Article réservé aux abonnés

LE TOPO

Cimabue en 2 minutes

Cimabue en bref

Artiste majeur de la pré-Renaissance, Cimabue (1240–1302) est l’un des plus grands peintres italiens de la seconde moitié du Duecento. Considéré par Giorgio Vasari comme le fondateur de la peinture italienne, le maître de Giotto a renouvelé l’iconographie religieuse de son temps. Fortement marqué par la tradition byzantine, l’art de Cimabue s’engage vers un plus grand naturalisme, loin de la rigidité des icônes. Son talent fut exalté par Dante, en pleine montée en puissance des arts à Florence. Toutefois, l’art de Cimabue, comme sa vie, demeurent largement méconnus en raison de la rareté des archives, de la disparition de ses œuvres ou de problèmes d’attribution récurrents (avec Duccio notamment).

Portrait de Cimabue
voir toutes les images

Portrait de Cimabue

i

Gravure tirée des « Hommes les plus illustres de la peinture, de la sculpture et de l’architecture » de Giovanni Battista Cecchi, édition 1769–1775

On a dit de lui

« Dans ses compositions, dont les personnages sont grands comme nature, il s’affranchit du joug de la vieille manière, et traita ses figures et ses draperies avec un peu plus de vivacité, de naturel et de souplesse que les Grecs si raides et si secs, aussi bien dans leurs peintures que dans leurs mosaïques. » Giorgio Vasari

La vie de Cimabue

Une enfance et une formation méconnues

Cimabue serait né sous le nom de Cenni di Pepo à Florence. Sa famille est probablement relativement aisée, mais les historiens de l’art ont peu de certitudes. Quelques documents officiels (actes notariés, contrats) ont permis d’établir l’hypothèse de sa naissance en 1240 et d’assurer qu’il se présente comme un peintre florentin. Son éducation artistique se déroule dans un contexte favorable à la peinture byzantine. Les ouvrages anciens allèguent peut-être un peu vite que le jeune artiste s’est formé au sein de l’école florentine. Sans doute entretient-il des rapports avec le grand peintre de l’époque, Coppo di Marcovaldo, mais rien n’indique que le jeune artiste se soit limité aux maîtres florentins. Il semble qu’il exprime un intérêt pour des artistes hors de sa cité, à Pise et à Bologne.

Cimabue et la tradition byzantine

L’art de Cimabue cultive un fort ancrage avec la tradition byzantine. Les artistes grecs, travaillant pour les églises, sont nombreux à Florence dans les années 1260. S’il œuvre dans leur manière (recourant à la perspective inversée, à des fonds or et à des formules abstractives pour suggérer le corps humain), Cimabue montre un certain esprit de détachement en développant un style plus naturaliste. Sa manière est plus naturelle, plus fluide, plus ample (comme en témoignent les ailes de ses anges) que les peintres d’icônes. Cimabue traite avec plus de douceur l’expression des visages et le rendu des chairs. L’artiste se démarque aussi par la richesse de ses effets picturaux, et son goût pour le clair-obscur dans le traitement des carnations rendues par des touches extrêmement fines, comme de longs filaments juxtaposés. Sa palette est aussi remarquablement contrôlée, jouant avec des teintes complexes comme l’ambre foncé ou le gris.

Un séjour mystérieux à Rome

Grâce à sa comparution en qualité de témoin d’un acte notarié, la présence de Cimabue à Rome est attestée en 1272. Il est présenté comme une personne de qualité. Cependant, est-il à Rome pour travailler ? Est-il en rapport avec le pouvoir ecclésiastique et la cour papale ? Sans doute, mais les travaux réalisés à cette occasion demeurent inconnus. Cimabue, qui a probablement médité sur la sculpture antique pendant ce séjour, quitte vraisemblablement la cité éternelle à la fin des années 1270.

Sa participation au chantier décoratif de la basilique d’Assise

À la fin des années 1270, Cimabue se trouve à Assise et travaille à la décoration des transepts de la basilique inférieure et supérieure Saint-François d’Assise, l’une des plus importantes de la chrétienté. La commande aurait été confiée à Cimabue par le pape Nicolas III. L’artiste y travaille avec sa « boutique », soit un ensemble de peintres et d’artisans. L’œuvre maîtresse de Cimabue est la représentation de la Crucifixion, dans le transept gauche de la basilique. Elle montre le point culminant de la Passion du Christ, Saint-François agenouillé au pied de la Croix et une multitude d’anges de type byzantin. Cette œuvre devait pouvoir être vue depuis la nef accessible aux laïcs.

L’apogée de la carrière et la légende de la découverte de Giotto

Dans les années 1280, Cimabue est le plus prestigieux peintre italien. Son influence rayonne de la Toscane à l’Ombrie et jusqu’en Campanie. Il œuvre notamment pour le splendide baptistère de Florence. De nombreux artistes s’inscrivent dans son sillage, tels que le jeune Duccio di Buoninsegna. C’est aussi à Cimabue que l’on attribue la découverte de Giotto. Ce dernier était alors, si l’on en croit le récit de Lorenzo Ghiberti repris par Vasari, un petit berger en train de dessiner une chèvre sur un rocher… Le père aurait confié l’enfant à l’artiste pour son instruction. Dans La Divine Comédie (1307–1321), Dante prête à Cimabue, au purgatoire, l’expression de son amertume d’avoir vu Giotto lui voler la vedette et d’être tombé dans l’oubli. La présence de Cimabue est attestée à Pise en 1301. Sa dernière œuvre pourrait être la représentation, traduite en mosaïque, de saint Jean l’Évangéliste dans l’abside du dôme de la cathédrale. Cimabue décède à Pise en 1302.

Ses œuvres clés

Cimabue, Crucifix
voir toutes les images

Cimabue, Crucifix, 1268–1271

i

Tempera sur bois • 3,37 × 2,67 m • Coll. Basilique San Domenico, Arezzo • © Peter Barritt / Alamy / Hemis

Crucifix, 1268–1271

Cette Croix arétine est la plus ancienne des œuvres de Cimabue connue à ce jour. À la différence des croix byzantines, l’artiste renonce à faire figurer des saynètes de part et d’autre du Christ. Il préfère faire place à un motif ornemental, semblable à une tenture. La représentation du Christ est fidèle à la tradition byzantine (l’anatomie nettement définie comme une armure) mais présente aussi quelques singularités : le rythme vivant du corps, la dilatation de la cage thoracique, le modelé en clair-obscur. De grande taille, cette œuvre était destinée à l’autel de l’église Saint-Dominique.

Cimabue 032
voir toutes les images

Cimabue 032

La Vierge et l’Enfant en majesté entourés de six anges, vers 1280

Pièce d’un retable, cette œuvre figurait à l’origine dans l’église San Francesco de Pise. Ce thème est fréquent dans les églises du XIIIe siècle. Il s’agit d’une représentation de la Vierge en majesté (maestà). Elle apparaît en tant que mère de Dieu, sur un trône monumental qui semble porté par des anges. Sur ses genoux, l’Enfant adresse un geste de bénédiction. Portant les traces de la tradition byzantine (hiératisme, fond or, stylisation), cette œuvre témoigne aussi de la modernité de Cimabue (modelage des ombres, impression de profondeur, réalisme dans le traitement des étoffes et de l’expression des visages).

Cimabue, La Flagellation du Christ
voir toutes les images

Cimabue, La Flagellation du Christ, vers 1280

i

Tempera et or sur panneau de peuplier • 25,2 × 20,3 cm • Coll. The Frick Collection, New York

La Flagellation du Christ, vers 1280

Attribuée à Cimabue, cette petite œuvre de dévotion serait un panneau issu d’un diptyque dispersé au cours du XIXe siècle. La qualité de l’œuvre permet, selon Roberto Longhi, de l’intégrer au corpus du maître, mais son attribution à Cimabue fut longtemps discutée. La scène représente un épisode de la Passion du Christ, attaché à une colonne au centre de la composition et seulement vêtu d’un périzonium presque transparent. Les bâtiments à l’arrière-plan sont rendus en perspective inversée, propre à la tradition byzantine.

Par • le 3 juin 2024
Retrouvez dans l’Encyclo : Cimabue

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi