Artiste catalan, Antoni Tàpies est associé au mouvement de l’art informel. Peintre, sculpteur et théoricien, il explore à travers ses compositions les possibilités d’expression qu’offre la matière. Tàpies ne rejette pas pour autant la force du symbole, de la trace, du signe. La croix est omniprésente dans cette œuvre singulière qui se situe en dehors des clivages traditionnels entre figuration et abstraction. Matiériste, Tàpies joue avec les textures, les matières, les éléments, de manière non conventionnelle et totalement libre.
Antoni Tàpies
« J’ai toujours cru qu’un tableau ne représente pas des choses, mais qu’il est une chose. Une sorte de talisman qui, juste par le toucher, peut influer sur nous. »
Antoni Tàpies est né à Barcelone en 1923. Très jeune, il est bercé par l’amour des livres, sa mère étant issue d’une famille d’éditeurs. À l’image de son père, il mène des études afin de devenir avocat. À l’adolescence, Tàpies subit la guerre d’Espagne. Opposant au franquisme, il est frappé par la puissance des graffitis sur les murs de sa ville. Cette période demeure un traumatisme profond. En 1943, après avoir été gravement malade, il décide d’embrasser une carrière artistique.
Tàpies fréquente les milieux artistiques et intellectuels de Barcelone. Ami des poètes, il fonde en 1948, avec Joan Brossa, le mouvement et la revue d’avant-garde Dau al Set (« dé sur le sept »). Le jeune artiste fait la connaissance de Joan Miró qui est l’une de ses figures tutélaires. Tàpies est un esprit très ouvert, féru de philosophie, de littérature, s’intéressant à l’art oriental. Son œuvre, bien que de tendance abstraite, est souvent à consonance politique et investit l’espace mural. En 1952, il participe à la Biennale de Venise. Tàpies commence à acquérir une reconnaissance internationale et expose à New York et Paris.
Dans les années 1950, Tàpies expérimente les possibilités de la matière. Il intègre à ses œuvres des objets, voire des pièces de mobilier. Son œuvre est qualifiée de concrète, d’informelle ou de matiériste. Le rapport à la figure, au symbole, demeure prépondérant dans son travail. La matière n’est pas qu’un moyen à ses yeux, elle possède son propre potentiel expressif et spirituel. C’est l’artiste, par son geste, qui peut le révéler. Le Catalan incorpore à ses œuvres des matières très diverses comme de la terre, du bois, de la corde, du plâtre, des résines, du sucre. L’artiste se donne une totale liberté de création, mais sans oublier d’orchestrer les signes, les traces, faisant par exemple une référence récurrente au motif de la croix. Tàpies peut également agir sur le support en le cousant ou en le lacérant.
En 1981, Tàpies réalise ses premières céramiques avec le céramiste allemand Hans Spinner. Une fondation Antoni Tàpies est inaugurée à Barcelone en 1984. En 1992, il participe à l’Exposition universelle organisée à Séville. L’année suivante, Tàpies reçoit le Lion d’or à la Biennale de Venise pour son installation Rinzen dans le pavillon d’Espagne
Antoni Tàpies, Boîte de cordes, 1946
Techniques mixtes sur carton • 48 × 40 cm • Coll. Fondation Tàpies, Barcelone • © Comissió Tàpies / Adagp, Paris, 2025
À la fin des années 1940, Antoni Tàpies commence à utiliser des matériaux pauvres (tels que la corde ou du carton) dans ses œuvres. C’est à la fois le reflet des matériaux alors à sa disposition dans cette période très dure de l’après-guerre, mais aussi une dénonciation de la misère qui touche le peuple espagnol. L’artiste a aussi été marqué par le dadaïsme et le surréalisme, deux avant-gardes qui exercent sur lui une certaine fascination.
Antoni Tàpies, Ocre gris, 1958
Huile sur époxy, résine et poudre de marbre • 260 × 194 cm • Coll. Tate Gallery, Londres • © Comissió Tàpies / Adagp, Paris, 2025
Cette œuvre mystérieuse, presque magique, est caractéristique des expérimentations menées par Tàpies. Tout est trace ici, tant à travers la toile qui a été manipulée, tailladée, trouée, qu’à travers cette couleur ocre qui semble venir du fond des âges. Cette peinture de matière correspond à la maturité artistique de Tàpies.
Antoni Tàpies, L’Esperit Català, 1971
Technique mixte sur bois • 200 × 270 cm • Coll. particulière • © Comissió Tàpies / Adagp, Paris, 2025
La trace et le signe sont des notions importantes dans l’œuvre de Tàpies, cultivant une accointance avec l’univers de l’écrit. Cette œuvre, réalisée sous le régime franquiste qui eut tendance à dévaloriser la culture catalane, est politique. Elle représente quatre grands traits rouges sur un fond jaune, en référence au drapeau catalan. L’artiste aurait utilisé ses doigts pour peindre, les traces rouges évoquant les massacres perpétrés par le régime.
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