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ENTRETIEN

David McNeil raconte son enfance avec Marc Chagall : « Face à un tel génie, il valait mieux tenter de se démarquer »

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Publié le , mis à jour le
Auteur-compositeur-interprète, acteur, réalisateur, écrivain… Pendant longtemps, il a tu son ascendance. David McNeil est le fils de l’artiste Marc Chagall. À travers les pages de Quelques pas dans les pas d’un ange, il racontait, déjà en 2003, son enfance entre Orgeval, Vence, Bruxelles, au côté d’un génie bienveillant et d’une marâtre déterminée à l’éloigner du cocon familial. Gallimard réédite une version augmentée et illustrée de ce livre touchant. Rencontre.
Marc Chagall avec David à High Falls, 1948. Illustration de la page 145 du livre de David McNeil “Quelques pas dans les pas d’un ange. Une enfance avec Marc Chagall” aux éditions Gallimard
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Marc Chagall avec David à High Falls, 1948. Illustration de la page 145 du livre de David McNeil “Quelques pas dans les pas d’un ange. Une enfance avec Marc Chagall” aux éditions Gallimard

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Collection personnelle de David McNeil

Comment vous est venue l’idée, en 2003, de raconter votre enfance auprès de Marc Chagall dans le livre Quelques pas dans les pas d’un ange ?

David McNeil : Je tenais compagnie au chanteur Renaud dans un centre de désintoxication à Montréal, où il ne voulait pas rester seul. Il parle peu. Je m’ennuyais ferme. J’ai donc commencé à coucher des bribes d’idées sur des bouts de papier que j’ai fini par battre comme un jeu de cartes pour que mes souvenirs se succèdent de manière aléatoire.

Couverture du livre de David McNeil « Quelques pas dans les pas d’un ange. Une enfance avec Marc Chagall » aux éditions Gallimard
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Couverture du livre de David McNeil « Quelques pas dans les pas d’un ange. Une enfance avec Marc Chagall » aux éditions Gallimard, 2023

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© Gallimard

Pourquoi cette réédition vingt ans plus tard ?

Il faut la voir comme un remake. L’histoire est la même mais relatée dans un ordre, cette fois-ci, chronologique. Le livre a été publié en plusieurs langues, sauf en anglais. J’ai compris pourquoi en découvrant la traduction qui m’est tombée des mains. J’ai demandé à ma sœur aînée, anglaise, de m’aider dans mon travail de réécriture. Elle m’a rappelé des scènes que j’avais totalement oubliées et que j’ai tenues à ajouter outre des illustrations, pour la plupart inédites, et des noms que j’avais décidé d’écarter. Le frère de ma belle-mère était encore vivant, en 2003. Il était membre du Comité Chagall dont je suis à présent vice-président. Je ne l’ai pas mentionné au début par pusillanimité, quitte à me venger plus tard (rires). Quant à ma belle-mère, vous l’aurez certainement compris, c’était une véritable sorcière.

L’antithèse de votre père que vous qualifiez d’ange, dans le titre de votre livre ?

… un ange avec un sourire de faune évoquant certains croquis de Picasso.

Vous avez assisté Matisse et votre père dans la réalisation d’œuvres monumentales. Pourquoi avoir renoncé aux arts plastiques pour la littérature, le cinéma et la musique ?

Un jour, j’ai entendu Miró confier à mon père, en me regardant griffonner : « J’ai mis 70 ans à peindre comme un enfant ». Je n’ai pas compris, alors j’ai essayé de dessiner comme lui. Quand je suis arrivé à l’école communale, on nous a demandé de représenter un oiseau. J’ai fait deux traits pour les pattes. Il fallait de la précision, de l’épaisseur : j’ai eu zéro. Là non plus, je n’ai pas compris. J’adorais traîner dans l’atelier de mon père, respirer l’odeur de térébenthine mais face à un tel génie, il valait mieux tenter de se démarquer.

Marc Chagall, Virginia, Jean et David, dans le jardin de Vence. Illustration de la page 64 du livre de David McNeil « Quelques pas dans les pas d’un ange. Une enfance avec Marc Chagall » aux éditions Gallimard
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Marc Chagall, Virginia, Jean et David, dans le jardin de Vence. Illustration de la page 64 du livre de David McNeil « Quelques pas dans les pas d’un ange. Une enfance avec Marc Chagall » aux éditions Gallimard

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Collection personnelle de David McNeil

Jeune, vous aviez conscience de son génie ?

Je voyais bien qu’il savait tenir un crayon mieux que moi (rires). À l’âge de 16 ans, je me suis tourné vers l’encre de Chine, la seule technique qui lui déplaisait : il aimait « dessiner mal ». Du bout du pinceau, le geste devait être brutal. Il préférait utiliser ses doigts que la plume, qui requiert une plus grande application. Je me rappelle avoir exposé mes encres à Bruxelles pour pouvoir me racheter une guitare. Imaginez ma fierté : le peintre Paul Delvaux m’en a acheté une.

Le refrain initial de Mélissa, chanson que vous avez composée pour Julien Clerc, était : « Imitez Matisse » et non « Matez ma métisse ». Votre père vous a-t-il, lui aussi, inspiré une mélodie ?

Julien m’a demandé de modifier les paroles parce que personne, selon lui, ne connaissait Matisse. J’ai écrit et interprété Magicien en hommage à mon père et fait chanter Pleine lune à Robert Charlebois : « Sur les chevaux bleus de Chagall / Les taureaux de Picasso… »

Les pommes-chips que votre sœur vous apportait en pension, les escargots partagés avec le marchand Aimé Maeght, le plafond de l’Opéra que vous comparez à un gâteau rond… Votre livre est gourmand…

Évidemment ! Mon père passait le plus clair de son temps dans son atelier. Je le voyais presque exclusivement au moment des repas. Il m’emmenait déjeuner dans des petits bistrots. Tous les jours à 17h nous prenions le thé avant d’aller nous balader jusqu’au dîner.

Marc Chagall, Paysage méditerranéen ou tapisserie pour l’entrée
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Marc Chagall, Paysage méditerranéen ou tapisserie pour l’entrée, 1971

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Tapisserie • 2.26 × 3.22 m • Coll. Musée national Marc Chagall, Nice / ADAGP, Paris, 2023 / © RMN-Grand Palais / Photo Gérard Blot

Y a-t-il une œuvre de votre père sans laquelle vous ne vous voyez pas vivre ?

La maquette pour Paysage méditerranéen, tapisserie conservée au musée Chagall de Nice. Et pourtant, je viens d’autoriser le Mobilier national à en tisser dix nouveaux exemplaires. Avant de céder mon carton original, je vais sûrement demander à l’Atelier Troubetzkoy, spécialiste en copies, de le reproduire.

Y a-t-il une question qu’on ne vous a jamais posée mais que vous aimeriez que l’on vous adresse ?

J’aimerais qu’une fois au paradis saint Pierre me demande : « Ça te dit, on recommence ? »

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Quelques pas dans les pas d’un ange

Une enfance avec Marc Chagall

Par David McNeil

Illustrations de Marc Chagall

Éd. Gallimard • 224 p. • 49 ill. • 25 €

Retrouvez dans l’Encyclo : Marc Chagall

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