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New York

Peut-on avoir une lecture féministe de l’art ?

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Publié le , mis à jour le
Depuis l’été dernier, le Brooklyn Museum de New York prouve que c’est possible, et même souhaitable, en revisitant sa collection. L’exposition « Half the Picture » déroule une « autre » histoire de l’art, vue par les femmes mais aussi par des artistes de couleur, généralement sous-représentés. Nous avons posé six questions à Catherine Morris et Carmen Hermo, conservatrices du Elizabeth A. Sackler Center for Feminist Art et commissaires de l’exposition.
Betty Tompkins, Apologia (Artemesia Gentileschi #4)
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Betty Tompkins, Apologia (Artemesia Gentileschi #4), 2018

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Acrylique sur papier • 27,9 × 21,6 cm • Coll. Brooklyn Museum • © Betty Tompkins / Photo Jonathan Dorado/Brooklyn Museum

Comment est née l’exposition « Half the Picture » ? A-t-elle été influencée par les récents mouvements #metoo et Black Lives Matter ?

L’idée de l’exposition a commencé à germer en 2017 à l’occasion du 10e anniversaire du Centre Elizabeth A. Sackler pour l’art féministe, situé au 4e étage du musée où se tient l’exposition. La sélection des œuvres visibles dans les galeries est le fruit de nombreuses conversations. C’est l’aboutissement d’un processus de collaboration visant à recentrer la collection du musée sur les préoccupations politiques actuelles. Bien sûr, les mouvements #metoo et Black Lives Matter ont eu un impact profond sur le paysage culturel et sur nos vies, et nous voulons absolument que le public voie et ressente cela dans l’exposition.

Catherine Morris et Hermo Carmen
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Catherine Morris et Hermo Carmen

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© Elena Olivo /Brooklyn Museum © Jonathan Dorado/Brooklyn Museum

Toutes les œuvres présentées ici n’ont pas été réalisées par des artistes femmes. Comment avez-vous déterminé quelles pièces correspondraient au thème de l’exposition ?

L’exposition est organisée par thèmes et sous de multiples angles politiques. Le féminisme est au cœur du Sackler Center ; nous avons conscience qu’il faut rendre son importance et son message accessibles à tous. Dans notre processus de sélection des œuvres, nous pensions certes à la résonance politique de chacune d’entre elles, mais nous avons également saisi l’occasion de présenter des œuvres inspirantes, qui n’avaient pas été montrées au public depuis un moment.

Les Guerrilla Girls, artistes activistes exposées ici, réclament depuis longtemps une répartition plus juste entre les œuvres des deux sexes, ainsi qu’entre artistes blancs et de couleur, dans les musées, les galeries et les collections d’art. Pensez-vous que les choses sont aujourd’hui plus équilibrées ?

Depuis que les Guerrilla Girls ont commencé leur travail dans les années 1980, beaucoup de choses se sont améliorées pour les artistes femmes, même si la parité est encore très loin d’être atteinte. Le Brooklyn Museum est unique en son genre, car il a une longue histoire d’engagement communautaire en général, et au service de l’art féministe en particulier. Vous pouvez d’ailleurs constater l’impact notable du Sackler Center sur la construction des expositions et collections du musée au cours des onze dernières années.

Guerrilla Girls, Women in America Earn Only 2/3 of What Men Do
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Guerrilla Girls, Women in America Earn Only 2/3 of What Men Do, 1985

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Lithographie • 43,2 × 55,9 cm • Coll. Brooklyn Museum • © Guerrilla Girls / Photo Jonathan Dorado/Brooklyn Museum

L’œuvre de Judy Chicago Le Dîner figure une histoire symbolique des femmes à travers 39 couverts associés à des femmes d’importance historique, d’Aliénor d’Aquitaine à Georgia O’Keefe, disposés autour d’une table triangulaire. Cette pièce est-elle la pierre angulaire de l’exposition ?

Absolument, nous considérons que Le Dîner est une œuvre à part entière de cette exposition. Elle est installée au Sackler Center depuis 2007 de manière permanente et figure toujours au centre de nos plans d’exposition ; dans « Half the Picture », elle résonne particulièrement avec les thèmes et objets présentés. Sa présence amplifie l’importance de l’histoire du féminisme tout en soulignant la nécessité constante de réviser, revoir et modifier les discours dominants de l’histoire de l’art et de la société.

Judy Chicago, The Dinner Party
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Judy Chicago, The Dinner Party, 1979

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Coll. Brooklyn Museum, Gift of the Elizabeth A Sackler Foundation • © Judy Chicago / ADAGP, Paris 2019 / Photo © Donald Woodman/Artists Rights Society, New York

Comment être assuré que les œuvres sont montrées pour leur valeur intrinsèque, et pas seulement pour leur engagement féministe ?

Les meilleures œuvres d’art sont capables d’être à la fois à la pointe des préoccupations politiques ou de l’expérience personnelle de l’artiste, tout en nourrissant des conversations critiques formelles. Certaines des œuvres présentées dans « Half the Picture » sont nées de priorités politiques évidentes, mais elles ont également une résonance au sein de nos collections en tant qu’œuvres d’art majeures, alors que d’autres ont été conçues avec des intentions artistiques plus formelles ou historiques. En tant que conservatrices, il est important pour nous de montrer que chaque méthode peut produire des œuvres intéressantes pour les visiteurs du musée, et que les messages portés par ces œuvres se recoupent, même si elles ont été conçues avec des objectifs différents.

L’exposition « Half the Picture » est résolument engagée. Le musée présente également une exposition forte sur l’art aux temps du Black Power. À quel point l’art doit-il être politique et les musées doivent-ils avoir une démarche engagée?

L’art doit être aussi politique que le souhaitent les artistes, et il est dès lors de la responsabilité des musées de trouver les moyens de présenter et représenter cet engagement.

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Half the Picture : A Feminist Look at the Collection

Du 23 août 2018 au 31 mars 2019

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