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Jacopo Zucchi, Amour et Psyché, 1589
huile sur toile • 173 x 130 cm • © Galliera Borghese, Rome
Amour et Psyché [détail]
Féminité tranchante
Le poignard qui apparaît dans la main de Psyché rapproche la belle captive – qui craignait de découvrir un monstre – de figures telles que Judith tranchant la tête d’Holopherne. Par le pouvoir qu’il lui donne, il accentue sa domination sur la scène. Elle, debout dans toute sa splendeur, quasi phallique ; lui, soumis à ses pieds : il n’en faut pas plus au psychanalyste Jacques Lacan pour lire ce tableau comme une illustration de la menace de castration.
© Galliera Borghese, Rome
Amour et Psyché [détail]
La goutte de trop
Point d’acmé de cette composition, où les corps forment un langoureux triangle, l’objet par lequel le scandale arrive. En faisant tomber une goutte d’huile sur le corps d’Éros, Psyché le sort du sommeil. Étrangement, Zucchi figure cette goutte d’huile sous la forme de quelques traits de lumière. Traitée en reine par son geôlier, Psyché a pris le pouvoir sur Éros. Victoire de l’âme, voire de la conscience, sur les forces du désir ?
© Galliera Borghese, Rome
Amour et Psyché [détail]
Menace de castration et fleurs coupées
Le sexe d’Éros disparaît complètement derrière ce bouquet de fleurs judicieusement placé, vers lequel se concentre le regard de Psyché, plutôt que sur le visage de l’amant. Ce qui autorise, là encore, les exégètes à considérer cette suave toile comme une parabole évoquant la menace, ou le désir, de la castration. Autre détail qui donne de l’eau à ce moulin : la flèche tombée du carquois du dieu de l’Amour, qu’elle foule des pieds et menace de casser.
© Galliera Borghese, Rome
Amour et Psyché [détail]
Le chien du bonheur
Fermant la composition à l’angle, ce chien, reposant sur le carquois de son maître, symbolise certainement, comme dans la plupart des toiles de la Renaissance, la fidélité. Il permet d’évoquer la suite de l’histoire comme un hors-champ. Happy end, puisque Psyché, après avoir été torturée par la mère protectrice et jalouse – qui finira, grâce à l’intervention de Jupiter, par entendre raison –, sera rendue immortelle et filera le doux amour avec son amant rebelle.
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Particulièrement friand de sujets profanes, le maniérisme s’empare fréquemment des grands mythes antiques. Ainsi, ce tableau de Jacopo Zucchi, l’un des protégés de la famille Médicis, qui s’est inspiré d’un récit d’Apulée tiré du recueil les Métamorphoses, écrit au IIe siècle. Après avoir enlevé Psyché, Éros la séquestre dans un palais, où il lui rend visite chaque nuit. Mais le jeune dieu doit cacher son identité à la belle – sa mère, Vénus, lui ayant interdit de fréquenter les mortelles. Poussée par ses soeurs, et par sa curiosité, Psyché tente cependant, une nuit, d’entrevoir le visage de son amant. Elle le réveille hélas, une goutte d’huile fuyant de la lampe destinée à le confondre. Stupeur de l’aimé, fureur de sa mère toute-puissante… Ce récit est porté par une composition ô combien novatrice, riche de détails dont raffolent les psychanalystes.