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Entrée de FORMA, au 127 rue de Turenne
© FORMA
Il l’a peinte lui-même. Cette porte rose bonbon, devant laquelle posent les instagrammeurs en quête de décor insolite, c’est l’idée de génie d’Aurélien Jacquin. À tout juste 30 ans, le fondateur de FORMA a pris pinceaux et pot de peinture pour transformer une entrée haussmannienne un brin classique en coup d’éclat qui attire l’œil. De part et d’autre, deux vitrines signalent aux passants l’activité principale de FORMA : montrer de l’art… Et le montrer bien. S’étendant sur 300 mètres carrés entièrement refaits à neuf, le lieu joue de vide et d’air, accrochant les œuvres avec un minimalisme affiché. Tout blanc – évidemment – et doté d’un bel escalier menant vers un sous-sol étonnamment lumineux, l’espace n’a qu’un seul but : « Que les œuvres respirent. »
Vue de l’exposition « Le Bonheur de Vivre », avec l’œuvre de Henri Matisse « Étude pour le Bonheur de Vivre » (1905)
© Gregory Copitet
Aurélien l’avoue volontiers : il est un touche-à-tout ambitieux, qui a modelé FORMA jusqu’au moindre détail. Le graphisme de l’affiche ? C’est lui. L’aménagement ? Lui. Le choix des œuvres ? Lui aussi – dans l’expo inaugurale « Le Bonheur de vivre », deux viennent carrément de sa propre collection. Bien sûr, il le souligne très vite : il ne fait rien en étant tout à fait seul, et sait s’entourer de collaborateurs. Notamment Éric de Chassey, l’actuel directeur général de l’Institut national d’histoire de l’art, qui signe le texte de l’exposition et a donné à Aurélien des conseils avisés pour cet accrochage collectif. Au mur, des artistes célébrissimes et des chefs-d’œuvre méconnus : un dessin fait par Picabia pour son dentiste, une œuvre érotique de Gauguin réalisée pour un ami, une étude de Matisse.
C’est cette dernière qui a inspiré toute l’exposition. Achetée il y a quelques années par Aurélien lors d’une vente chez Sotheby’s à New York, cette étude préliminaire au Bonheur de vivre de 1905 (conservé à la fondation Barnes de Philadelphie) est le point d’orgue de l’accrochage : elle lui donne son titre et ne se dévoile qu’à la toute fin du parcours, dans une petite pièce intimiste qui a tout d’une chapelle. C’est elle aussi qui a guidé le jeune homme dans sa quête de pièces rares signées par de grands noms. L’idée de « transformer une étude en chef-d’œuvre » va ainsi de pair avec la recherche de beautés cachées dans des collections privées, tout autant que dans les réserves des grands musées et dans les stocks des galeries.
Vue de l’exposition “Le Bonheur de Vivre”
© Gregory Copitet
Cette exposition inaugurale, faite avec grand soin et réunissant des noms aussi célèbres qu’Auguste Rodin, Nan Goldin, Aristide Maillol, James Ensor ou Berlinde de Bruyckere, veut donc témoigner du sérieux de l’entreprise, et attirer pour la suite de l’histoire les plus célèbres musées et professionnels du monde de l’art – Aurélien espérant pouvoir nouer avec eux des relations de « confiance », en vue de prêts futurs. Il le rappelle : trop d’œuvres dorment dans les réserves !
Un premier essai parfaitement convaincant, où l’on vit de beaux face-à-face avec des œuvres absolument superbes.
« Le Bonheur de vivre » a été bâtie à partir d’une majorité de prêts de collections privées (des amis ou des relations d’Aurélien), ainsi que du musée Maillol et de la galerie Chantal Crousel. Un premier essai parfaitement convaincant, où l’on vit de beaux face-à-face avec des œuvres qui sont, pour certaines, absolument superbes – on se souviendra longtemps du Gauguin ou des Gestes de Nymphes (1926) de James Ensor. Mais une fois la visite terminée, on s’interroge : comment un tel projet est-il possible sans commerce ? Déjà, à l’étage, l’artiste Edgar Sarin (né en 1989) – un ami d’Aurélien – expose 100 petites peintures disponibles à la vente. Ensuite, le fondateur explique que FORMA se destine à accueillir régulièrement des galeries étrangères et des entreprises privées (notamment pour des défilés).
Vue de l’exposition « Le Bonheur de Vivre » avec l’œuvre de Paul Gauguin « L’Ibis bleu » (1892) au premier plan
© Gregory Copitet
Premier rendez-vous du genre : d’ici quelques jours, LVMH s’emparera de ces murs pour présenter le travail d’Eva Nielsen (née en 1983), réalisé durant une résidence dans ses ateliers de tannerie et de soierie. Ces événements permettront d’équilibrer la trésorerie du lieu, et de donner vie à deux ou trois expositions par an pour le pur plaisir de montrer. Ex-galeriste (chez L’Inlassable puis Monteverita), son fondateur garde comme priorité le désir de libérer l’expérience de l’art, d’en faire un « moment enchanté », où les œuvres se rencontrent mais ne s’achètent pas, et sont même débarrassées de la « carapace historique » qui les entrave dans un musée. Un charmant pari.
Le Bonheur de vivre
Du 12 mars 2022 au 6 mai 2022
FORMA • 127 Rue de Turenne • 75003 Paris
www.forma.paris
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