ENQUÊTE

Culture et législatives : Avec le Nouveau Front populaire, une hausse colossale du budget

Par

Publié le , mis à jour le
« Un service public des arts et de la culture » : que recouvre vraiment cette ambition du Nouveau Front populaire ? Et comment serait-t-il financé ? À l’approche des élections législatives qui se dérouleront les 30 juin et 7 juillet prochains, Beaux Arts et Le Quotidien de l’Art ont épluché les programmes des grandes forces politiques afin de faire le point sur les mesures envisagées en matière de patrimoine, de création, de budget ou d’audiovisuel. Une enquête à suivre en quatre volets.
La première mesure : porter le budget public « consacré à l’art, la culture et la création » à 1 % du PIB par an, soit 28 milliards d’euros – une multiplication colossale de l’enveloppe actuelle (4,4 milliards d’euros)
voir toutes les images

La première mesure : porter le budget public « consacré à l’art, la culture et la création » à 1 % du PIB par an, soit 28 milliards d’euros – une multiplication colossale de l’enveloppe actuelle (4,4 milliards d’euros)

i

© Fanny Monnier pour le Quotidien de l'Art

Réunis au sein de la coalition du Nouveau Front populaire, les partis de gauche (La France insoumise, Les Écologistes, le Parti communiste français et le Parti socialiste) défendent « un service public des arts et de la culture » ainsi que des « médias au service de l’émancipation » à travers six mesures dans leur programme commun.

La première : porter le budget public « consacré à l’art, la culture et la création » à 1 % du PIB par an, soit 28 milliards d’euros – une multiplication colossale de l’enveloppe actuelle (4,4 milliards d’euros). Difficile encore de savoir ce que recouvre exactement ce budget augmenté, et s’il prend notamment en compte l’audiovisuel public. Sarah Legrain, député sortante La France insoumise de la 16e circonscription de Paris et candidate à sa réélection, justifie cette hausse par la différence fondamentale de projet politique entre la gauche et le gouvernement actuel : « sous l’ère Macron, on s’est habitué à un certain manque de vision de la culture, et donc à un assèchement budgétaire. » Pour l’ancienne élue, cette politique culturelle est fondée sur « une logique d’appel d’offre » et « une vision consumériste de la culture » quand le Rassemblement national propose de l’autre côté « une vision identitaire et figée ». Elle s’interroge : « Où est la place pour la part émancipatrice de la culture ? »

Un soutien aux artistes et aux intermittents

« Il faut que les artistes soient reconnus pour leur travail. »

Sarah Legrain

Autre mesure majeure de la gauche : « la création d’un nouveau régime pour les artistes-auteurs », dans la continuité de la proposition de loi déposée en mars dernier par le député communiste sortant Pierre Dharréville. « Il faut que les artistes soient reconnus pour leur travail », explique Sarah Legrain. Cette mesure va de pair avec l’amélioration du régime des intermittents. « Dans le secteur du spectacle vivant, la crise est forte ; il y a un effort d’urgence à faire », alerte la députée insoumise.

La « gratuité de tous les musées nationaux »

Le Nouveau Front populaire défend aussi « la gratuité de tous les musées nationaux », « une tarification abordable dans les institutions publiques » et l’encadrement des « tarifs abusifs des lieux privés ». Des mesures ambitieuses aux contours encore flous. Pourtant, selon Sarah Legrain : « il est possible d’encadrer ces tarifs, comme pour le prix du livre. La culture c’est aussi un secteur de l’économie, mais ce n’est pas un secteur marchand comme les autres. »

Sarah Legrain dans le cortège du Nouveau Front Populaire lors des manifestations contre l’extrême droite
voir toutes les images

Sarah Legrain dans le cortège du Nouveau Front Populaire lors des manifestations contre l’extrême droite, 15 juin 2024

i

© Amaury Cornu / Hans Lucas via Afp

La coalition de gauche souhaite également « limiter la concentration des médias » et « exclure des aides publiques les médias condamnés pour incitation à la haine ou atteinte à la dignité de la personne » mais aussi « défendre l’indépendance des rédactions face à leurs propriétaires ». À l’opposé du projet de fusion de l’audiovisuel public porté par l’actuelle ministre de la Culture Rachida Dati, et celui de sa privatisation défendue par le Rassemblement national, la gauche veut « garantir la pérennité d’un service public de l’audiovisuel ».

Un investissement massif

Cet investissement massif dans le secteur culturel et médiatique est pris en compte dans le chiffrage du programme présenté vendredi 21 juin en conférence de presse, avec l’appui de trois économistes : Julia Cagé, Éloi Laurent et Éric Berr. Le montant des dépenses publiques total, en comptant celles pour la culture, est évalué à 150 milliards à la fin de l’année 2027, compensées par des nouvelles rentrées fiscales (taxe sur les superprofits, ISF, suppression de certaines niches fiscales, suppression de la « flat tax », impôt sur les bénéfices des multinationales, taxe sur les transactions financières).

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi