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Art & science

Comment créer un chef-d’œuvre avec une intelligence artificielle ?

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Publié le , mis à jour le
Bienvenue dans le futur ! Le 23 octobre prochain, à New York, aura lieu une grande première : la célèbre maison de ventes aux enchères Christie’s proposera d’acquérir une œuvre d’art entièrement réalisée… par un algorithme ! Avant l’événement, Beaux Arts a voulu décoder les rouages de ces créations d’un troisième type.
GAN, Portrait de la Comtesse De Belamy
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GAN, Portrait de la Comtesse De Belamy, 2018

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© Obvious

C’est la première fois qu’une œuvre créée par l’intelligence artificielle (IA) est mise aux enchères par une grande maison. Pour Christie’s, l’art algorithmique n’est plus de l’ordre du virtuel ! L’institution a décidé de lui donner sa chance en lui offrant une visibilité et une légitimité réelles : « Christie’s est continuellement au fait des changements sur le marché de l’art et de la manière dont la technologie peut influer sur la création et la consommation d’art. L’IA a déjà été intégrée en tant qu’outil par des artistes contemporains et, à mesure que cette technologie se développe, nous sommes ravis de participer à ces conversations continues », justifiait ainsi dans ses récentes interviews Richard Lloyd, responsable international des estampes et des multiples.  Baptisé Portrait d’Edmond de Belamy, ce tableau pas comme les autres représente un homme d’église en redingote noire, aux traits indistincts. Il a été créé par le collectif artistique français Obvious, grâce à une méthode appelée « réseau contradictoire génératif » – ou GAN -, inventée en 2014 par Ian Goodfellow, un chercheur en intelligence artificielle.

GAN, Portrait d’Edmond de Belamy
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GAN, Portrait d’Edmond de Belamy, 2018

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© Obvious / Christie’s

Concrètement, comment ça marche ? Le système a été créé à partir d’un algorithme, composé de deux parties : le générateur (qu’on peut assimiler à un apprenti peintre) et le discriminateur (qui serait son professeur). Il est alimenté par un ensemble de données : 15 000 portraits classiques peints entre le XVe et le XIXe siècle. Le système décortique le style et les caractéristiques de ces tableaux ; le générateur essaie de créer de nouvelles images à partir de cette multitude ; le discriminateur, lui, passe tous ces portraits en revue et stipule à quoi doit « ressembler » une œuvre d’art. Il examine ensuite toutes les images du système, les originaux et les créations, et les « valide » ou non, en fonction de leur correspondance avec son cadre de référence…

À chaque fois que le discriminateur rejette l’une des créations, le générateur apprend. Il cherche alors comment rendre ses faux moins détectables. Il apprend à « peindre » de mieux en mieux. Jusqu’au moment où il parvient à tromper le discriminateur : c’est gagné, la machine a produit une œuvre d’art ! Attention, précise Hugo Caselles-Dupré, l’un des trois membres d’Obvious, ce n’est pas un mélange des œuvres existantes, mais bien une œuvre originale, à part entière, qui est ainsi produite.

GAN, Portrait du Comte de Belamy
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GAN, Portrait du Comte de Belamy, 2018

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© Obvious

Obvious, le collectif français, travaille avec le système GAN depuis un an, et a ainsi créé 11 portraits, représentant différents membres de la famille Belamy (un nom qui est en fait la traduction de Goodfellow, le nom de l’inventeur du GAN). En février dernier, Obvious a vendu sa première pièce, le Comte de Belamy, à un collectionneur parisien pour 10 000 €. Ce n’est pas la première fois qu’une œuvre d’art est créée par un ordinateur. Depuis les années 1970, les artistes font appel à l’intelligence artificielle dans leur processus créatif. En 1973, le robot Aaron, développé par l’artiste américain Harold Cohen, peignait suivant les instructions de son créateur. Dans les années 1990, des artistes comme Jean-Pierre Hébert ont fondé le mouvement des Algoristes, en créant des œuvres d’art à partir d’algorithmes. Autre exemple plus récent du développement de cette tendance : en 2016, informaticiens et historiens de l’art se sont associés pour créer un programme capable de peindre comme… Rembrandt ! Résultat : une œuvre baptisée The New Rembrandt, le portrait d’un homme d’une trentaine d’années, vêtu en noir et portant une collerette, qu’on pourrait croire dessiné par le maître hollandais.

Presentation du « Next Rembrandt » à la Galerie Looiersgracht, Amsterdam
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Presentation du « Next Rembrandt » à la Galerie Looiersgracht, Amsterdam, 2016

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© Crédit Robin van Lonkhuijsen / ANP / AFP

Avec sa série sur la famille Belamy, le collectif Obvious est passé à la vitesse supérieure. Cette fois, le programme n’a pas imité le style d’un peintre ou obéit aux injonctions d’un artiste : il a bel et bien créé une œuvre tout seul. À l’Université Rutgers dans le New Jersey, une équipe de chercheurs est allée encore plus loin : le programme qu’elle développe depuis 2012 a permis de produire des formes d’art qui ne ressemblent à rien de ce que les humains ont créé jusqu’à présent. Reste à résoudre l’équation pour séduire le monde de l’art.

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Christies - New York

Retrouvez dans l’Encyclo : Rembrandt

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