Article réservé aux abonnés

L'ÉDITO DE FABRICE BOUSTEAU

Du dessein au dessin

Par

Publié le , mis à jour le

À Rouffignac, en Dordogne, sur les murs d’une grotte préhistorique, se mêlent des dessins figuratifs de mammouths et d’autres de serpentins abstraits datant de 15 000 ans. Car bien avant d’écrire, l’homme dessinait. Le dessin est la première expression artistique humaine et, pourtant, il n’a conquis son autonomie artistique que depuis peu. Jusqu’au XVIIe siècle, le mot s’est écrit indifféremment « dessein » ou « dessin », tant il était considéré avant tout comme une étude, un projet, un croquis, un schéma, un prototype préparatoire à une œuvre, une architecture ou une machine.

Les dessins n’étaient en général pas destinés à être conservés ni même exposés. La première fois, ce sera au Louvre en 1797, avec la présentation de ceux du Cabinet du roi. Et si pendant longtemps le dessin a été considéré, par rapport à la peinture, comme une sous-œuvre, ce n’est pas seulement du fait de son caractère préparatoire mais aussi à cause de sa fragilité. La peinture est faite pour durer, le dessin, lui, jaunit lorsqu’il est exposé à l’air et à la lumière ; l’humidité favorise l’installation de la moisissure ; le papier se froisse aisément et, lorsqu’il est sali, son nettoyage est quasi impossible.

C’est le XXe siècle et surtout le XXIe qui, progressivement, vont considérer le dessin comme une œuvre à part entière. Tous les dessins : ceux de la BD comme ceux des architectes et des artistes. Mais, étonnamment, un crayonné en couleurs, même de grand format, vaut toujours moins cher sur le marché de l’art ou en galerie qu’une peinture du même artiste, quel que soit le nombre d’heures de travail. Cela n’a pas empêché, bien au contraire, l’engouement croissant du public pour les foires et autres expositions dédiées qui ont lieu dans toute la France en mai et en juin. Sans doute et surtout parce que le dessin excite la créativité des artistes comme jamais.

Qu’il soit figuratif ou abstrait, qu’il s’exprime sur du papier, de la soie ou du bois, le dessin contemporain, riche et surprenant, sort du cadre de la feuille pour envahir tous les espaces. Il a une universalité sans pareille car il exprime l’indicible sans doute mieux que les mots. On a ainsi découvert en Ukraine des murs recouverts de dessins dans des caves où des civils avaient été enfermés par des soldats russes pendant des semaines. De la beauté à l’horreur, le dessin exprime l’humanité.

Arrow

Retrouvez le dossier sur les nouvelles tendances du dessin dans notre nouveau numéro aujourd'hui en kiosque.

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi