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Laurence Vauclair dans sa galerie de la rue de Beaune, au cœur du 7e arrondissement
© Photo Simon Lerat
Laurence Vauclair (née en 1966) nous reçoit un après-midi de juin dans sa galerie de la rue de Beaune, au cœur du 7e arrondissement parisien. Immédiatement sympathique, bavarde… « Solaire », résume son attachée de presse. Dans ce quartier luxueux et bourgeois, où les vitrines richement dotées intimident, il est vrai que la personnalité de l’antiquaire détonne, avec son franc-parler, son débit mitraillette, ses digressions, et ses milliers d’anecdotes. Comme celle du jour où elle a organisé un concert devant sa galerie, événement festif rapidement perturbé par la police, appelée par des voisins mécontents… à 18 heures seulement.
Cela dit très attachée à son quartier, Laurence Vauclair évoque volontiers l’esprit du Carré Rive Gauche, réunion de galeristes et d’antiquaires signalée par des panneaux visibles de loin, et dont la régularité témoigne de la très forte implantation des métiers d’art dans le 7e. Pour le dire autrement : la galerie Vauclair est pile là où il faut être. Et ce depuis plus de vingt ans.
Vitrine de la galerie de Laurence Vauclair
© Photo Simon Lerat
Avec nous, Laurence se rappelle vite des moments noirs de ces dernières années en matière de commerce : « en 2019, les Gilets jaunes, en 2020, le Covid… ». Cela dit, elle tempère : la vague d’achat de maisons secondaires a bien renfloué les caisses, les élégantes Parisiennes ayant eu à cœur de meubler avec goût leurs nouvelles demeures normandes ou bretonnes.
Le goût, justement. C’est le maître-mot, pense-t-on devant l’arrangement hyper léché de sa galerie. « La scénographie, c’est Denis. » Son mari, et précieux collaborateur, qui peut passer des heures à mettre en scène une table, reproduire un jardin d’hiver. Quatre à cinq fois par an, le décor est bouleversé par ses mains expertes, qui créent des constellations d’assiettes au mur, un coin salon de meubles en rotin. Les bourses heureuses pourront être ainsi tentées d’acheter plusieurs pièces, pour ramener chez soi un peu de ce goût Vauclair, qui fait rêver à un XIXe siècle de madeleines et de lectures proustiennes. D’ailleurs, le couple dévie parfois de son activité première pour glisser quelques conseils d’aménagement aux collectionneurs.
Laurence Vauclair et son époux Denis Rouquette
© Photo Simon Lerat
« Le contenu d’une facture engage pour trente ans le marchand : il s’agit d’être précis, mais aussi de ne pas se tromper. »
Mais il n’y a pas que le goût qui compte, nous dit Laurence : « le sérieux et la connaissance », surtout. « Il est très important que nos clients sachent exactement ce qu’ils achètent. Il faut savoir expliquer la provenance exacte de chaque objet. Afin de pouvoir faire des factures détaillées », qui préciseront le créateur (Clément Massier, Perret & Vibert, manufacture Minton…), la date de production, les matériaux, etc.
On apprend alors que le contenu d’une facture engage pour trente ans le marchand : il s’agit d’être précis, mais aussi de ne pas se tromper. Un bon antiquaire est donc un véritable expert (les deux antiquaires sont d’ailleurs inscrits à la Chambre nationale des experts spécialisés en objets d’art et de collection). Dont les découvertes font la joie, comme celle, récente, d’un vase de Gustave Doré (réalisé autour de 1865), dont nous parle longuement Laurence et qui fera l’actualité de sa galerie à la rentrée prochaine, dans une exposition réalisée en partenariat avec une institution bien connue des amoureux de céramique : le musée Théodore-Deck de Guebwiller.
Mais ici tout n’est pas affaire d’objets anciens. Au contraire : Laurence aime particulièrement à décrire ses collaborations avec des artistes et des décorateurs d’aujourd’hui, « rencontres » précieuses qui lui permettent de multiplier les frottements entre l’esthétique du jardin d’hiver d’hier avec des inspirations contemporaines. Ce jour-là, dans sa galerie rue de Beaune, c’est sous un lustre de Mathieu Challières que s’expose toute une collection de barbotines (des assiettes sculptées d’asperges, poissons et autres gourmandises). Parmi ses collaborations marquantes, citons aussi celle de la société l’Atelier du Mur de Solène Eloy, dont les papiers peints sont venus orner les murs de la galerie aux Puces de Saint-Ouen l’automne dernier, faisant vibrer les objets avec de stupéfiants fonds or, noir et vert.
Barbotines savamment présentées dans la galerie de Laurence Vauclair, rue de Beaune, au cœur du 7e arrondissement
© Photo Simon Lerat
« Hermès a tout acheté. Ça a changé ma vie. »
Les Puces, justement, nous donnent envie de remonter le temps. Née dans le 15e arrondissement, Laurence a baigné très tôt dans une atmosphère esthète. « Mon grand-père était un grand tailleur, et j’ai eu la chance de beaucoup fréquenter son atelier, entre le bruit des machines à coudre et celui des ciseaux. » Sa mère, coiffeuse, est alors connue de toute la ville pour ses vitrines réalisées à partir d’objets chinés.
Contre toute attente, Laurence s’inscrit en licence de japonais, s’apprête à partir à l’autre bout du monde… mais reste finalement en France, rencontre un antiquaire, et lance son activité. « J’ai été indépendante depuis le début. » Et d’énumérer les rendez-vous qui l’ont formée : la foire de Chatou, le déballage marchand de Montpellier, la foire de la Bastille, mais aussi de Hong Kong, de Londres… En 1994, elle s’installe aux Puces, rue des Rosiers. Le tournant ? En 2011, la star des vitrines de la maison Hermès, Leïla Menchari, l’invite à travailler avec elle. « Hermès a tout acheté. Ça a changé ma vie. Ce type de collaboration vous donne une médaille. » Dès l’année suivante elle entre dans le Saint des saints : « Être à la Biennale des Antiquaires, sans fausse modestie, c’est faire partie des meilleurs. »
Denis Rouquette la rejoint rapidement après son installation rue de Beaune au début des années 2000. « Il n’était pas antiquaire, mais au vu de son appartement, on aurait pu le croire ! Il a un goût dingue. » L’entente entre eux est immédiate. Depuis, la famille Vauclair s’est agrandie : huit personnes y travaillent désormais. Deux sont au service des réseaux sociaux, dont les images soignées font rêver clients français et étrangers. La fourchette des prix représentés est très large : ce jour-là, de tête, Laurence nous cite des objets allant de 250 à 25 000 euros. Chacun, insiste-t-elle, a été choisi, élu pour ainsi dire, et est bichonné par un ensemble d’artisans (des ébénistes, des électriciens pour les lampes, des restaurateurs spécialisés…).
Céramiques et rotin sont de mises dans la galerie de Laurence Vauclair rue de Beaune, au cœur du 7e arrondissement
© Photo Simon Lerat
Laurence Vauclair raconte aussi qu’auparavant elle voyageait beaucoup, dans toute la France : « je faisais 90 000 kilomètres par an ! » Aujourd’hui, « il faut être à Paris ». Et l’investissement est quotidien. Dans ses cent mètres carrés aux Puces, ou dans ses deux pièces plus intimes du 7e arrondissement, Laurence virevolte, s’active pour le Parcours de la céramique, la Paris Design Week ou le Paris Déco Off, autant de rendez-vous qui rythment son année et inscrivent sa galerie dans un agenda résolument contemporain.
Hors de question, pour elle, de faire des ventes derrière un ordinateur, et tant pis pour les frais fixes mensuels : ce qu’aime Laurence, c’est la vie quotidienne d’un commerce, les échanges, accueillir les clients, discuter avec eux (même si, elle le dit sans cesser de sourire, « on ne fait pas une vente tous les jours, loin de là ! »), ouvrir les portes de la céramique du XIXe siècle aux regards contemporains. Et charmer, charmer toujours, avec ses vitrines dont, même avant de la connaître, on admirait l’harmonie.
Galerie Vauclair
La galerie est également présente aux Puces de Saint-Ouen.
Rendez-vous au marché Paul Bert, stand 79, allée 6.
24 Rue de Beaune • 75007 Paris
galerie-vauclair.fr
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