Collectionneuse de statuettes de chats comme de reproductions de toutes sortes du tableau Des glaneuses de Millet (1857), Varda affectionne les objets d’apparence triviale – mais non dénués de sens artistique. C’est qu’elle conçoit sa pratique avant tout comme celle d’une artisane.
Agnès Varda, Vue de l’exposition « Une cabane de cinéma : la serre du Bonheur », 2018
Courtesy Agnès Varda et Galerie Nathalie Obadia, Paris, Bruxelles / Bertrand Huet / Tutti image
Une pratique qu’elle met aussi au service des causes qui lui sont chères, comme les droits des femmes. En témoignent des films tels que Le Bonheur (1965) ou L’Une chante, l’autre pas (1977) qui racontent la liberté d’une épouse au sein d’une famille, ses choix personnels ou sa volonté d’avorter, en rupture avec les normes de l’époque. Dans la dernière salle de l’exposition, plusieurs séries photographiques racontent cet engagement tandis que Varda utilise son propre corps comme matériau artistique pour témoigner de ses évolutions, d’abord enceinte puis plus tard face à son vieillissement. En réaffirmant ces nombreux dialogues à l’œuvre, la Cinémathèque française célèbre l’éternelle liberté créatrice d’Agnès. Viva Varda !
Viva Varda !
Du 11 octobre 2023 au 28 janvier 2024
Cinémathèque française • 51, rue de Bercy • 75012 Paris
www.cinematheque.fr
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