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Photographe américaine d’une grande modernité, Berenice Abbott (1898–1991) a traversé l’existence dans la précarité. Mue par l’idée de livrer une grande œuvre documentaire sur New York, elle ne parvient à la reconnaissance qu’après des décennies de travail en totale indépendance d’esprit. Tout à la fois forte et fragile, elle mène un parcours solitaire, à l’écart des modes, portée par l’exemple d’Eugène Atget qu’elle admire. Abbott, chantre de la Straight Photography, n’a pas prétendu livrer une œuvre artistique. Ses images, pleines de réalisme et d’une grande précision, sont sans compromis, à l’image de ses convictions.
Carl Van Vechten, Berenice Abbott, 1937
© Granger / Bridgeman Images
« La photographie ne vous apprend pas à exprimer vos émotions ; elle vous apprend à voir. »
Née dans le Midwest, Berenice Abbott grandit dans une famille américaine conventionnelle mais désunie. La jeune fille commence par entamer des études de journalisme. Rapidement déçue, elle se rend à New York où elle fréquente la bohème artistique et vit de petits travaux.
En 1921, la jeune femme, désargentée, décide de quitter les États-Unis pour Paris, sans but précis. Après un court essai à Berlin, elle revient dans la capitale et fait la connaissance de Man Ray qui la prend comme assistante. Ce sera le premier à percevoir son talent inné pour la photographie. Elle réalise à cette époque des portraits de ses amis et commence à subvenir à ses besoins. La célèbre collectionneuse Peggy Guggenheim lui commande même son portrait ! Une situation qui est alors vécue comme une trahison par Man Ray. Le binôme se sépare.
Berenice Abbott s’établit seule et se fait connaître : dès 1926, une galerie organise sa première exposition monographique. La critique l’encense. La jeune photographe élargit sa culture en s’intéressant de près aux travaux d’Atget, alors très âgé. À sa mort, elle acquiert ses archives et mettra tout en œuvre pour que l’œuvre de ce photographe du vieux Paris soit reconnue.
En 1929, Abbott revient aux États-Unis où elle pose un nouveau regard sur New York et la société américaine. Renonçant à toute expression romantique, elle poursuit un but documentaire malgré des conditions de vie difficiles en raison de la crise financière et de la concurrence du milieu photographique. D’un tempérament indépendant, très volontaire, elle fuit tout compromis…
Abbott se passionne pour les portraits de la ville et travaille dans la perspective de construire un grand projet documentaire sur New York qui commence à susciter l’intérêt dans les années 1930. Elle trouve également un poste d’enseignante, qu’elle conserve jusqu’en 1958. Sa situation s’améliore, et son projet documentaire sur New York (intitulé Changing New York) trouve enfin un soutien institutionnel en 1939.
Changing New York, commande du gouvernement, représente le grand œuvre de Berenice Abbott. Son œil réaliste se concentre sur les gratte-ciels de Manhattan, sur les bords du fleuve et sur les quartiers anciens de la ville. Ce travail de dix ans rencontre un immense succès. Elle se consacrera ensuite à la science appliquée à la photographie, publiera des manuels et documentera la vie de Greenwich Village.
Après une difficile traversée des années 1950, Berenice Abbott tombe gravement malade en raison de son tabagisme excessif. Elle s’installe dans le Maine et restaure une vieille auberge. Elle s’y consacre également à l’écriture, et vend sa collection d’œuvres d’Atget au MoMA. Son œuvre est encensée au cours des années 1970 et la photographe obtient plusieurs distinctions, dont celle d’Officier des Arts et Lettres par le gouvernement français en 1988. Berenice Abbott décède en 1991. Son travail est représenté en France par la galerie Les Douches et, depuis 2020, une rue parisienne porte son nom.
Berenice Abbott, Night View, New York, 1932
Tirage Gélatino-Argentique • 40,6 × 50,8 cm • Berenice Abbott / Commerce Graphics / Courtesy Les Douches La Galerie, Paris
Night View, 1932
Ce cliché est le plus célèbre de Berenice Abbott. Placée en haut de l’Empire State Building, elle réalise cette séance lors du jour le plus court de l’année 1932. Choisissant précisément son heure, Abbott capture les milliers de lumières électriques qui attestent de l’activité invisible et intérieure de la ville. Derrière le souci documentaire se révèle l’attention que la photographe porte à l’activité humaine comme au mythe de New York.
Berenice Abbott, City Arabesque from the roof of 60 Wall Street Tower, New York, 1938
Tirage Gélatino-Argentique • 40,6 × 50,8 cm • Berenice Abbott / Commerce Graphics / Courtesy Les Douches La Galerie, Paris
City arabesque from the roof of 60 wall Street Tower, 1938
De 1929 à 1939, Berenice Abbott s’est dévolue à son grand projet intitulé Changing New York. Arpentant la ville, elle propose de nouveaux points de vue sur le cadre new-yorkais en se plaçant soit en hauteur des gratte-ciels, soit à leur pied. Certains clichés lui demandent des semaines de préparation. Comme le montre cette image, Abbott s’intéresse aux relations entre le détail et la vue d’ensemble.
Berenice Abbott, Treasury Building, New York, 1957
Tirage Gélatino-Argentique • Berenice Abbott / Commerce Graphics / Courtesy Les Douches La Galerie, Paris
Treasury Building, New York, 1957
Si Abbott se présente comme une photographe documentaire, ses clichés ne sont pas sans parti-pris esthétique. L’architecture n’est pas saisie de manière frontale, mais de biais, livrant un regard interprétatif sur le cadre new-yorkais, son histoire, ses symboles.
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