L’installation “Judy & Dorothy (The song from somewhere)” par Elsa Tomkowiak à la biennale OpenART d’Örebro en Suède, 2019
© Alamy / Hemis / Photo Håkan Bergqvist
S’il n’existe pas à proprement parler de statistiques affirmant une opinion esthétique tranchée des Français (ah les goûts et les couleurs !), une teinte se démarque toutefois nettement : le bleu ! Des études en psychologie et en marketing menées ces dernières années confirment cette préférence. Les professionnels de la mode, des aménagements intérieurs et urbains le savent d’ailleurs parfaitement : le bleu arrive toujours en tête des couleurs préférées, non seulement dans l’Hexagone mais dans de nombreux pays occidentaux.
Pourquoi donc ? Une étude canadienne publiée en 2007 montre que le bleu réduit d’abord le stress, ce qui permet une meilleure concentration : notre système nerveux parasympathique est en effet stimulé par des couleurs aux longueurs d’onde courte, tel le bleu, ce qui diminue la pression artérielle… Soufflez, vous êtes en harmonie.
Cet attrait pour le bleu ne date pas d’hier. Dès le Moyen Âge, cette couleur est liée à la royauté et à la divinité. Bleu est le voile de la Vierge Marie, bleus sont les vitraux des cathédrales gothiques… De symbole divin, il devient royal et s’impose dans les armoiries des rois de France où fleurissent des lys sur fond bleu dès le XIIe siècle. Après la Révolution française, il rejoint en 1794 le drapeau de la Nation désormais tricolore.
Alphonse Osbert, Les Chants de la nuit, 1896
Huile sur toile • 77 × 124 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris • © Bridgeman Images
À l’époque moderne, de nombreux artistes français ont ancré le bleu dans notre culture visuelle. Chez les impressionnistes, le bleu prend volontiers l’air, galvanisé par la découverte du japonisme et des estampes, faisant la part belle à ces nuances. Intimement lié à la mélancolie et à la tristesse, le bleu domine sur la palette des symbolistes à la fin du XIXe siècle. Ce pigment offre des ambiances nocturnes comme nul autre, drapant l’œuvre dans un halo de mystère, à l’image du paysage monochrome embrumé de bleu des Chants de la nuit du peintre Alphonse Osbert (1896).
René Magritte, Le Faux miroir, 1929
Huile sur toile • 54 × 81 cm • Coll. MoMA, New York • © Adagp, Paris 2020
Il y a cent ans, le bleu catalyse les rêves des surréalistes. Des peintres comme Joan Miró le capte avec une infinie poésie dans ses toiles.
Le bleu est le pigment privilégié pour broyer l’inconscient, chez René Magritte, qui a souvent la tête dans les nuages, chez Salvador Dalí, trompant notre cerveau au bord de la mer, souvenir de sa jeunesse à Cadaqués… Dans un autre registre, impossible de ne pas évoquer la célèbre « période bleue » de Picasso.
Yves Klein, Feuille de 8 timbres bleus, 1957
Pigment IKB sur timbre postal • © Adagp, Paris 2019 © Musée de La Poste – La Poste/ Thierry Débonnaire, 2019
Le bleu invite à la transcendance… Ce n’est pas Marc Chagall, qui s’envole amoureusement avec sa femme Bella dans le ciel azur, qui dira le contraire ! Ni Yves Klein, lequel avec son fameux « bleu Klein » en a fait sa signature. La prochaine fois que vous visiterez un musée ou une galerie d’art, prêtez attention au bleu : vous serez sans doute submergés !
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