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Décryptage

Comment Florence révolutionna la peinture

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Publié le , mis à jour le
S’il ne fallait citer qu’une ville qui incarne la transition artistique entre Moyen Âge et Renaissance, ce serait elle. Dans la cité toscane du Quattrocento, l’émulation est à son comble : les peintres les plus célèbres rivalisent de talent et d’inventivité. À l’occasion de l’exposition « Florence et ses peintres : de Giotto à Léonard de Vinci » à l’Alte Pinakothek de Munich, retour sur les huit grandes innovations emblématiques de cette révolution.
Léonard de Vinci, Étude d’un cheval ruant
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Léonard de Vinci, Étude d’un cheval ruant, 1480-1481

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Le disegno, du dessein au dessin

Si le dessin a toujours été au centre de l’apprentissage des jeunes artistes, celui-ci change de statut au XVe siècle : d’activité purement manuelle et considérée comme simple illustration, il devient l’incarnation du génie de l’artiste. Les traits plus ou moins esquissés des études de Léonard de Vinci montrent comment ce dernier tente de rendre l’expression la plus juste de la furie de l’animal, de la courbure de son corps ou de l’impact de la lumière. Des éléments révélateurs d’un processus créatif mûrement réfléchi.

Pointe de métal sur papier préparé • 11,2 x 19,6 cm • The Royal Collection, HM Queen Elizabeth II, Windsor Castle • © The Royal Collection / HM Queen Elizabeth II

Antonio Pollaiuolo, Archer nu
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Antonio Pollaiuolo, Archer nu, 1470-1475

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L’Homme, centre du monde

Alors que la pensée humaniste place l’homme au centre de l’univers, les artistes, selon la même idée, s’emploient à représenter le corps humain le plus exactement possible, à l’image d’Antonio Pollaiuolo, qui, en quelques coups de crayon, croque fidèlement la musculature de son archer. Une étude qui n’est pas sans rappeler sa célébrissime gravure Combat d’hommes nus, où le sujet sert de prétexte à développer un éventail de postures anatomiques, propres à servir de modèles.

Plume, encre brune, lavis, et graphite sur papier • 26,1 x 18,2 cm • Coll. Staatliche Museen Preußischer Kulturbesitz, Kupferstichkabinett, Berlin • © bpk / Gemäldegalerie, SMB / Jörg P. Ander

Sandro Botticelli, Portrait de femme (Smeralda Bandinelli ?)
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Sandro Botticelli, Portrait de femme (Smeralda Bandinelli ?), 1470-1475

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Quand le visage devient sujet

Parallèlement, le souci de l’individualisation des traits gagne aussi en importance. Conséquence : le XVe siècle voit l’apparition du portrait comme genre autonome. D’abord exécuté de profil, selon la tradition des médailles antiques, le visage se tourne de trois-quarts sous l’influence des Pays-Bas. Mais, en vertu de préceptes moraux selon lesquels les femmes devaient dissimuler leur regard, ce dernier type était exclusivement réservé aux hommes… Jusqu’à ce que Botticelli renverse les codes avec son portrait de Smeralda Bandinelli.

Tempera sur bois • 65,7 x 41 cm • Coll. Victoria & Albert Museum, Londres • © Victoria and Albert Museum, London

Lorenzo di Credi, L’Annonciation
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Lorenzo di Credi, L’Annonciation, vers 1490

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Les mathématiques à la rescousse

À partir de Masaccio et Brunelleschi, les artistes s’attachent à une plus grande rigueur dans la construction spatiale à l’aide des règles de la perspective géométrique. Plus encore que l’Annonciation, c’est la mise en espace qui constitue le véritable sujet du tableau de Lorenzo di Credi. Soutenue par une prédelle illustrée de scènes de l’Ancien Testament faisant office de socle, la composition est savamment organisée par des lignes parallèles horizontales et verticales, tandis que les obliques se croisent au point de fuite situé au centre de la peinture.

Tempera sur bois • 88 x 71 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Florence, Gabinetto Fotografico delle Gallerie degli Uffizi

Léonard de Vinci, Madone à l’œillet
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Léonard de Vinci, Madone à l’œillet, vers 1475

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Une production quasi industrielle

À la fin du XIVe siècle, Florence compte déjà plus de cinquante ateliers. Au siècle suivant, ceux-ci se développent encore davantage jusqu’à fonctionner selon un véritable modèle entrepreneurial produisant l’art à la chaîne. L’un des plus importants est celui de Verrocchio, qui formera les plus grands artistes : Botticelli, Pérugin et Léonard de Vinci. Quand ce dernier exécute sa Madone à l’œillet au sein de l’atelier, l’empreinte du maître est encore perceptible dans le rendu naturaliste et sculptural. Mais le jeune Léonard travaille les détails avec une plus grande virtuosité. Une double influence dont pourra profiter son camarade d’atelier, Lorenzo di Credi, dans sa propre version.

Panneau de peuplier • 62 x 48,5 cm • Coll. Alte Pinakothek, Munich • © Bayerische Staatsgemäldesammlungen, Alte Pinakothek, Munich

Francesco Rosselli et Gherardo di Giovanni, Livre d’heures de Lucrèce de Médicis
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Francesco Rosselli et Gherardo di Giovanni, Livre d’heures de Lucrèce de Médicis, vers 1485

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Une polyvalence à toute épreuve

Les ateliers sont d’autant plus importants que leur savoir-faire rayonne dans des domaines d’application très diversifiés : peintures de chevalet, larges retables, bannières de parade, fresques, enluminures, etc. Il n’est donc pas rare que les artistes collaborent, tels le peintre Gherardo di Giovanni et le miniaturiste Francesco Rosselli. Ensemble, ils réalisent pour Laurent de Médicis un somptueux livre d’heures, dont la décoration minutieuse et extrêmement détaillée, enrichie d’or, était seule à même de satisfaire un mécène aussi puissant et exigeant.

Maunuscrit enluminé sur parchemin, Fol. 13v • 19,7 x 10,9 cm • Coll. Bayerische Staatsbibliothek, Munich • © München, Bayerische Staatsbibliothek

Sandro Botticelli, L’Adoration des mages
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Sandro Botticelli, L’Adoration des mages, vers 1475

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L’artiste au service des puissants

Sous les Médicis, la capitale toscane connaît une période de faste inédite. Les commandes aux artistes pour la décoration des palais et des églises se multiplient de façon exponentielle. À la demande du banquier Gaspare di Zanobi del Lama pour sa chapelle funéraire, Botticelli transpose le thème de l’adoration des mages dans un contexte contemporain : au sommet d’une composition pyramidale, la Sainte Famille est encadrée de membres des Médicis et du commanditaire (l’homme aux cheveux grisonnants à droite), tandis que dans l’angle inférieur du même côté l’artiste, drapé dans un manteau jaune or, prend le spectateur à témoin de sa réussite sociale.

Tempera sur bois • 111 x 143 cm • Coll. Galerie des Offices, Florence • © Florence, Gabinetto Fotografico delle Gallerie degli Uffizi

Biagio d'Antonio, La Rencontre de Jason et Médée
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Biagio d'Antonio, La Rencontre de Jason et Médée, 1487

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L’Antiquité revisitée

Le regain d’intérêt pour les auteurs et l’art classiques influence considérablement les artistes d’un point de vue formel et esthétique. Pour sa Rencontre de Jason et Médée, Biagio d’Antonio introduit de nombreux motifs inspirés de l’antique : palmettes, chapiteaux corinthiens, casque et armures. De surcroît, le choix de l’iconographie n’est pas non plus anodin, car, dans ce panneau réalisé à l’occasion du mariage du banquier Lorenzo Tornabuoni, la rencontre des héros mythologiques fait écho à l’union des nouveaux époux.

Huile sur panneau • 79 x 160 cm • Coll. Musée des Arts Décoratifs, Paris • © Paris, Musée Arts Décoratifs

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Florence et ses peintres : de Giotto à Léonard de Vinci

Du 18 octobre 2018 au 3 février 2019

Retrouvez dans l’Encyclo : Léonard de Vinci Sandro Botticelli

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