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PRÉSIDENTIELLE 2022

Culture : qu’en pensent les jeunes militants ?

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La jeunesse est censée être au cœur de cette élection. Mais en quoi les jeunes militants influent-ils sur la rédaction des programmes culturels des candidats ? Reportage dans les QG de campagne.
Illustration par Anna Wanda Gogusey pour Beaux Arts Magazine
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Illustration par Anna Wanda Gogusey pour Beaux Arts Magazine

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© Anna Wanda Gogusey

Ils sont deux à me recevoir dans la fourmilière qu’est le QG de campagne de La France Insoumise : Coline Bouret et Martin Mendiharat. Chacun avec son carnet rempli de notes, ils me détaillent tous les projets du parti concernant les arts et la culture. Ils connaissent à fond leur sujet. Pas étonnant quand on sait qu’ils ont tous deux participé à écrire le livret culture de LFI, et qu’ils sont chacun très investi dans ce monde (Martin Mendiharat est auteur d’une pièce de théâtre). Ils reprochent au mandat d’Emmanuel Macron un manque de moyens généralisé et d’ambition politique dans ce secteur. Pour eux, il faut donner plus de moyens aux travailleurs de l’art mais aussi pour l’EAC (éducation artistique et culturelle). Ils critiquent le pass Culture qu’ils considèrent comme un marchepied vers la consommation culturelle de masse et veulent abroger les niches fiscales sur le mécénat. Leur mesure phare concernant les jeunes est l’allocation d’autonomie étudiante qui devrait permettre à tous les étudiants d’avoir un niveau de vie décent sans être obligé de cumuler avec un emploi, ce qui enlèverait la pression financière aux jeunes artistes désirant se consacrer pleinement à leur art. Ils militent pour une culture française forte associée à une coopération internationale avec tous les pays.

Changement d’ambiance dans les locaux du PS. Ici, règnent le calme et la tranquillité. J’y rencontre Emma Rafowicz, adjointe au maire du 11e arrondissement de Paris, chargée notamment de la culture. Son père étant lui-même artiste plasticien, elle a toujours évolué dans l’art. Elle considère qu’il faut donner accès à la culture aux jeunes en mettant l’accent sur l’EAC, mais aussi accompagner les artistes émergents à la fois par des résidences et sur le plan financier avec le minimum jeunesse. Tout comme chez LFI, le PS est opposé à la suppression de l’audiovisuel public, et est en faveur d’une décentralisation de la culture soutenue par l’État : « Les collectivités locales doivent avoir plus de pouvoir car ce sont elles qui connaissent le mieux le terrain. »

Taxer les GAFAM plutôt que les citoyens

Quelques jours plus tard, c’est en visioconférence que je rencontre Camille Hachez, co-secrétaire fédérale des Jeunes Écologistes. Le point central de la politique culturelle de son candidat Yannick Jadot est le plan de relance de 1 milliard d’euros qui est prévu en ce sens. Point commun avec les autres partis de gauche : cette volonté d’axer l’aide sur les artistes et non sur les industries. Dans cet esprit, ils désirent taxer les GAFAM plutôt que les citoyens afin de financer l’audiovisuel public. Leur spécificité est de vouloir lier culture et écologie en encourageant par un accompagnement particulier les artistes qui intègrent des préoccupations écologiques dans leurs créations.

Maintenant, rendez-vous dans le 8e arrondissement de Paris, dans les locaux d’En Marche. Du le vigile qui me donne des ordres aux militants tous en costume-cravate, qui m’accordent à peine un regard, l’ambiance y est tendue. J’interviewe rapidement Arthur Limiñana, vice-président des Jeunes avec Macron, entre deux réunions, dans une salle bruyante à côté de travaux. Il me vante la politique qui a été menée dans le secteur de l’art et de la culture pendant le mandat d’Emmanuel Macron et me dit vouloir poursuivre dans l’esprit du pass Culture et du « ruissellement culturel », qui pourrait aussi opérer en matière de décentralisation des grands établissements vers les régions. Passionné de cinéma, il estime que les grands groupes comme LVMH doivent être leader du financement de la culture – sans toutefois faire de « l’art washing ».

En 2019, lorsqu’elle est arrivée chez les Républicains, on ne parlait plus du tout de culture à droite.

Du côté de la droite, je rencontre Alexandra Monet, déléguée nationale des Jeunes Républicains en charge des Jeunes actifs, et appelée en interne « miss culture ». Elle raconte qu’en 2019, lorsqu’elle est arrivée chez les Républicains, on ne parlait plus du tout de culture à droite, laissant de fait le sujet à la gauche. Soucieuse de travailler à ce que la culture ne soit plus élitiste, elle met également la question du patrimoine beaucoup plus en avant que ses camarades de gauche : « Je suis pour une défense de la culture française », atteste-t-elle. Les quatre axes de la politique culturelle de sa candidate, Valérie Pécresse, sont : la francophonie en version « soft power », l’EAC, le soutien à la création avec un renforcement des commandes publiques auprès des jeunes créateurs et la défense du patrimoine. Sur le plan international, elle déclare : « Je pense qu’il serait dangereux de donner plus de compétences à l’Europe en matière de culture. »

Revaloriser l’apprentissage, revaloriser le patrimoine

Plus à droite encore, c’est Marc-Antoine Ponelle, Délégué aux argumentaires des Jeunes avec Marine, que je rencontre dans nos locaux. Ce mouvement, ainsi que celui des Jeunes avec Valérie, sont de loin les plus organisés de tous. Marc-Antoine est décontracté sans être nonchalant. Il incarne une nouvelle génération du rassemblement national, en pleine opération de dé-diabolisation, tout en restant résolument conservateur, farouchement nationaliste et anti-immigration. Il répond de manière claire et concise à mes questions, sans jamais chercher à faire la promotion de sa candidate, ni de son parti. Leur politique culturelle pour les jeunes se décline selon deux axes. Premièrement, le digital : ils veulent pousser l’e-Sport, mais aussi aider les jeunes à développer des entreprises de jeux vidéo, et encore soutenir les jeunes auto-entrepreneurs dans ce secteur tels que les youtubeurs et influenceurs. Deuxièmement, la « Mission Patrimoine », qui serait un service national où serait proposé aux jeunes une forme d’alternance dans la restauration de châteaux, d’œuvres, etc… afin de « revaloriser l’apprentissage, revaloriser le patrimoine, et de faire naître des vocations ».

Enfin, tout à droite du spectre politique français, je rencontre celui qui a fondé Génération Z à Sciences Po, Étienne (il ne souhaite pas nous communiquer son nom), 18 ans seulement. Même s’il m’a demandé au téléphone si Beaux Arts Magazine était le nom de mon journal étudiant, il se rattrape assez vite lors de notre entrevue. Connaisseur et lui-même artiste (dessinateur, copiste et sculpteur), il s’exprime avec courtoisie et fait part d’une certaine sensibilité artistique. Le contraste avec les sorties médiatiques violentes de son candidat, Éric Zemmour, est frappant – d’après lui, l’ancien journaliste serait, en privé, un vrai « nounours ». Côté programme, son discours est assez similaire à celui de ses homologues de la droite française. Il reproche au pass Culture un manque de cadre dans son contenu, et estime que les mesures sanitaires face au Covid-19 ont tué la culture. Il est pour le financement privé et le mécénat, et désire mettre l’accent sur le patrimoine qu’il veut inscrire dans une logique identitaire (« notre héritage, la manifestation matérielle de notre identité et de notre âme »). Du côté de l’audiovisuel public, il considère que le décalage est profond entre celui-ci et les réelles aspirations des Français. Là où le Rassemblement National propose de maintenir « certaines émissions d’intérêt public », Reconquête, son parti, veut supprimer complètement l’aide aux chaînes d’information et la rediriger vers l’audiovisuel de la culture (Arte, France 5…).

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