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L’art m’est tombé dessus. Comme 90 % des ados de Chaumont, en Haute-Marne, où j’habitais, l’art on n’en voyait pas (il n’y avait pas de musée) et on n’en parlait pas. Chez moi, on lisait, on ne « regardait pas »… sauf la télévision.
C’est grâce à un ami qu’à 16 ans je suis allé à Paris pour la première fois, où j’ai halluciné devant l’architecture du Centre Pompidou. Cette chenille, cet échafaudage, ces couleurs… le choc esthétique fut incroyable.
Surtout, des voix se sont élevées dans les rangs du RN pour affirmer que la culture était « trop élitiste et coupée des classes populaires ».
Nous sommes entrés pour voir les collections permanentes et là, coup de foudre : un tableau de Vassily Kandinsky, Improvisation XIV, qui m’a propulsé dans l’inconnu ! Sans cette « rencontre », sans doute ne serais-je jamais devenu rédacteur en chef de Beaux Arts Magazine. Si je parle de mon expérience personnelle, c’est parce que la ville où je suis né s’est, depuis 2016, ouverte à l’art avec la création du Signe, Centre national du graphisme, et a été élue en 2020 « n° 1 des villes où il fait bon vivre ». Les électeurs y ont pourtant voté massivement en faveur du Rassemblement national (RN). Autrement dit, l’art n’a pas empêché la montée de l’extrême droite.
Le RN investit la culture tant qu’elle répond à sa vision idéologique d’uniformité, tout en justifiant ses prises de position par la lutte pour le « pluralisme et l’impartialité », ainsi que le défend Sophie Blanc face à l’audiovisuel public.
© Fanny Monnier pour le Quotidien de l’Art
Et, si pendant cette campagne éclair des élections législatives, les grands médias ont peu évoqué les questions de politique culturelle, le Nouveau Front populaire (NFP) et le RN ont pourtant inscrit dans leurs programmes des propositions quasi révolutionnaires et diamétralement opposées. Pour le NFP, il s’agit de porter le budget du ministère de la Culture à 1 % du PIB, soit près de sept fois plus qu’aujourd’hui, de renforcer l’aide à la création et de rendre tous les musées gratuits. Pour le RN, les priorités consistent à privilégier le patrimoine et à privatiser l’audiovisuel public. Surtout, des voix se sont élevées dans les rangs du RN pour affirmer que la culture était « trop élitiste et coupée des classes populaires ».
La démocratisation culturelle est loin d’être achevée, comme le montrent de nombreux chiffres (par exemple, seulement 7 % des ouvriers vont au théâtre).
Mais gageons que la culture demeure l’un des meilleurs remparts contre les extrêmes, le racisme et l’antisémitisme.Des médias de tout bord sont allés jusqu’à s’interroger sur la part de responsabilité du monde de la culture dans le vote RN ! On a pu lire dans une chronique de Michel Guerrin, du Monde : « Les artistes visuels représentent très peu la France qui vote RN et c’est un problème. » Qu’est-ce qu’un art qui représenterait la France RN ? En parallèle, la ministre de la Culture Rachida Dati a développé comme axe de sa politique un programme en faveur de la ruralité. On en revient à la même question posée depuis Malraux : comment démocratiser la culture ?
Le Pass Culture est une application vouée à favoriser l’accès des jeunes aux arts et à la culture
© Fanny Monnier pour le Quotidien de l’Art
Sous l’égide de Jack Lang, tout a été fait en ce sens avec la création de centres d’art, de scènes nationales, de festivals, de bibliothèques (y compris dans les campagnes, qui comptent 72 % des établissements du pays). L’État et les villes sont devenus des acteurs majeurs de la culture grâce à des festivals qui mêlent de plus en plus spectacles populaires et créations exigeantes. De même, Emmanuel Macron, qui a augmenté le budget du ministère de la Culture tout au long de son mandat, a tenté une nouvelle voie de démocratisation avec le pass Culture. Alors la culture est-elle en crise ? Oui, sans doute, car la démocratisation culturelle est loin d’être achevée, comme le montrent de nombreux chiffres (par exemple, seulement 7 % des ouvriers vont au théâtre). Mais gageons que la culture demeure l’un des meilleurs remparts contre les extrêmes, le racisme et l’antisémitisme.
La première mesure : porter le budget public « consacré à l’art, la culture et la création » à 1 % du PIB par an, soit 28 milliards d’euros – une multiplication colossale de l’enveloppe actuelle (4,4 milliards d’euros)
© Fanny Monnier pour le Quotidien de l’Art
Une chose n’a pas encore été tentée, réclamée pourtant par les experts depuis plus de trente ans : l’accès à la culture tout au long de la scolarité, de l’école primaire jusqu’au baccalauréat, puis à l’université, avec de vrais cours d’histoire des arts et de la culture englobant aussi bien l’architecture et la peinture que la musique. La culture pour tous, c’est d’abord l’accès pour tous. Repenser les politiques publiques ne se fera pas sans le monde de la culture.
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