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SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Louise Bourgeois

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Ses Maman, araignées monumentales aussi fascinantes que repoussantes font partie des icônes de la sculpture du XXe siècle. Dans son très long destin, la Franco-Américaine Louise Bourgeois (1911–2010) a côtoyé les plus grands, des surréalistes à l’École de New York, devenant l’une des artistes les plus en vue de son temps dans un milieu encore très masculin. Mais connaît-on si bien sa vie ? Beaux Arts vous en révèle six secrets.

1. Elle a été traumatisée par la trahison de son père…

Oliver Mark, Portrait de Louise Bourgeois, New York
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Oliver Mark, Portrait de Louise Bourgeois, New York, 1996

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Photographie en noir et blanc • © Oliver Mark © Wikimedia Commons

Louise Bourgeois s’est acharnée à une tâche : la destruction du père, qui est d’ailleurs le titre d’une installation de 1974 où sur la table du dîner, reposent les « restes », os et viscères d’un père écartelé, dépecé et dévoré par sa mère, son frère et elle-même. Ce fantasme mis en scène ne vient pas de nulle part : dans son enfance, les parents de Louise, Louis et Joséphine, font appel à une gouvernante anglaise, Sadie Gordon Richmond, pour prendre en charge l’éducation des enfants. Pendant dix ans, Louis entretient une liaison avec Sadie au vu et au su de tous, qui laisse une plaie ineffable à l’artiste. Elle suivra une psychanalyse de trente-trois ans à New York, entre 1952 et 1985.

Louise Bourgeois, La destruction du Père
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Louise Bourgeois, La destruction du Père, 1974

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Latex, plâtre, bois, tissu et lumière rouge • dimensions variables • Coll. Glenstone Museum, Potomac, Maryland • © Louise Bourgeois, ADAGP 2023 / Ron Amstutz

2. Son prénom serait un hommage à Louise Michel

Une relation avec le père d’autant plus compliquée que Louise porte son prénom, au féminin… L’hommage semble évident a priori, et l’artiste elle-même a parfois concédé avoir été nommée comme son père. Mais il lui arrivait de défendre une autre théorie : « On m’a appelée Louise parce que ma mère était féministe et socialiste. Son idéal, c’était Louise Michel, la Rosa Luxemburg française. » Sa mère Joséphine reste la figure forte et protectrice, « la meilleure amie » admirée de Louise, s’incarnant dans la sculpture-araignée Maman. Un autre hasard est saisissant : l’orphelin de quatre ans qu’elle adopte avec Robert Goldwater en 1940 s’appelle… Michel !

Louise Bourgeois, « Maman » devant le Musée des Beaux-Arts du Canada, à Ottawa
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Louise Bourgeois, « Maman » devant le Musée des Beaux-Arts du Canada, à Ottawa, 1999 et installé en 2005

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Acier inoxydable et marbre • 10,23 × 8,92 m • © Louise Bourgeois, ADAGP 2023 © Alamy / Hemis / Bildagentur-online

3. Elle n’a jamais pu intégrer le cercle des surréalistes

L’omniprésence des motifs sexuels et des thèmes freudiens dans son œuvre – Louise Bourgeois a même consacré un essai à la psychanalyse, Freud’s Toys en 1990 – rapproche indiscutablement son art de celui des surréalistes. Lorsqu’elle résidait encore à Paris, elle fréquentait assidûment la galerie Gradiva, où André Breton dirigeait les expositions de 1937 à 1938. Tandis qu’aux États-Unis, où elle s’est installée après son mariage avec l’historien de l’art Robert Goldwater en 1938, Louise Bourgeois côtoie les exilés français comme Joan Miró, Yves Tanguy et Marcel Duchamp. Elle visite d’ailleurs l’« Exposition surréaliste » que ce dernier organise à New York en 1942. Pourquoi n’a-t-elle jamais intégré le cercle ? André Breton s’y est toujours opposé, pour des raisons mystérieuses… Lui en a-t-elle tenu rigueur ? Bien des années plus tard, Louise Bourgeois le clamait à Philippe Dagen du Monde : « Je n’ai rien à voir avec le surréalisme ».

À gauche, André Breton photographié par Henri Manuel (1927). À droite, le portrait de Marcel Duchamp par Man Ray (1920-1921)
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À gauche, André Breton photographié par Henri Manuel (1927). À droite, le portrait de Marcel Duchamp par Man Ray (1920–1921)

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Tirage gélatino-argentique • Coll. Galerie d’art de l’Université de Yale • © Wikimedia Commons © Man Ray, ADAGP 2023

4. Elle est une icône féministe… qui ne s’est jamais revendiquée !

Ses « Femmes Maisons » dénoncent de manière évidente l’assignation de la femme au foyer. D’ailleurs, Louise Bourgeois s’insurgeait qu’on y voit un art féminin : « Excusez-moi mais je ne sais pas ce que ça veut dire « typique d’une femme artiste »… » Néanmoins, dans son opposition au père et son refus des mentors masculins, Louise Bourgeois s’affirme comme une femme forte et indépendante, ce dont un autre motif, la « Femme-couteau », témoigne. Son féminisme prend forme plus concrètement encore lorsqu’elle participe dans les années 1970 à des expositions organisées par le MLF (Mouvement de Libération des Femmes). Pourtant, la sculptrice qui n’était pas avare de contradictions a nié tout engagement pour cette cause : « Je suis une femme, je n’ai donc pas besoin d’être féministe. »

Louise Bourgeois, Femme Couteau
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Louise Bourgeois, Femme Couteau, 2002

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Tissu et acier • dimensions variables • © Louise Bourgeois, ADAGP 2023 / Courtesy Xavier Hufkens

5. Elle a une église à son nom en France

Vue extérieur de l’église « Louise Bourgeois » à Bonnieux, Vaucluse
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Vue extérieur de l’église « Louise Bourgeois » à Bonnieux, Vaucluse

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© Pinterest

Naturalisée américaine en 1955, Louise Bourgeois est restée attachée à son pays natal, ce dont témoignent autant l’installation des Bienvenus à Choisy-le-Roi (1996) que sa remise de la Légion d’honneur par Nicolas Sarkozy en 2008. Mais l’artiste a aussi légué un héritage plus insolite à la France ! En 1998, Jean-Claude Meyer fait appel à elle pour créer le mobilier d’une petite église désaffectée à Bonnieux dans le Vaucluse. Bourgeois n’est pas effrayée par la dimension sacrée de l’édifice. Pour décorer les crucifix et fonts baptismaux, elle reste fidèle à son langage axé sur le corps, fait de seins, de mains ouvertes, de poupées de tissus et d’araignées maternelles.

À gauche, la croix de Louise Bourgeois habille le choeur de l’église. À droite, sur le côté gauche de la nef : une vierge à l’enfant sous cloche par l’artiste
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À gauche, la croix de Louise Bourgeois habille le choeur de l’église. À droite, sur le côté gauche de la nef : une vierge à l’enfant sous cloche par l’artiste

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© Louise Bourgeois, ADAGP 2023 / Office de Tourisme Pays d'Apt Luberon & Le Dauphiné Libéré

6. Elle a slamé sur un rap à 83 ans passés !

Louise Bourgeois & Brigitte Cornand, Otte
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Louise Bourgeois & Brigitte Cornand, Otte, 1995

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Slam enregistré • 4 min 21 sec • © Louise Bourgeois, ADAGP 2023 © Ramuntcho.bandcamp.com

On ne peut réduire son œuvre à la sculpture : Louise Bourgeois a aussi touché aux arts graphiques, aux installations, à la poésie… Mais pas seulement ! En 1995, la vidéaste Brigitte Cornand réalise Chère Louise, un documentaire consacré à l’artiste. Une amitié s’installe et amène Cornand à proposer une collaboration inédite : un rap ! Sur la musique de Ramuntcho Matta, Louise déclame « Otte », un texte de la réalisatrice jouant sur les mots terminant par le suffixe « -otte ». L’artiste, âgée de presque 84 ans, prend plaisir à slamer les « anglotte », « amigotte », « chamotte »… Dernier signe de l’ouverture de Louis Bourgeois sur le monde et son époque, et de sa jeunesse éternelle : l’artiste restera active jusqu’à sa mort en 2010, dans sa 99e année !

Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme Louise Bourgeois

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