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Peintre et illustrateur, étranger à tout mouvement et à toute avant-garde, André Devambez (1867–1944) est un solitaire. Prix de Rome, ce subtil observateur de la vie populaire est connu pour ses compositions très originales, où les raccourcis dominent. Devambez jouit d’une grande réputation de son vivant, et enseigne à l’École des beaux-arts. Passionné d’Histoire, il met son talent au service de thèmes sociaux ou politiques qui prennent souvent la forme de scènes de genre. L’artiste est également connu pour ses dessins humoristiques.
Anonyme, Portrait d’André Devambez
Photographie • © Hirarchivum Press / Alamy / Hemis
« André Devambez a été gratifié, par la fée de la peinture, de ce don qui, en art, prime peut-être sur tous les autres : ‘le don de la Vie’. » Louis Vauxcelles
Né à Paris, André Devambez est le fils d’un talentueux graveur et fondateur d’une maison d’édition artistique. Il grandit tout naturellement dans un milieu ouvert aux peintres. Le jeune garçon est passionné par l’Histoire, il aime lire et dessiner. Sa voie est toute tracée. À l’issue de ses études à l’École des beaux-arts, Devambez décroche le Prix de Rome en 1890 avec Le Reniement de saint Pierre. Il part donc à Rome pour plusieurs années, au sein de la Villa Médicis.
L’artiste est attiré par les sujets religieux. L’Académie des beaux-arts le félicite régulièrement pour la qualité de ses compositions, son sens de la couleur et de l’effet. En 1898, Devambez revient à Paris et commence à exposer au Salon. L’artiste ne se cantonne plus aux scènes bibliques. Désormais, la vie quotidienne l’inspire, l’animation des boulevards, des théâtres de Montmartre. L’artiste se distingue en adoptant une méthode bien à lui, celle des raccourcis sur les vues urbaines. Devambez peint en effet depuis son septième étage, ce qui l’incite à mettre au point des cadrages et des effets originaux. Il apprécie aussi les sujets littéraires, et illustre notamment certains thèmes hugoliens. Mais une grande commande l’occupe : un décor pour la Sorbonne représentant une soixantaine de portraits d’universitaires.
Devambez n’oublie pas les amateurs et les collectionneurs. Pour eux, il s’adonne aux scènes de genre, peint des toiles de petit format aux sujets pittoresques : des buveurs, des scènes de plage, des types populaires ou inspirés de contes. D’ailleurs, l’artiste est demandé dans le domaine de l’illustration et collabore à la revue Le Rire.
À la déclaration de la guerre, en 1914, Devambez a déjà 48 ans. Il ne s’engage pas moins volontairement dans la section de camouflage de l’armée française. La mission n’est pas de tout repos, et l’artiste est d’ailleurs gravement blessé au feu, au point de ne plus pouvoir peindre debout pendant huit ans.
En 1928, l’artiste est nommé chef d’atelier à l’École des beaux-arts, puis est élu à l’Académie des beaux-arts la même année.
André Devambez, La Charge, Boulevard Montmartre, 1902–1903
Huile sur toile • 127,5 × 162,5 cm • Coll. Musée d’Orsay, Paris / © RMN-Grand Plais (musée d’Orsay) / Photo Hervé Lewandowski
La Charge, 1902–1903
Œuvre célèbre de Devambez, peinte à l’aide de sa méthode dite des « raccourcis », La Charge représente la répression par la police d’un groupe d’émeutiers sur le boulevard Montmartre. L’époque est en effet marquée par de nombreux mouvements sociaux, notamment des grèves ouvrières ou des manifestations anarchistes. La rue est devenue une véritable arène sociale. Le vide central de la composition, les effets de lumière et de mouvements sont particulièrement originaux.
André Devambez, La barricade ou l’Attente en 1871, 1911
Huile sur toile • 140 × 107 cm • Coll. Château de Versailles, Versailles • © UtCon Collection / Alamy / Hemis
La Barricade ou l’attente en 1871, 1911
Passionné par l’histoire contemporaine, Devambez compose ici une scène de genre relative aux évènements de la Commune. Au pied d’une barricade construite à l’aide de pavés de la rue (motif que l’on retrouve très souvent dans les œuvres représentant des insurrections populaires), des communards sont postés, prêts à engager une action. L’esprit naturaliste de ce tableau témoigne de l’indépendance de Devambez vis-à-vis de la tradition académique.
André Devambez, Panneau principal du triptyque « La pensée aux absents », 1927
Huile sur toile (seulement le panneau principal) • 130 × 110 cm • Coll. Musée des Beaux Arts Antoine Lécuyer, Saint Quentin • © Musée des Beaux Arts Antoine Lécuyer, Saint Quentin
La Pensée aux absents, 1927
Cette œuvre est une version réduite de celle qu’expose avec succès Devambez au Salon de 1924 et issue d’un triptyque. Il s’agit ici du panneau central qui porte sur le thème du souvenir et met en scène trois femmes en deuil. Les panneaux latéraux rappellent la solitude des poilus dans leurs tranchées. Cet ensemble, qui adopte la forme d’un tableau d’église, évoque le temps douloureux de la Grande Guerre, sur le front du combat comme sur le front domestique.
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